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Questions & Réponses 3

Question 27 : « Depuis que j’ai commencé à lire le Bible, voilà la question qui me préoccupe : Comment peut-il être possible de raconter, comme le fait l’Ancien Testament lui-même, que les filles de Lot ont enivré leur père et ont couché avec lui et fait avec lui des enfants ? Ou y a-t-il une autre explication pour cette histoire ? Dans l’explication des motifs qui ont poussé ses filles à faire ce pas, on indique qu’il n’y avait plus dans la ville aucun homme capable d’engendrer. Mais on raconte aussi qu’après la destruction de Sodome et de Gomorrhe, Abraham a vue monter de la fumée de ces villes complètement détruites par le feu. Pourquoi donc ces filles de Lot ont-elles commis ce péché tellement haïssable ? Et comment un prophète peut-il être impliqué dans un péché si détestable ? » (TR)

Réponse :
le texte biblique dont il est question est Genèse 19 :30-38 (Sous titré dans la Bible de Jérusalem par : ‘Origine des Moabites et des Ammonites’)

a. Il s’agit, du point de vue de l’histoire littéraire, d’une ajoute au texte du livre de la Genèse, sans doute une tradition remontant aux Moabites et aux Ammorites, cf. Nombres 20 :23ss , qui pouvaient s’honorer d’avoir une telle origine, cf. Genèse 38. Tout comme Tamar (cf. Genèse 38, 1 Chroniques 2 :4 et Matthieu 1 :3), les filles de Lot ne sont pas présentées dans le texte comme immorales ; elles veulent s’assurer d’une descendance, de la continuité de leur race. Cela semble être légitime, aux yeux du texte. Le verset 31 présuppose que Lot et ses filles sont les seuls survivants de la catastrophe. L’histoire de Sodome, qui fut détruite à cause des péchés de ses habitants, est probablement à l’origine, venant de la Jordanie orientale, un parallèle au récit du déluge.

b. La Bible, à la grande différence avec le Coran, décrit des expériences que les humains ont fait avec Dieu et sa révélation en paroles et en actes dans leur longue histoire. Elle donne aussi le témoignage du processus d’apprentissage du peuple d’Israël concernant la vérité à propos de Dieu, des hommes et des relations entre Dieu et l’homme. On comprend dès lors que la Bible représente aussi les personnalités les plus importantes de l’histoire biblique, y compris les patriarches et les prophètes, comme des hommes qui sont faibles et pécheurs. Et ceci sur l’arrière-fond de la croyance que la bonté et la miséricorde de Dieu est plus puissante que les faiblesses et les péchés des humains. Dieu réalise ses plans malgré les hommes faibles et pécheurs et par eux. Aussi n’y a-t-il pas, dans la théologie chrétienne, de doctrine affirmant que les prophètes sont exempts de péchés. Un exemple peut suffire : la Bible raconte en long et en large le terrible péché de David en relation avec Urie et Bethsabée (2 Samuel 11). Elle raconte cependant aussi la contrition profonde et personnelle de David et sa réconciliation. Le psaume 51, le psaume pénitentiel le plus connu, est attribué à David.

Seul Jésus de Nazareth, le Christ, le Fils de Dieu, a été, selon le témoignage du Nouveau Testament, sans péché. La tradition chez Muslim, Sahïh (Fadâ’il, 146 est typique : « Il n’y a pas parmi ceux qui sont nés quelqu’un que Satan n’ai pas transpercé, à l’exception de Jésus, le Fils de Marie ») De plus, Marie, la mère de Jésus, était « pleine de grâce » (Luc 1 :28), parce que, en référence à l’élection insondable de Dieu, elle avait trouvé grâce auprès de lui et parce qu’elle s’était entièrement impliquée, dans sa foi, dans l’appel de Dieu, qu’elle était entièrement entourée de l’amour et de la grâce de Dieu, qui nous a été révélée dans et par Jésus Christ. Selon la doctrine de l’Eglise catholique et orthodoxe, Marie demeura également dans sa vie ultérieure sans péché personnel. Elle est, comme l’exprime l’Eglise orientale, la « toute sainte ». Toute, cela veut dire dès le tout début et dans toutes les dimensions.

