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Questions & Réponses 5

Question 41 : Pourquoi les Croisés ont-ils massacrés des milliers de personnes innocentes ? (TR)

Réponse :
D’abord, une courte description du mouvement des croisades au sens plus strict, à savoir les croisades en Terre Sainte, de la plume de Ludwig Hagemann (Was glauben Christen? Die Grundaussagen einer Weltreligion. Herder-Taschenbuch nr. 1729, Freiburg, 1991, 126ss.) ( = Que croient les chrétiens ? Les affirmations fondamentales d’une religion mondiale.) : Quand, en 1071, les Turcs eurent conquis Jérusalem, les pèlerins qui rentraient parlèrent des chicanes et des obstacles que mettaient les nouveaux dirigeants. Ces nouvelles ne devaient pas rester sans effet. Lorsque à cause de la menace pour Constantinople l’empereur Alexius I (1081-1118) appela le pape Urbain II (1088-1099) à l’aide, l’appel que lança ce pape le 27 novembre 1095, lors du synode de Clermont, pour soutenir les chrétiens d’Orient et pour libérer la Terre Sainte de la domination musulmane, servit de détonateur pour un mouvement de masse qui a réunit pendant deux sièclesautour de cet objectif les peuples de l’Occident par delà toutes les frontières nationales.

« Deus lo volet », Dieu le veut – c’était le slogan qui fédérait le tout. Le pape lui-même se mit à la tête de ce mouvement des croisades.

Mais le but ultime n’a pu être atteint. Au contraire : toutes les tentatives pour remettre les pieds en Terre sainte ne purent être que de courte durée ; finalement, elles ont toutes échoué. Les motivations initialement religieuses de ce mouvement pâlirent sous l’influence des passions guerrières et aventurières, des soifs de sang, de butin et de pouvoir. Les relations entre les chrétiens et les musulmans furent très fortement hypothéquées, une nouvelle solidarité islamique contre les chrétiens en fut la conséquence. Les Églises d’Orient n’en furent que plus amères ; les efforts pour arriver à l’union échouèrent, et même, le fossé entre l’Église occidentale et l’Église orientale se creusa encore plus fort à cause de l’érection de l’empire latin à Constantinople (1204-61), de très courte durée.

En 2004, la magnifique et riche exposition sur le thème « aucune guerre n’est sainte. Les Croisades », qui se tient au musée diocésain et cathédrale de Mayence, rencontra un grand intérêt. Le prologue à cette exposition disait ceci :

    « L’histoire des Croisades a été à la longue fortement idéalisée et instrumentalisée politiquement et religieusement par l’état et par l’Eglise.
    Le 19ème siècle, avec son amour romantique de la chevalerie assimila les actions des Croisés au courage héroïque, à la noblesse d’âme et à la crainte de Dieu.

    A titre d’exemple illustrant bien cette façon de penser, il y a la fresque de la cathédrale de Spire, représentant le grand prédicateur des croisades, Bernard de Clairvaux : c’est bien un témoignage parlant de l’illustration non critique et romantique d’un événement historique significatif. Ces fresques historiques n’ont pas grand chose à voir avec la réalité.

    Les croisades furent de sanglantes et cruelles guerres de conquête et elles ont occasionné beaucoup de misère et de souffrances.

    Cependant, ceux qui à partir de l’an 1095 se marquèrent de la croix agissaient selon des critères de leur temps, que nous avons beaucoup de peine à comprendre aujourd’hui. Pour les croisés, la « libération de la Terre Sainte des mains des incroyants » était une « guerre juste », que Dieu lui même autorisait par l’intermédiaire du pape. Les conséquences de cette pieuse croyance furent très lourdes.

    Outre les centaines de milliers de morts, les guerres ont surtout laissé dans le Proche Orient une division profonde entre le monde oriental musulman et le monde occidental chrétien, avec des traces présentes jusqu’aujourd’hui.

