|
Question 73 : Il y a une contradiction entre les deux versets suivants de l’Ancien Testament : « Il garde sa fidélité jusqu'à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération. » et « Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils et les fils ne seront pas mis à mort pour les pères, mais chacun sera mis à mort pour son propre crime. » Pouvez-vous expliquer cette contradiction ? (TR)
Réponse : En ce qui concerne la doctrine du pardon de Dieu et de la punition, c’est sans doute Deutéronome 5,7-10, un extrait du texte qui formule les dix commandements (le décalogue) qui est la référence la plus importante dans l’Ancien Testament :
« Tu n'auras pas d'autres dieux que moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m'aiment et suivent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu'à la millième génération. »
Le même livre du Deutéronome revient en 7,9-11 à nouveau sur le même thème :
« Vous saurez donc que le Seigneur votre Dieu est le vrai Dieu, le Dieu fidèle qui garde son Alliance et son amour pour mille générations à ceux qui l'aiment et gardent ses commandements. Mais il riposte à ses adversaires en les faisant périr, et sa riposte est immédiate. Vous garderez donc les ordres, les commandements et les décrets, que je vous prescris aujourd'hui de mettre en pratique. »
A cela s’ajoute le texte cité de façon lacunaire ci-dessus à propos de l’apparition de Dieu à Moïse. Exode 34, 6-9 :
« Le Seigneur passa devant Moïse et proclama : « YAHVÉ, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité, qui garde sa fidélité jusqu'à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération. » Aussitôt Moïse se prosterna jusqu'à terre, et il dit : « S'il est vrai, Seigneur, que j'ai trouvé grâce devant toi, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c'est un peuple à la tête dure ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous un peuple qui t'appartienne. »
Deutéronome 7,10 montre que Dieu, en punissant, s’adresse immédiatement à l’individu. Tandis qu’il récompense ceux qui l’aiment « au-delà de mille générations » (voir plus haut Deutéronome 7,9 et aussi Exode 34,7. La continuation de la culpabilité des pères sur les fils jusqu’à la quatrième génération n’est pas en contradiction sur ce point, car il s’agit de l’ancienne représentation, encore vivace aujourd’hui dans les sociétés patriarcales bien conservées, de l’idée que, à chaque fois quatre générations constituent une famille élargie. Le chef du clan et le clan qui comporte quatre générations sont considérés comme une unité, une grande famille. La grande famille comprise ainsi et le chef de la grande famille formaient dans la représentation et la compréhension des hommes de ces sociétés antiques une unité qui est, en tant que telle, responsable devant Dieu.
Le passage cité plus haut de 2 Chronique 25,4 correspond exactement au passage chronologiquement plus ancien de Deutéronome 24,16. Ainsi, les passages qui semblent se contredire appartiennent au même livre du Deutéronome et ils ne furent donc jamais interprétés comme se contredisant.
Le chapitre 18 du livre du prophète Ézéchiel est consacré entièrement au problème de la responsabilité personnelle, indépendamment du courant traditionnel dont on a parlé. Il faut lire l’entièreté du chapitre, particulièrement Ézéchiel 18,4 et 18,19-23. Dans les déclarations du chapitre 18 de son livre, le prophète s’opposait à une mauvaise interprétation possible de Deutéronome 5,9 et d’Exode 34,7.
Question 74 : L’ébriété est-elle un péché ? Si oui, comment se fait-il que le christianisme se sert, dans la prière, d’une substance qui rend ivre (le vin) et de plus, le fait au nom de Dieu ? (TR)
Réponse : Le vin a, dans la Bible, beaucoup d’importance. On peut mesurer à quel point le vin était apprécié quand on voit que, selon la tradition biblique, Noé, le patriarche de l’humanité renouvelée, « planta une vigne » (Genèse 9,20). On apprécie le vin (Juges 9,13 ; Psaume 104,15) ; mais on prévient aussi de ne pas en consommer trop (Isaïe 5,11 ss ; Amos 6,6 ; Proverbes 20,1 ; 23,34 ss ; Siracide 19,2 ; Ephésiens 5,18 ; 1 Timothée 3,3. 8 ; 1 Pierre 4,3).