Question 28 : « Si Allah aime les hommes, pourquoi envoie-t-il tant de prophètes. Pourquoi permet-il que, depuis des milliers d’années, les hommes de toutes les religions se massacrent mutuellement ? Et même, Alla, dans la Tora (Ancien Testament) donne des ordres tels que ‘Tuez tous les hommes de cette ville !’ Comment peut-on dire alors que Dieu aimes les hommes ? » (TR)

Réponse :
(De grandes parties de cette réponse s’inspirent d’un essai sur le problème de la violence dans l’Ancien Testament, du professeur Norbert Lohfink, de la Faculté de Théologie Sankt Georgen, Francfort.)

1. Dans le Coran aussi bien que dans le Nouveau Testament, la mission des prophètes et considérée comme une expression de la miséricorde de Dieu. Bien que les hommes oublient Dieu, toujours à nouveau, et désobéissent ou même travestissent les commandements de Dieu, Dieu, dans sa bonté, leur envoie toujours à nouveau des prophètes. Leur mission est de rappeler à leur souvenir Dieu et ses droits, et à rappeler aux hommes que, créatures de Dieu, ils doivent leur existence entièrement à Dieu et qu’ils ont a obéir à ses ordres, et qu’ils auront à rendre des comptes à Dieu lors du jugement dernier. Les prophètes font surtout prendre conscience du commandement de l’inviolabilité de la vie humaine, de l’obligation d’exercer la justice et de la mission de garantir de façon toute particulière les droits des pauvres et des faibles.

La Bible accorde, elle aussi, à la mission des prophètes une grande place. Le Nouveau Testament présente la mission de Jésus comme la conclusion et l’accomplissement absolu de toute la lignée des prophètes. Cf. Hébreux 1 :1-4 : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l'univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, devenu d'autant supérieur aux anges que le nom qu'il a reçu en héritage est incomparable au leur. » (Cf. Hébreux 1 :1-2). Ainsi, Dieu révèle en Jésus Christ son amour pour les hommes d’une manière qui dépasse toute compréhension humaine. Lire : dans le livre, chapitre 12, III, 2.

2. Dans la deuxième partie de la question, il s’agit de savoir quelle place la violence prend dans la Bible et comment comprendre correctement le message biblique à propos de la non-violence.
Il faut d’abord faire une déclaration de principe : la Bible défend un monde en paix, et non un monde violent. Il faut répéter cela effectivement, car il y a toujours à nouveau des voix qui reprochent aux religions monothéistes, et surtout au christianisme, l’intolérance, et même l’introduction de la guerre dans notre monde. Il faut faire ici une distinction importante. Il existe une obligation pour que nous, les humains, nous poursuivions la paix.

Mais, en complément, il existe aussi une promesse divine : Dieu promet que, dans l’histoire, on arrivera à la paix. Mais il y a tout de suite une ajoute. Dieu ne promet pas cela à tous les hommes en une fois. Cette promesse vaut d’abord surtout pour un peuple bien déterminé. C’est une promesse messianique. Ce n’est qu’à partir de ce peuple que la promesse peut atteindre l’ensemble de l’humanité. Ainsi est formulé d’emblée un motif décisif de toute la théologie biblique de la violence et de la paix : le rôle d’un peuple de Dieu pour résoudre le problème de la violence. Il faut le dire ici d’emblée.

         La violence démasquée dans l’histoire biblique des origines, Genèse 1-11.

L’histoire biblique « des origines » ne consiste pas en des hypothèses sur le big- bang ou sur l’évolution de l’humanité à partir du monde animal ou encore l’invention du feu, mais en des images sous forme de récits. Ces images posées au début de l’histoire ne racontent pas, au fond, ce qui est arrivé au début, mais, dans ces histoires des débuts on représente « ce qui se passe toujours et partout ». On faut ici des déclarations tout à fait fondamentales. Elles sont valables pour tous les hommes de tous les temps. Des récits d’origine de ce type, il en exista partout et on en trouve partout. Quand on compare les histoires d’origine des peuples, on découvre, bien sûr, de grandes différences. C’est ainsi que, dans les récits d’origine du pays des deux fleuves, on a comme thèmes principaux, que l’homme est condamné à peiner et à travailler et aussi la question de la surpopulation. Dans la Bible, au contraire, apparaît comme thème principal de l’existence humaine la tendance à la violence. Cela peut surprendre.