    L’Église romaine a contribué grandement à cette évolution, aussi le pape Jean-Paul II s’est-il exprimé sans ambiguïté à ce sujet. Le 5 mai, il a prié à Athènes pour le pardon des péchés que « les fils et les filles de l’Église catholique » ont commis contre les chrétiens orthodoxes. Il a cité nommément la conquête de Constantinople par les croisés en 1204. Ce fut la première visite d’une pape romain en Grèce depuis plus de 1000 ans.

    Le 6 mai 2001, le Saint Père rendit visite à la Mosquée des Omayades à Damas. Il exprima l’espoir que « les dirigeants et les enseignants musulmans et chrétiens présenteront nos deux grandes religions comme communautés dans un dialogue respectueux et jamais plus en situation conflictuelle ». C’était absolument la première fois qu’un pape romain pénétrait dans une mosquée.

    Cet aveu public et cette demande de pardon pour l’injustice dont s’est rendu coupable l’Eglise durant les croisades devraient faire espérer que la relation entre les trois communautés religieuses monothéistes des chrétiens, des juifs et des musulmans s’améliore. » (Citation d’après le prologue de l’exposition citée plus haut. Aucune guerre n’est sainte. Les Croisades, textes explicatifs de l’exposition, Mayence : Musée de la cathédrale et du diocèse, 2004).

Le Pape Jean Paul II a décrété le premier dimanche du Carême de l’année jubilaire 2000 (12 mars) « Jour du pardon ». Comme on sait, l’année 2000 fut l’année jubilaire, durant laquelle les chrétiens fêtèrent le 2000ème anniversaire de la naissance de Jésus de Nazareth et le début du troisième millénaire. Dans son homélie, ce dimanche-là, il s’est entre autres exprimé ainsi :

    « Face au Christ qui, par amour, a assumé nos fautes, nous sommes tous invités à un profond examen de conscience. L'un des éléments caractéristiques du grand Jubilé réside dans ce que j'ai qualifié de "purification de la mémoire" (Bulle Incarnationis mysterium, n. 11). Comme Successeur de Pierre, j'ai demandé que "en cette année de miséricorde, l'Eglise, forte de la sainteté qu'elle reçoit de son Seigneur, s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils" (ibid.). Ce premier dimanche de Carême m'a semblé une occasion propice afin que l'Eglise, recueillie spirituellement autour du Successeur de Pierre, implore le pardon divin pour les fautes de tous les croyants. Pardonnons et demandons pardon!... Reconnaître les déviations du passé sert à réveiller nos consciences face aux compromis du présent, ouvrant à chacun la voie de la conversion.

    Pardonnons et demandons pardon! Tandis que nous rendons grâces à Dieu qui, dans son amour miséricordieux, a suscité dans l'Eglise une récolte merveilleuse de sainteté, d'ardeur missionnaire, de dévouement total au Christ et au prochain, nous ne pouvons manquer de reconnaître les infidélités à l'Evangile qu'ont commises certains de nos frères, en particulier au cours du second millénaire. Demandons pardon pour les divisions qui sont intervenues parmi les chrétiens, pour la violence à laquelle certains d'entre d'eux ont eu recours dans le service à la vérité, et pour les attitudes de méfiance et d'hostilité adoptées parfois à l'égard des fidèles des autres religions.

    Confessons, à plus forte raison, nos responsabilités de chrétiens pour les maux d'aujourd'hui. Face à l'athéisme, à l'indifférence religieuse, au sécularisme, au relativisme éthique, aux violations du droit à la vie, au manque d'intérêt pour la pauvreté de nombreux pays, nous ne pouvons manquer de nous  demander  quelles  sont  nos  responsabilités.

    Pour la part que chacun d'entre nous, à travers ses comportements, a eue dans ces maux, contribuant à défigurer le visage de l'Eglise, nous demandons humblement pardon.