Citons le passage pertinent du livre de Jésus Ben Sirach (31,25-31) :
« Avec le vin ne fais pas le brave, car le vin a perdu bien des gens. La fournaise éprouve la trempe de l'acier, ainsi le vin éprouve les cœurs dans un tournoi de fanfarons. Le vin c'est la vie pour l'homme, quand on en boit modérément. Quelle vie mène-t-on privé de vin? Il a été créé pour la joie des hommes. Gaîté du cœur et joie de l'âme, voilà le vin qu'on boit quand il faut et à sa suffisance. Amertume de l'âme, voilà le vin qu'on boit avec excès, par passion et par défi. L'ivresse excite la fureur de l'insensé pour sa perte, elle diminue sa force et provoque les coups. »
Dans la logique de la question posée, on ne pourrait pas utiliser de couteau, car la mauvaise utilisation du couteau peut être la cause de beaucoup de mal, etc. Il s’agit uniquement, en éthique chrétienne, de s’en tenir à garder la juste mesure dans ce genre de problèmes.
Plus généralement, il faut dire : « En ce qui concerne l’évaluation morale de l’utilisation des médicaments, de l’alcool et des drogues, certaines substances sont employées pour favoriser la convivialité et certaines autres sont utilisées par les médecins pour le traitement des maladies. Cependant, dans la mesure où certaines substances sont prises à cause de leurs propriétés toxiques et ont pour effet de mettre l’utilisateur dans un état où il n’est plus maître de ses facultés spirituelles, elles sont répréhensibles. Egalement dans le cas de substances qui rendent spirituellement ou physiquement dépendant et qui amènent à un affaiblissement et à une détérioration de la personne et de sa liberté, l’usage ou l’application en est moralement inacceptable. Toute vie humaine sensée présuppose que chacun s’efforce de percevoir ses propres limites et de garder la mesure ou de s’abstenir. » (Catéchisme catholiques des adultes, Katholischer Erwachsenen Katechismus. Vol. 2: Leben aus dem Glauben (Freiburg: Herder, 1995), p. 278.)
Question 75 : Est-il permis d’être nourrice quand on partage une foi différente ? (TR)
Question 76 : Est-ce qu’un homme peut boire le lait de son épouse ? (TR)
Réponse aux deux questions : l’enseignement moral chrétien laisse à la personne individuelle le soin de juger de questions telles que ces deux-ci en accord avec sa conscience morale. Ce n’est que si des actions, telles que par exemple celles-ci, offensaient des principes d’éthique et des prescriptions fondamentales, ou qu’elles blessaient ou choquaient inutilement le prochain dans une situation donnée, que le chrétien (comme tout homme) est moralement obligé de renoncer à ces actions.
Question 77 : Une épouse musulmane mariée à un chrétien se doute que des alliés tunisiens auraient exprimé des malédictions à l’encontre de ce coupe, si bien qu’actuellement cela occasionne des conflits à l’intérieur et à l’extérieur de leur mariage. Que pouvez-vous dire à propos des fondements de ces malédictions ? Y a-t-il une relation entre les malédictions et le Coran ? Est-il possible de combattre ces malédictions ou de les neutraliser ? (DE)
Réponse : Jusqu’aujourd’hui la superstition est encore largement répandue, non seulement dans les zones rurales, mais aussi dans de larges cercles des populations urbaines du monde musulman. Comme dans toute superstition, on attribue également en Orient aux vieilles femmes le pouvoir de lier et de délier, de conjurer les esprits, de guérir des malades et de prédire l’avenir. Beaucoup de croyances superstitieuses trouvent un fondement correspondant dans le Coran. La croyance aux djinns y occupe une place évidente. On les craint, car ils sont pour les humains des vecteurs de maladie, de malheur et de mort. On se protège des esprits mauvais en portant de amulettes. Si un mauvais esprit s’introduit dans une personne, elle devient malade. Les gens qui souffrent de troubles nerveux tels que l’hystérie, l’épilepsie, la mélancolie, l’apoplexie, les tremblements et les paralysies, sont dites, chez les arabes, « être ligotées » ou « être frappées par le djinn ». Les Turcs disent : « il est possédé du djinn ». Ces personnes ne peuvent être guérie que par des gens à qui les djinns sont soumis. C’est en interrogeant les esprits, en brûlant de l’encens, en ayant des amulettes porte-bonheur, en priant et en formulant des dictons que l’on accède aux remèdes. Certains ont la capacité d’exciter les esprits à causer du dommage à d’autres personnes. Ils se servent, outre des talismans, de la magie. On considère que la cause de nombreuses maladies est la puissance désastreuse de l’œil, le soi-disant « mauvais œil ». Mais « la méchante parole » ou « la méchante odeur » peuvent également causer des dommages. Parmi les nombreux rituels de diversion ou de guérison, telles les amulettes et les talismans, on compte la répétition, quarante et une fois, de la formule mā schāllāh! (« Ce que Dieu veut »), particulièrement efficace contre la « malédiction » subie. En cas d’échec de tous ces moyens, il faut à nouveau s’adresser à un vieux (schaikh) ou à un « maître » ( en turc : khoca). (Cf. l’entrée ‚Aberglauben’ (réd. par Senay Yola, München) dans Kreiser/Wielandt (ed.), Lexikon der Islamischen Welt. Stuttgart, 1992.)