Nous ne nous rendons pas suffisamment compte que l’histoire du paradis et de la chute ne se termine pas du tout avec l’exclusion du paradis, mais avec l’histoire de Caïn. Et que l’histoire de Caïn ne se termine pas par le moment où Caïn tue son frère Abel, mais par le chant de Lamesch à la fin  de la Genèse, au chapitre 4. Le péché originel des humains n’est pas « le premier péché », mais est « le péché-type originel ».

En tant que telle, cette histoire comprend un double aspect : l’aspect « Dieu-homme » décrit le péché du paradis décrit l’aspect « Dieu-homme », le chapitre 4 sur Caïn et Abel décrit l’aspect « homme-homme ». Le meurtre ne peut se représenter, bien évidemment, qu’à partir de la deuxième génération humaine. La désobéissance à l’égard de Dieu et le meurtre du frère sont les deux faces de la même médaille. Dès que la confiance en Dieu a cessé d’exister, la confiance comme fondement des relations interhumaines a également disparu. Alors nait la rivalité et celle-ci finit par aboutir à la destruction violente du rival.

Sans doute le plus important dans l’histoire de Caïn n’est-elle pas la représentation de cette affaire, mais ce qui en découle : Dieu, en effet, protège Caïn des conséquences du premier acte de violence. Celles-ci ne seraient, à la longue, rien d’autre que des violences sans cesse plus nombreuses, comme un incendie de plus en plus étendu. Dieu inaugure une première institution qui tempère la violence : la vengeance de sang. Il s’agit avant tout d’une institution préventive. Le châtiment de la violence par la menace d’une violence correspondante est le moyen qui permet d’endiguer la violence. A partir de cette première institution humaine, l’histoire de Caïn décrit sobrement la naissance de la culture et civilisation humaines dans leur ensemble. Nous ne pouvons pas, ici, montrer comment l’histoire du déluge (Genèse 6 : 11-13), avec son personnage central, Noé, développe sous forme de récit ce même thème une seconde fois.

Ce que l’on peut dire en tout cas, pour résumer, c’est que, à partir de l’histoire des origines biblique, la tendance à régler les problèmes au moyen de la violence fait partie des constantes de la destinée humaine et que le contrôle de la violence par la menace d’une violence correspondante, que notre société contemporaine, au niveau mondial, peut également considérer comme l’unique possibilité de solution, est indispensable au nom du désir de paix de l’humanité, et est même voulue par Dieu. Dans tous ces récits des origines, il est établi, selon la Bible, que les responsables de notre société et les moralistes qui les conseillent, réfléchissent à la question de savoir comment on peut limiter la tendance toujours nouvelle à la violence par une menace continuellement maintenue de violence correspondante, et qu’ils ne voient, en fin de compte, aucune autre voie de solution que la sanction violente. C’est, si l’on veut, la solution au problème de la violence qu’illustre l’histoire de Caïn et de Noé dans le livre de la Genèse.

Avons-nous par là fait le tour des affirmations bibliques concernant la violence ? Pas du tout : c’est ici que la Bible commence à formuler ses affirmations propres. Est-ce que Dieu veut vraiment s’en tenir à ce monde moins parfait, qui, en fin de compte, n’arrive pas à résoudre la question de la violence, qui peut souvent se transformer en violence infernale ? Dans le récit du déluge apparaît déjà un nouveau principe d’action divine. Après que la création se soit fourvoyée, Dieu n’essaye pas de tout refaire à la fois. Non, il intervient en un seul endroit, et, à partir de là il commence quelque chose de neuf. La terre entière était corrompue, mais il y avait Noé. Aussi Dieu le choisit-il, et il le sauva de l’anéantissement, en recommençant à partir de lui. Ensuite, Dieu agit de la même façon avec Abraham. A partir d’Abraham, Dieu mobilise au sein de l’humanité un groupe particulier, qui aura pour mission de réaliser la paix à un niveau différent, plus élevé, renonçant à la sanction violente. C’est la paix au sens plein du mot. Dieu crée un peuple élu, siège de la paix véritable.