    Dans le même temps, tandis que nous confessons nos fautes, nous pardonnons les fautes commises par les autres à notre égard. Au cours de l'histoire, en d'innombrables occasions, les chrétiens ont dû subir des vexations, des violences et des persécutions en raison de leur foi. L'Eglise d'aujourd'hui et de toujours se sent engagée à purifier la mémoire de ces tristes événements de tout sentiment de rancoeur ou de revanche. Le Jubilé devient ainsi pour tous une occasion propice pour une profonde conversion à l'Evangile. De l'accueil du pardon divin jaillit l'engagement au pardon des frères et à la réconciliation réciproque. »

Question 42 : « Quelle sorte de religion est le christianisme, du fait que les protestants ne reconnaissent pas les catholiques comme chrétiens et prétendent que les catholiques iront en enfer. Et cela, malgré le fait que protestants et catholiques ont le même prophète et croient au même Evangile ? Votre livre ne apprend-il rien au sujet de la tolérance ? Les idées comme celles-ci ne sont-elles pas horrible et impitoyables ? Seuls les protestants arriveront-ils au ciel ? Cette doctrine se trouve-t-elle dans votre Ecriture Sainte ? » (TR)

Question 43 : « Pouvez-vous résumer votre opinion concernant les chrétiens évangéliques (appelés aussi ‘protestants’) ? Sont-ils, selon la conception catholique, condamnés à l’enfer ? » (TR)

Réponse (aux questions 42 et 43) :
A propos de ces deux questions, il me semble qu’il s’agit essentiellement de questions particulières qui suivent :

    a. En quoi consiste, du point de vue catholique, l’unité de l’Eglise ?
    b. De quelle façon cette unité a-t-elle été mutilée au cours de l’histoire ?
    c. Quelles voies l’Eglise suit-elle pour retrouver l’unité ?
    d. Quel est le regard de l’Eglise sur la relation des chrétiens non catholiques avec elle-même ?

Je réponds à ces questions en me basant sur les déclarations du Concile Vatican II (1962-65) – tout particulièrement le décret sur l’Eglise Lumen Gentium ( (LG) et le décret sur l’œcuménisme ‘Unitatis Reintegratio’ (=UR) – ainsi que le Catéchisme de l’Eglise Catholique (= CEC) (1993).

Ad a) En quoi consiste dans la vision catholique l’unité de l’Eglise ?

L’Eglise est une à partir de son origine, l’unité du Dieu unique, Père et Fils dans l’Esprit Saint dans la Trinité des personnes. Elle est une à partir de son fondateur, Jésus Christ, et elle est une à partir de son âme, l’Esprit Saint, qui habite dans les croyants et qui remplit toute l’Eglise et la conduit.

Dès ses débuts, l’Eglise manifeste effectivement une grande diversité. Elle vient de la multiplicité des dons de Dieu, mais aussi de la multiplicité des hommes qui les reçoivent. « Parmi les membres de l’Eglise il existe une multitude de dons, de missions, de conditions de vie et de manières de vivre ; dans la communauté ecclésiale il y a légitimement des Eglises particulières, qui disposent de traditions propres » (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. » (CEC 814)

Quels sont les liens de l’unité de l’Eglise ? C’est surtout l’amour, « le lien de la perfection » (Col. 3,14). Mais l’unité de l’Eglise est assurée aussi par les liens visibles de la communauté tels que :

    - la confession d’une et même foi transmise par les Apôtres ;
    - la célébration commune de la religion, surtout des sacrements ;
    - la succession apostolique (à savoir, la succession ininterrompue des évêques et de prêtres depuis les apôtres), qui maintient, par le sacrement de l’ordre, l’entente fraternelle de la famille de Dieu.

« Telle est l'unique Eglise du Christ … que notre Sauveur, après sa résurrection remit à Pierre pour qu'il la paisse (Jn 21, 17). C'est elle que le même Pierre et les autres Apôtres furent chargés par lui de répandre et de guider… Cette Eglise, constituée et organisée en ce monde comme une communauté, subsiste dans l'Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui. » (LG 8)

Ad b) De quelle façon cette unité a-t-elle été mutilée au cours de l’histoire ?

« Dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l'origine (15), certaines scissions, que l'Apôtre (Paul) réprouve avec vigueur comme condamnables ; au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus graves, et des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de l'Église catholique, parfois par la faute des personnes de l'une et de l'autre parties. » (UR 3) Parmi les communautés qui ont vu le jour à cause de la séparation de l’Eglise catholique, on compte aussi les « protestants », qui se désignent aussi et de préférence, chrétiens évangéliques, ou Eglise(s) évangélique(s).

« Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles Communautés, et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division et l'Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité ;… justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de Chrétiens et les fils de l'Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur. » (UR 3)

De plus, il existe, en dehors des frontières visibles de l’Eglise catholique « de multiples éléments de sanctification et de vérité » (LG 8) : « la Parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et l’amour et les autres dons intérieurs de l’Esprit Saint ainsi que des éléments visibles » (UR 3). L’Esprit du Christ se sert de ces Eglises et des communautés ecclésiales comme moyens de salut. Leur énergie vient de la plénitude de grâce et de vérité que le Christ a confié à l’Eglise catholique. Tous ces biens viennent du Christ, conduisent à lui et favorisent d’eux-mêmes « à l’unité catholique » (Lumen Gentium 3).

Ad c) Quelles voies l’Eglise suit-elle pour retrouver l’unité ?

Le Christ donne continuellement l’unité à son Eglise, mais l’Eglise doit continuellement prier et agir pour maintenir, fortifier et perfectionner l’unité que le Christ veut pour elle. Pour correspondre correctement à ce don, il faut :

    - un renouvellement continuel de l’Eglise dans une fidélité plus grande à sa vocation. Ce renouveau est le moteur du mouvement vers l’unité ;
    - la conversion du cœur, car l’infidélité des membres au don du Christ est la cause de la séparation de l’Eglise catholique ;
    - la prière en commun, car « cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des Chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout l'œcuménisme et appelées à bon droit "œcuménisme spirituel" (UR 8) ;
    - une fraternelle connaissance mutuelle ;
    - la formation œcuménique des croyants et surtout des prêtres ;
    - le dialogue entre les théologiens et la rencontre entre les chrétiens des différentes Eglises et communautés ;
    - la collaboration des chrétiens dans les différents services humanitaires.

Ad d) Quel est le regard de l’Eglise sur la relation des chrétiens non catholiques avec elle-même ?

« Tous les hommes sont appelés à cette unité catholique du Peuple de Dieu,… et c'est à cette même unité qu'ont rapport, c'est à elle que sont ordonnés -- et cela de façons diverses -- soit les fidèles catholiques, soit les autres qui ont foi dans le Christ, soit enfin l'universalité des hommes, appelés au salut par la grâce de Dieu. » (LG 13)

« Sont pleinement incorporés à la communauté ecclésiale ceux qui, possédant l'Esprit du Christ, acceptent toute son économie et tous les moyens de salut établis en elle et sont, par les liens de la profession de foi, des sacrements, de la direction et de la communion ecclésiastiques, unis dans ce même ensemble visible de l'Eglise, avec le Christ qui la régit par le souverain Pontife et les évêques. D'autre part, n'est pas sauvé, même s'il est incorporé à l'Eglise, celui qui, faute de persévérer dans la charité, demeure dans le sein de l'Eglise "de corps ". mais non pas " de coeur" ». (LG 14)

« Avec ceux qui, baptisés, s'honorent du nom de chrétiens, mais ne professent pas intégralement la foi ou ne conservent pas l'unité de la communion avec le successeur de Pierre, l'Eglise se sait unie par de multiples rapports. » (LG 15) « Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu'imparfaite, avec l'Église catholique. » (UR 3) La communion avec les Eglises orthodoxes est tellement profonde, « qu’il ne leur manque que peu de choses pour arriver à la plénitude qui justifie une célébration commune de l’Eucharistie » (Paul VI, Discours du 14 décembre 1975) (Voir CEC 836-838)

Question 44 : « Si j’ai bien compris, les protestants prétendent que Jésus vous a pardonné tous vos péchés et vous a promis le ciel. Aussi pouvez-vous commettre autant de péchés et faire autant de mal que vous voulez, puisque vous êtes déjà sauvé. Comment est-il possible de penser que ces doctrines de l’Evangile sont vraies ? Ne faites-vous pas erreur ? L’Evangile enseigne-t-il vraiment une foi qui incite les hommes au mal ? Qu’en pensez-vous ? (Car c’est par grâce que vous êtes sauvés grâce à la foi, et non pas de vos propres forces – Dieu en a fait le don, non à cause de vos œuvres, afin que personne n’en puisse tirer gloire (Ephésiens 2 : 8-9). » (TR)