Selon la conception chrétienne, la foi dans la présence continuelle de Jésus Christ ressuscité et la relation vivante avec lui enlève toute trace de superstition par la pratique, dans la force de l’Esprit Saint, des sacrements et autres rites, bénédictions et actions symboliques (les sacramentaux).
Question 78 : Jean 1,18 dit que personne n’a vu Dieu. Mais dans l’Ancien Testament, il y a plusieurs passages qui prétendent exactement le contraire (Genèse 17,1 ; 18,1 ; Exode 6,3 ; 24,10 ; Amos 9,1 etc.) Comment expliquez-vous cette contradiction ? (TR)
Question 79 : Genèse 11,5 : « Alors le Seigneur descendit, pour voir la ville et la tour que les enfants des hommes étaient en train de construire ». Votre Seigneur est-il myope, pour ne pas être capable de voir depuis le ciel et devoir descendre ? » (TR)
Réponse aux deux questions : Jean 1,17-18 : « (17 ) après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. (18 ) Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître. » Jean 6,46 : « Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. » Jean 7,29 : « Moi, je le connais parce que je viens d'auprès de lui, et c'est lui qui m'a envoyé. » 1 Jean 4,2 : « Dieu, personne ne l'a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection. »
Tous ces passages des écrits johanniques du Nouveau Testament se rapportent à Exode 33,20 : Moïse sur la montagne : Exode 33,18-23 : « (18) Un jour, Moïse dit au Seigneur : « Je t'en prie, laisse-moi contempler ta gloire. » (19) Dieu répondit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je prononcerai devant toi mon nom qui est : YAHVÉ, LE SEIGNEUR. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. » (20) Il dit encore : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car on ne peut pas me voir sans mourir. » (21) Le Seigneur ajouta : « Voici une place près de moi, tu te tiendras sur le rocher ; (22) quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et je t'abriterai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé. (23) Puis je retirerai ma main, et tu me verras de dos, mais mon visage, personne ne peut le voir. »
Commentaire d’Exode 33,20 : « Entre la sainteté de Dieu et l’indignité de l’homme, il y a un tel abîme, que l’homme devrait mourir s’il voyait Dieu face à face, cf. Exode 19,21 ; Deutéronome 5,24-26 ; également Deutéronome 18,16). Voilà pourquoi Moïse, Exode 3,6 ; Elie, 1 Rois 19,13 ; et même les Séraphins, Isaïe 6,2, couvrent leur visage devant Yahvé. Celui qui reste en vie après avoir vu Dieu est pris d’un étonnement reconnaissant, Genèse 32,31 ; Deutéronome 5,24, ou de crainte religieuse, Juges 6,22-23 ; Isaïe 6,5. Dieu n’accorde que rarement pareil preuve de bienveillance, comme en particulier à Moïse, son « ami », Exode 33,11 ; Nombres 12,7-8, Deutéronome 34,10 et à Elie, 1 Rois 19,11 ss. – tous deux seront les témoins de la transfiguration du Christ, de la théophanie de la Nouvelle Alliance, Matthieu 17,3 (et parallèles), et qui sont considérés dans la tradition chrétienne comme les représentant par excellence de la vision mystique de Dieu (avec Paul, 2 Corinthiens 12,1 s). Dans le Nouveau Testament, la « gloire » de Dieu se révèle en Jésus, cf. Exode 24,16 et Jean 1,14 ; 11,40, mais, le Père, personne ne l’a vu, si ce n’est seulement Jésus, le Fils, Jean 1,18 ; 6,46 ; 1Jean 4,12. Pour les hommes, il n’y aura une vision face à face que dans la béatitude céleste, Matthieu 5,8 ; 1 Jean 3,2 ; 1 Corinthiens 13,12 ; cf. 2 Corinthiens 4,4.6 (en abrégé de : Neue Jerusalemer Bibel (Freiburg: Herder, 1980), p. 122.)