Réponse :
Le danger d’une telle compréhension erronée de cette doctrine a déjà été perçu par le Nouveau Testament lui-même. Que l’on lise attentivement la Lettre de l’Apôtre Paul aux Romains 5, 12- 6,23 et la Lettre aux Galates 6, 1-10. La Lettre de Jacques, que l’Eglise catholique apprécie tout aussi fort que toutes les autres lettres apostoliques, s’oppose très résolument contre cette compréhension erronée. Voir en particulier Jacques 1, 14-26.

C’est la mission des Conciles de l’Eglise de clarifier les points de doctrine qui ont amené des méprises ou pourraient en amener, en méditant sur les témoignages de l’Ecriture et de la théologie. C’est ainsi que la Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l’Eglise, Lumen Gentium (40), s’exprime à propos de la question de la grâce, des œuvres et de la sanctification :

    « Le Seigneur Jésus, Maître et Modèle divin de toute perfection, a prêché cette sainteté de la vie, dont lui-même est l'auteur et qu'il conduit à son achèvement, à tous et à chacun de ses disciples, quelle que soit sa condition: "Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt. 5, 48). … Les adeptes du Christ, appelés par Dieu et justifiés en Jésus-Christ non à cause de leurs oeuvres, mais selon le dessein et la grâce de Dieu, sont vraiment devenus, dans le baptême de la foi, fils de Dieu et participants de la nature divine et ont été, par conséquent, réellement sanctifiés. Ils doivent donc, avec l'aide de Dieu, maintenir et perfectionner dans leur vie cette sainteté qu'ils ont reçue. L'Apôtre les exhorte à vivre "comme il convient à des saints" (Eph. 5, 3), à se revêtir, "comme il convient à des élus de Dieu, saints et agréables, de sentiments de miséricorde, de bonté, d'humilité, de mansuétude et de patience" (Col. 3, 12), et à recueillir les fruits de l'Esprit en vue de leur sanctification (cf. Gal. 5, 22; Rom. 6, 22). Et puisque tous nous commettons bien des fautes (cf. Jac. 3, 2), nous avons continuellement besoin de la miséricorde de Dieu et devons demander chaque jour: "Remets-nous nos dettes" (Mt. 6, 12). »

Question 45 : « Qu’a dit votre Messie, que vous appelez votre Dieu ? Combien de dieux avez-vous ? À côté de qui le Messie est-il Dieu ? Tel que vous présentez le choses, il n’est pas clair s’il (le Messie) est Avocat ou Dieu. « Qui donc vous condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ? » (Romains 8 :34), cf. Hébreux 7 :25). « Mes enfants, je vous écris ceci, afin que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu’un pèche, nous avons un défenseur auprès du Père : Jésus Christ, le juste. » (1 Jean 2,1) (TR)

Réponse :
J’extrais de ces questions et choix de citations bibliques confusément formulées les  grandes questions qui suivent : (a) « Combien de dieux avez-vous (par rapport à votre foi en la filiation divine de Jésus Christ) ? (b) Ensuite : En quel sens Jésus est-il pour vous « Avocat » auprès de Dieu et en même temps une des trois ‘Personnes’ divines dans le mystère du Dieu un et trine ? »

Ad a)

Il faut se référer d’abord au texte repris plus haut des chapitres 2 et 5 du livre ainsi qu’aux questions et réponses qui conviennent.

Ensuite, nous nous contentons ici de citer les paragraphes 232-234 du Catéchisme de l’Eglise Catholique :

    « 232 Les chrétiens sont baptisés " au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit " (Mt 28, 19). Auparavant ils répondent " Je crois " à la triple interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit : " La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité " (S. Césaire d’Arles, symb. : CCL 103, 48).

    233 Les chrétiens sont baptisés " au nom " du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas " aux noms " de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552 : DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint : la Très Sainte Trinité.

    234 Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi ; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la " hiérarchie des vérités de foi " (DCG 43). " Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché " (DCG 47). »

Ad b)

Pas seulement Jésus, mais l’Esprit Saint aussi est appelé, selon l’évangile de Jean (14,16.26), « Avocat », « Défenseur » (= en grec : paraklêtos). « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (14,26) ». Ce qui veut dire qu’après le départ de Jésus, l’Esprit prendra sa place auprès des croyants, Jean 14,16.17 ; 16,7, cf. 1,33. Il est le « Paraclet », le défenseur, l’aide qui intercède auprès du Père, ou celui qui intervient comme défenseur devant les cours de justice humaine, 15,26.27, cf. Luc 12,11-12 ; Matthieu 10,19-20 ; Actes 5,32. Il est l’Esprit de vérité, 8,32, qui conduit à la vérité tout entière, en amenant à comprendre la personne mystérieuse du Christ : comment celui-ci accomplit les Ecritures, 5,39, quel est le sens de ses paroles, 2,19, de ses actions, de ses « signes », 14,16 ; 16,13 ; 1 Jean 2,20 ss.27 ; tout cela, les disciples ne l’auraient pas compris avant, 2,22 ; 12,16 ; 13,7 ; 20,9. Ainsi l’Esprit témoignera pour le Christ 15,26 ; 1 Jean 5,6-7, et il confondra les incroyants du monde, 16,8-11.

C’est une sérieuse méprise de ne pas appliquer les passages de l’Ancien Testament et le mot paraklêtos à l’Esprit Saint, mais de le relier à Mahomet, le fils d’Abdullah et le Prophète de l’Islam, comme on le fait par exemple dans le commentaire de Maulana Muhammad Ali, The Holy Qur’an, Lahore, 1951, n. 2496, en explication de la sourate Q61,6. Voir à ce sujet Adel Theodore Khoury, Der Koran. Arabisch-Deutsch. Übersetzung und wissenschaftlicher Kommentar, Band 12 (Gütersloh, 2001), p. 97. Remarque 3 sur la sourate 61,6.

Jésus Christ est appelé dans la Lettre aux Hébreux le « médiateur d’une alliance nouvelle » (Hébreux 9,15 ; 12,24), de la nouvelle Alliance, qui dépasse l’ancienne (Hébreux 8,6). Les hommes qui se présentent devant Dieu par le Christ seront sauvés pour toujours (Hébreux 7,25). Jésus est « le médiateur », car Dieu n’y a appelé (Hébreux 5,5) et il a suivi cet appel inconditionnellement (Hébreux 10, 7 ss.). La Première à Timothée (1 Timothée 2,5) désigne également Jésus comme le médiateur, en sa qualité d’homme, ce qui lui permet d’être le « sauveur » de tous les hommes, v.4, par sa mort « en rançon » pour eux, v.6. Ainsi, Jésus Christ « réconcilie » Dieu et l’homme dans sa propre personne.

Question 46 : Reconnaissez-vous l’Islam et Mahomet ? Si ‘oui’, quelle est la religion ultime, le christianisme ou l’Islam ? Si votre réponse est ‘l’Islam’, considérez-vous alors que le christianisme est terminé, et tous les chrétiens ne devraient-ils pas alors passer à l’Islam ? (TR)

Réponse :
Que celui qui pose cette question lise d’abord plus haut sur cette page web dans notre livre le chapitre 4 Mahomet – Prophète également pour les chrétiens ? Et là, relire aussi particulièrement la Partie IV, 3-5, ainsi que l’excursus à la fin du chapitre. Au chapitre 12 du même livre : le centre du christianisme montre de plus en quoi consiste, pour le croyant chrétien, le cœur de sa foi. C’est l’amour inconditionnel de Dieu qui se communique lui-même, cet amour qui est apparu au croyant dans la doctrine, la vie, la passion, la mort et la résurrection à la vie nouvelle de Jésus, le Messie. Le chrétien rencontre Jésus et la force de son amour dans la prière, la foi et l’action de la communauté des chrétiens, l’Eglise. Il est appelé à témoigner de cet amour par une vie de service et d’engagement envers son prochain. Partout où le chrétien découvre des traces de cet amour de Dieu en Jésus Christ, également dans la vie des musulmans qui sont entièrement dévoués à Dieu et au service de l’homme, il remerciera Dieu qui offre ses dons à tous les hommes. Le chrétien et la chrétienne s’allieront autant que possible avec de tels hommes et leurs actions.