Par rapport à la question en rapport à Genèse 11,5, nous faisons deux remarques : (1) Il faut examiner à part les onze premiers chapitres du livre de la Genèse. Ils décrivent de façon populaire l’origine de l’espèce humaine. Ils expriment, dans un style concis et imagé, comme cela correspond bien à la condition spirituelle d’un peuple culturellement peu évolué, les vérités fondamentales qui sont présupposées par la réalité du salut : la création par Dieu au commencement des temps, l’action particulière de Dieu dans la création de l’homme et de la femme, l’unité du genre humain, le péché des premiers parents, et, en conséquence, la chute et la punition héritée de génération en génération. Il s’agit là de vérités qui sont significatives pour la doctrine de la foi et qui sont assurées de l’autorité de l’Ecriture Sainte. En tant que vérités de foi assurées, elles comprennent (non pas littéralement, mais selon leur signification), des faits réels, même si nous ne pouvons pas préciser davantage les circonstances et les manières de penser de cette époque sous leur présentation mythique. » (Neue Jerusalemer Bibel, p. 8.)
(2) Les anthropomorphismes audacieux des discours de Dieu dans l’Ancien Testament, ainsi les versets cités ici (Genèse 11,5), qui n’en montrent qu’un seul, irritent souvent le lecteur moderne ou même le choquent. On peut cependant les déchiffrer et les interpréter comme des indications des relations vivantes de Yahvé avec l’humanité. Dans ces anthropomorphismes, on voit, à travers la vivacité de Dieu, ce que nous appelons aujourd’hui la personnalité. Cette forme apparemment humanisée du témoignage de foi est à l’abri de vulgaires méprises par la confession simultanée de la transcendance de Yahvé, au-delà de l’espace et du temps.
Par ailleurs, son cœur et sa consistance sont mis à l’abri par la manière dont les hébreux (qui n’avaient pas réfléchi en profondeur en termes de « esprit » et de « personnalité ») ne décrivent jamais Yahvé en tant que « Il », « Je » ou « Soi». A. Deissler fait le commentaire suivant : « Ainsi sont exprimées des données personnelles originales, comme la connaissance et la sagesse, la volonté et la liberté, et cela, non seulement dans l’objet, mais aussi dans la réalité même de Celui qui parle, en qui l’Ancien Testament comprend en fin de compte toute « l’action de Dieu ad extra » et annonce ainsi quelque chose de la Parole de Yahvé, créatrice de l’univers, agissant puissamment dans l’histoire et révélatrice de Dieu. » (Die Grundbotschaft des Alten Testaments, in B. Dreher u.a. (hg.), Handbuch der Verkündigung 1, Freiburg 1970, p. 162.) Voir: Theodor Schneider, Was wir glauben. Düsseldorf: Patmos, 1988, p. 97.
Question 80 : En 1 Corinthiens 14,34-35 on lit : « 34 que les femmes gardent le silence dans les assemblées, car elles n'ont pas la permission de parler ; mais qu'elles restent dans la soumission, comme le dit la Loi … pour une femme, c'est une honte de parler dans l'assemblée. » Mais actuellement, il y a même des pasteures-femmes. L’Evangile n’est-il plus valable ? (TR)
Réponse : La ressemblance à Dieu vaut aussi bien pour l’homme que pour la femme (Genèse 1,27). Il n’y a pas ici de subordination. C’est pourquoi, toutes les discriminations de la femme – comme on en rencontre dans l’histoire des cultures et des civilisations humaines - contredisent la volonté originelle du Créateur. L’égalité en rang et en dignité de l’homme et de la femme fait toujours partie de l’enseignement de la révélation divine, pour le monde et pour l’Eglise.
Jésus, par son comportement, a bien mis en lumière la dignité et l’égalité de la femme. Les femmes aussi bien que les hommes sont les bénéficiaires de sa prédication, de ses activités, de son amour pour l’humanité. Il accueille des femmes comme disciples et il veut bénéficier de leur appui (Luc 8,1-3), il prend la défense d’une prostituée méprisée (Luc 7,36-50) et il rompt avec les barrières sociales (Jean 4,27) et les tabous religieux de son époque (Marc 5,28-34).
Dans l’Eglise primitive, on prend au sérieux l’intention de Jésus de faire valoir un rang égal et une égale dignité à la femme par rapport à l’homme et à libérer les femmes des étroitesses des conceptions et des habitudes de l’époque. Paul se réfère au baptême, dans lequel les différences qui valaient jusqu’alors sont relativisées et tous les baptisés cheminent tous ensemble en Christ dans l’unité. « Il n’y a plus ni juifs ni grecs, ni esclaves ni hommes libres, il n’y a plus ni l’homme ni la femme ; car vous êtes tous uns dans le Christ Jésus » (Galates, 3,27 s.). Cette affirmation théologique fondamentale, qui détermine à neuf l’ordre de la création dans la nouvelle création faite par Jésus, a pour but de dépasser les barrières de séparation et les obstacles qui existaient jusqu’alors.
Ce ne fut pas facile non plus, même pour Paul, de mettre en pratique les lumières de la foi ( cf. 1 Corinthiens 11, 2-16, qui comporte la phrase citée plus haut), alors même que Paul appelait les femmes à participer totalement à la vie de la communauté, et qu’il leur reconnaissait même des missions de direction (cf. Romains 16,1-5 et autres) et des activités missionnaires (cf. Romains 16,7). La recommandation faite aux maris d’aimer leurs femmes, que l’on trouve aussi dans l’éthique gréco-romaine, reçoit, en Ephésiens 5,25-32, au sein du « foyer » chrétien, un approfondissement tout à fait exceptionnel : « Vous, les maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l’Eglise et a donné sa vie pour elle » (5,25). L’exemple de l’amour de service du Christ a certainement du changer l’attitude du mari pour sa femme : à la place d’un exercice de l’autorité de type patriarcal, un amour tout dévoué. De plus, Ephésiens 5,21 recommande à tous les chrétiens, hommes et femmes : « soyez soumis les uns aux autres par respect pour le Christ ».
En ce qui concerne la doctrine de l’Église, il y a dans les Eglises catholiques et orthodoxes quelques problèmes d’importance à propos du ministère. Un des problèmes, parmi d’autres, fort controversé est celui de l’admission des femmes au ministère sacerdotal. Les femmes sont les égales des hommes en dignité humaine et chrétienne. C’est pourquoi il faut que les femmes puissent occuper une place équivalente dans tous les domaines de l’apostolat des laïcs. En 1976, la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi a cependant constaté à nouveau que l’admission de la femme au ministère sacerdotal ne semble pas possible pour l’Eglise catholique sur base de l’exemple de Jésus et de toute la tradition de l’Eglise.
Il ne s’agit pas d’une décision dogmatique définitivement obligatoire. Les arguments scripturaires ont certes un poids indubitable, mais, dans l’Eglise, ils ont plus de poids que les arguments étayant l’égalité de l’homme et de la femme dans la société. De plus, l’Eglise catholique ne veut pas, sur les questions liées au ministère, suivre d’autres voies que l’Eglise orthodoxe.
Dans l’Eglise anglicane, ainsi que dans de nombreuses Eglises protestantes, le femmes remplissent les fonctions de pasteurs et même d’évêques.
Question 81 : Qu’est-ce qui différencie les orthodoxes des catholiques et des protestants ? Qu’est-ce qui est commun dans la foi chrétienne ? (TR)
Réponse : Sous le terme Églises orthodoxes on comprend les Eglises qui vivent le christianisme sous la forme qui est marquée par Byzance, tel qu’il s’est développé dans la partie orientale de l’empire romain et qu’il a dépassé les frontières de l’Empire, particulièrement en direction des Slaves orientaux. Il y a également de nombreuses Eglises orthodoxes orientales qui se désignent elles-mêmes comme Eglises orthodoxes.