C’est en ce sens que l’Eglise catholique « exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d'autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux. » (paragraphe 2). Et elle en appelle particulièrement aux chrétiens et aux musulmans «  à oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. » (Paragraphe 3) (Concile Vatican II : Nostra Aetate).

Question 47 : L’Évangile se caractérise par la grande beauté de sa langue et par son contenu. Mais comment faut-il comprendre et interpréter les différents verset de l’Ancien Testament qui contiennent de la violence (p.ex. Deutéronome 13,15 ; Exode 32,27) ? (TR)

Réponse :
Veuillez lire la deuxième partie de la réponse à la question 28, ci-dessus.

Ajoutons ceci (en citant le Catéchisme hollandais, 1966) : Celui qui ouvre l’Ancien Testament personnellement y trouve des pages d’une splendeur éclatante, et d’autres qui lui semblent dures et froides comme un paysage de montagne.

« Beaucoup de troubles à la lecture (de l’Ancien Testament) proviennent du fait que nous nous attendons à un livre gentil et édifiant, un livre dans lequel on ne représente que de bonnes choses. Mais déjà dans les histoires des patriarches, dans le livre de la Genèse, on raconte en toute tranquillité des actions dures, cruelles ou, à nos yeux, immorales. Nous, qui lisons cela, nous devrions savoir que la Bible n’est pas un livre édifiant, mais qu’il décrit la réalité. Dieu chemine avec une humanité primitive. Ce n’est qu’après un certain temps que les mœurs, ou au moins la représentation de normes morales idéales se raffinent. Dans l’histoire d’Abraham, nous ne sommes pas invités à tout faire comme lui, mais à faire attention au fil conducteur : la façon dont il est demeuré fidèle à Yahvé à travers tout. Il faut un regard large pour bien lire l’Ancien Testament. Il faut pouvoir imaginer que cela se passe autrement chez d’autres gens.

La lecture ne sera pas trop ardue si les actions sont caractérisées explicitement de mauvaises, comme c’est le cas pour le péché de Sodome, ou lorsqu’elles sont explicitement mentionnées, comme par exemple la tromperie des fille de Lot (Genèse 19). Mais souvent, cependant, il semble que c’est comme si Dieu lui-même était dans le coup, comme par exemple pour la tromperie de Jacob (Genèse 27), ou, plus fort encore, lors du massacre des habitants de Canaan (Josué 8). Il y est écrit que Yahvé en a donné lui-même l’ordre. (Cf. plus haut : réponse à la question 27)

Mais nous devons considérer ces cas comme des imperfections primitives. On ne pouvait pas, à l’époque ne pas adopter les méthodes d’alors, à ce niveau de civilisation, pour garantir la pureté du service de Yahvé. La mentalité de Dieu n’avait pas encore pénétré suffisamment en profondeur. C’était déjà beaucoup de rester fidèle à Yahvé.

Dans l’Ancien Testament, l’état des choses était imparfait et par trop humain, c’est ce qu’illustre aussi la parole de Jésus à propos du fait qu’un homme pouvait sans plus renvoyé sa femme. Cela se passait, dit Jésus, « à cause de la dureté de leur coeur » (cf. Matthieu 19,8). Ce n’était pas le véritable dessein de Dieu. Il en va de même pour les meurtres dans le livre de Josué (il y en eut d’ailleurs beaucoup moins que les chiffres qui y sont indiqués ; beaucoup moindre aussi que le massacre des Indiens aux Etats Unis ou celui des Juifs durant le Troisième Reich).