Elles se distinguent des Eglises orthodoxes par la liturgie et le dogme (cependant, en 1990, on est arrivé à un accord en ce qui concerne les questions dogmatiques, en particulier en christologie), les Eglises catholiques orientales, elles, sont en communion canonique avec l’évêque de Rome. Le terme « orthodoxe », souvent traduit par « croyant véritable », veut finalement dire « louant (Dieu) de la manière juste » et il fait référence à la signification centrale de la dimension liturgique dans le vie des Eglises orthodoxes.
Pour les Eglises orthodoxes, la prétention de l’évêque de Rome à la primauté (voir notre livre, chapitre 6, III, 1.2) est, jusqu’aujourd’hui, la raison décisive du maintien de la séparation entre les Eglises de 1054. L’extension du primat en Occident ne part certainement pas en premier lieu d’une volonté de pouvoir romain, mais de la responsabilité de garantir la liberté et l’unité de l’Eglise. Souvent cette priorité fut davantage demandée à l’Eglise de l’extérieur qu’elle ne fut exigée par Rome elle-même. Pour légitimer ce schisme, on se référait et on se réfère encore à d’innombrables problèmes théologiques de détail, comme par exemple la condamnation de l’utilisation, dans la coutume latine, de pain non fermenté pour la célébration de la messe, le célibat des prêtres ou une formulation légèrement différente du Credo, appelée le Filioque.
A côté de ces raisons décisives du schisme en Eglise orthodoxe et Eglise catholique romaine, il faut noter des styles différents de piété, en sorte que c’est moins la foi dans ses formulations dogmatiques que la manière même d’être chrétien qui a fait et qui fait encore aujourd’hui la différence essentielle entre l’Orient et l’Occident.
La continuation de l’Empire romain en Orient a signifié la continuation de l’Eglise impériale, fondée par l’empereur Constantin (r. 306-337). L’empereur était célébré comme le représentant de Dieu sur terre. C’était le roi prêtre temporel, à la ressemblance du Messie, investi de tous les droits et placé même au-dessus des règles ecclésiastiques (canons). Son pouvoir dans l’Eglise, dans le développement du dogme, du législatif et de l’administration n’était limité que par la loi divine. Dans ce système théocratique appelé quelque peu à tort césaropapisme, le peuple et l’Eglise, ainsi que l’Eglise et l’état se trouvaient très étroitement reliés.
Les patriarches y étaient clairement soumis à l’empereur et il agissaient très souvent sur ses ordres. Aussi cette structure ecclésiale s’est elle prolongée au moment où l’empire oriental disparut et que, à sa place, des dynasties nationales apparurent, tels les tsars en Russie ou les seigneurs serbes et roumains. A chaque fois naquirent des patriarcats autonomes. L’exercice de la religion était très largement limité au domaine de la liturgie de l’Eglise et cela s’est maintenu ainsi durant des siècles. Il n’y eut pas de grandes innovations, ni dans le domaine de la théologie, ni dans celui de la philosophie chrétienne, de la réflexion politique ou de l’art. L’Église continuait à vivre comme si le temps s’était figé.
Les choses se passèrent tout différemment en Occident. La papauté sortit renforcée et, en fin de compte, la seule instance dirigeante intacte, après tous les avatars catastrophiques de l’Empire romain d’Occident. Durant la période suivante, le pape prit la direction spirituelle en Europe centrale et occidentale et il représentait une sorte de lien supranational entre les différentes provinces ecclésiastiques, puisque c’est au pape que les seigneurs locaux et régionaux la reconnaissance de la légitimité de leurs prétentions politiques. Alors qu’en Europe orientale l’empereur était au-dessus du Patriarche et qu’il le prenait sous sa protection, les relations de pouvoir étaient quasiment structurées à l’opposé en Occident.
Durant les siècles suivants, on en vint, en Occident, en partie à cause de la querelle des investitures et sa résolution, à une division des domaines politique et religieux dont ne peut pas estimer suffisamment fort l’impact sur le développement de l’histoire spirituelle de l’Occident. Ni l’Europe orientale, ni le monde islamique n’ont connu une évolution similaire et, aussi, en sont-ils restés ultérieurement, dans ces questions, au stade de développement qu’ils avaient atteint au début du Moyen Âge. Seule l’Europe occidentale a dépassé ce stade et s’est risquée à des avancées nouvelles, stimulée par la lutte concurrentielle incessante de deux puissances clairement distinctes, celle de l’Eglise et celle de l’Empereur. (Les 5 derniers paragraphes s’inspirent largement de Peter Antes, Mach’s wie Gott , werde Mensch. Das Christentum. Düsseldorf: Patmos, 1999. pp. 110-112.)
Question 82 : Si Dieu est présent partout et toujours, comment peut-il être indépendant de l’espace et du temps ? (TR)
Réponse : C’est précisément parce que Dieu, en tant que l’incréé, le transcendant, dépasse toutes les limites de l’espace et du temps qu’il peut être présent partout et toujours.
Question 83 : Pourquoi les juifs ont-ils rejeté Jésus et le rejettent-ils encore toujours ? (TR)
Réponse : Aux yeux de beaucoup de contemporains juifs de Jésus et de beaucoup de croyants juifs dans les siècles qui suivirent jusqu’à aujourd’hui, Jésus a semblé ou semble ne s’être pas conformé aux institutions essentielles du peuple élu :
- l’obéissance à la loi selon toutes les prescriptions écrites sans exception, et, pour les pharisiens, selon l’interprétation donnée par la tradition orale ; - la position centrale du Temple de Jérusalem comme lieu saint, la résidence particulière de Dieu ; - la foi au Dieu unique, dont aucun humain ne peut partager la gloire.
(cf. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 576)
Question 84 : Les chrétiens adorent-ils des icônes et des statues ? (TR)
Réponse : Le Catéchisme de l’Eglise Catholique, dans la quatrième partie de ses explications du premier des « dix commandements », déclare, à propos des derniers mots du premier commandement : « tu ne te feras aucune image sculptée de Dieu » :
2129 L’injonction divine comportait l’interdiction de toute représentation de Dieu par la main de l’homme. Le Deutéronome explique : " Puisque vous n’avez vu aucune forme, le jour où le Seigneur, à l’Horeb, vous a parlé du milieu du feu, n’allez pas vous pervertir et vous faire une image sculptée représentant quoi que ce soit ... " (Dt 4, 15-16). C’est le Dieu absolument Transcendant qui s’est révélé à Israël. " Il est toutes choses ", mais en même temps, " Il est au-dessus de toutes ses œuvres " (Si 43, 27-28). Il est " la source même de toute beauté créée " (Sg 13, 3).
2130 Cependant dès l’Ancien Testament, Dieu a ordonné ou permis l’institution d’images qui conduiraient symboliquement au salut par le Verbe incarné : ainsi le serpent d’airain (cf. Nb 21, 4-9 ; Sg 16, 5-14 ; Jn 3, 14-15), l’arche d’Alliance et les chérubins (cf. Ex 25, 10-22 ; 1 R 6, 23-28 ; 7, 23-26).
2131 C’est en se fondant sur le mystère du Verbe incarné que le septième Concile œcuménique, à Nicée (en 787), a justifié, contre les iconoclastes, le culte des icônes : celles du Christ, mais aussi celles de la Mère de Dieu, des anges et de tous les saints. En s’incarnant, le Fils de Dieu a inauguré une nouvelle " économie " des images.
2132 Le culte chrétien des images n’est pas contraire au premier commandement qui proscrit les idoles. En effet, " l’honneur rendu à une image remonte au modèle original " (S. Basile, Spir. 18, 45 : PG 32, 149C), et " quiconque vénère une image, vénère en elle la personne qui y est dépeinte " (Cc. Nicée II : DS 601 ; cf. Cc. Trente : DS 1821-1825 ; Cc. Vatican II : SC 126 ; LG 67). L’honneur rendu aux saintes images est une " vénération respectueuse ", non une adoration qui ne convient qu’à Dieu seul : Le culte de la religion ne s’adresse pas aux images en elles-mêmes comme des réalités, mais les regarde sous leur aspect propre d’images qui nous conduisent à Dieu incarné. Or le mouvement qui s’adresse à l’image en tant que telle ne s’arrête pas à elle, mais tend à la réalité dont elle est l’image (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 81, 3, ad 3).
Il va de soi que, dans ce contexte, le sens du mot « image » comprend aussi bien les icônes que les statues sculptées.
|