Question 48 : Les prophètes sont les envoyés de Dieu et ils doivent également être des exemples à suivre. Mais, lorsque l’on lit l’histoire de David et de Salomon, on voit que l’un et l’autre ont commis de graves péchés. Comment ces personnes peuvent-elles être des prophètes ? (TR)

Réponse :
Veuillez lire le premier paragraphe de la réponse à la question 27. Les patriarches, les prophètes et les autres grandes figures de l’Ancien Testament, et parmi elles également des femmes comme Sara, Rebecca, Rahel, Miriam, Debora, Hanna, Judith et Esther ont été honorée dans l’Eglise comme des saintes et des saints, et ils le sont toujours. Les saints, au sens de la doctrine catholique, sont des hommes qui ont vécu la foi de manière convaincante, et même héroïque. Pareille sainteté n’exclut pas que le saint ou la sainte ait pu commettre des péchés. De plus, elle ne consiste pas en premier lieu en des actions extraordinaires ou même sensationnelles, mais en une extraordinaire fidélité, amour et patience dans la vie de chaque jour, dans la louange de Dieu et au service du prochain, tout particulièrement en supportant la souffrances, les persécutions et les contrariétés de toutes sortes – le tout étant le fruit de leur disponibilité à l’action de l’Esprit Saint en eux.

“Dans la Bible et dans la doctrine chrétienne, il n’y a pas de doctrine de l’impeccabilité (‘isma) des prophètes, telle que l’Islam la comprend. Cette doctrine islamique dit « que les envoyés de Dieu ne peuvent commettre de péché et, par rapport à la foi et à la fidélité à la foi, ils ne peuvent ni se tromper ni commettre de trahison. La Sunna a fait de chaque prophète un ma’sûm, à savoir une homme qui est doté du privilège d’être préservé du mal et de l’erreur. Dieu leur a pardonné les péchés qu’ils peuvent avoir commis à cause de leur nature humaine ou avant qu’ils aient été élus » (Cheikh Si Hamza Boubakeur, Traité Moderne de Théologie Islamique. Paris, 1985, S. 127).

Question 49 : Est-ce que les musulmans qui voudraient devenir chrétiens sont privilégiés d’une façon ou l’autre ? (TR)

Réponse :
Les communautés chrétiennes des diverses régions du monde ont le devoir de prendre au sérieux le souhait de musulmans adultes de devenir chrétiens. En même temps, l’Eglise leur recommande de veiller attentivement à ce que la décision de devenir chrétien soit entièrement libre de toute contrainte extérieure ou intérieure et que la raison de cette démarche soit uniquement le désir de suivre de cette manière la doctrine du Christ et de devenir son disciple.

Cela veut dire aussi que les communautés chrétiennes ne peuvent pas privilégier matériellement ou d’une autre façon les personnes qui demandent de recevoir une formation à la foi chrétienne ainsi que le baptême, car cela compromettrait la liberté et la pureté des motivations.La réception du baptême se situe à la fin d’un processus d’initiation en plusieurs étapes. Ce chemin d’introduction à la foi et de préparation au baptême s’appelle le catéchuménat.

Par ce temps de préparation (le catéchuménat), il faut permettre aux catéchumènes (à savoir, ceux qui se préparent à recevoir le sacrement de baptême par le catéchuménat), en réponse à l’initiative divine et en union avec une communauté ecclésiale, de mener leur conversion et leur foi à maturité. Il s’agit d’une " formation à la vie chrétienne intégrale... par laquelle les disciples sont unis au Christ leur Maître. Les catéchumènes doivent donc être initiés ... aux mystères du salut et à la pratique d’une vie évangélique, et introduits, par des rites sacrés, célébrés à des époques successives, dans la vie de la foi, de la liturgie et de la charité du Peuple de Dieu " (cf. CEC, n° 1247-1248).

« Les catéchumènes " sont déjà unis à l’Église, ils sont déjà de la maison du Christ, et il n’est pas rare qu’ils mènent une vie de foi, espérance et charité " (Ad Gentes 14). " La Mère Église les enveloppe déjà comme siens dans son amour en prenant soin d’eux " (Lumen Gentium 14). »

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