Le premier problème posé ici est celui de l’itinéraire particulier. Dieu ne se préoccupe-t-il pas de toutes ses créatures ? Ne devons-nous pas, nous-mêmes, à l’époque de la globalisation de la pensée et de l’action, réfléchir toujours à partir de l’ensemble ? Pourquoi Dieu se choisit-il une famille unique, puis un peuple unique, et pourquoi vit-il avec celui-ci une histoire particulière ? Dans ce contexte, il est significatif que, dans la Bible, l’histoire de la tour de Babel soit racontée immédiatement avant l’histoire de la vocation d’Abraham. Dans cette histoire, les hommes ont tenté d’emblée d’agir à l’échelle de toutes l’humanité. Cela s’est transformé en action tournée contre le ciel, contre Dieu, et cela s’est terminé par la confusion des langues, précisément en une rivalité belliqueuse. Les textes, en Isaïe 2 et en Michée 2, qui parlent de glaives qui sont changés en socs de charrue et de lances qui deviennent des faucilles, montrent l’aboutissement de la ligne d’espérance inaugurée par la vocation d’Abraham.

Chez ces deux prophètes, se dessine, dans une lointain avenir, l’image de la Jérusalem victorieuse pour Dieu. C’est alors que le Mont Sion s’élèvera au-dessus de toutes les montagnes du monde. Cela veut dire explicitement : le peuple d’Abraham sera devenu une communauté unique que les autres peuples pourront contempler avec fascination. Ils se mettent en route, afin d’y faire l’apprentissage d’une communauté juste. L’enseignement qu’ils y reçoivent est bien celui de la renonciation à l’obtention de son droit par la violence des armes. Cette renonciation ne peut être atteinte, si ce n’est par la fascination offerte par une communauté particulière transformée par Dieu, qui, par son existence rayonnante, montre qu’une telle chose est tout simplement possible.

Cependant, la composition de ces textes fort dispersés dans la Bible, montre aussi qu’il s’agit d’une longue histoire, sans doute aussi d’une histoire pleine de méandres. Au fond, ce peuple, que Dieu veut transformer de l’intérieur en une communauté modèle au sein de l’histoire humaine, devra passer par un long et douloureux processus de transformation, qui l’amènera à une relation différente à la violence. Tout d’abord, il devra commencer par apprendre à discerner la mesure selon laquelle le monde humain est modelé par la violence. La Bible déchire le voile qui recouvre la violence. Elle ne détourne pas le regard, mais elle regarde en face. Et tout cela n’est pas seulement observé chez les autres peuples, mais en Israël même. Israël est issu, lui aussi, d’un univers de violence, il ne s’en est libéré que peu à peu, il y est même toujours revenu.

Or, dans la Bible, tout n’est pas présenté idéalement, mais on appelle un chat un chat. Cela explique pourquoi l’Ancien Testament peut nous paraître justement un livre marqué par la violence et le sang. Le lecteur qui ne comprend pas la portée des choses peut alors être littéralement choqué et se voir tenté de se tourner plutôt vers d’autres livres religieux qui sont plus gentils. Mais l’enjeu n’est-il pas justement de se laisser guider par la Bible. Et, avec son aide, apprendre des choses, tout comme nous pouvons aussi observer notre propre propension à la violence.

La difficulté augmente encore du fait que, dans les livres de l’Ancien Testament, nous n’avons pas d’évaluation du niveau que nous avons atteint, mais que nous cheminons en quelque sorte avec Israël. Et il se fait que notre compréhension du monde et notre représentation de Dieu se correspondent. Celui qui aime la violence du fond du cœur se représente également un Dieu ayant les traits de la violence. C’est ce que nous observons avec Israël dans l’Ancien Testament, et il est important de l’accompagner dans ses étapes, car souvent il en va pratiquement de même quand il s’agit de nous.

Pour permettre le fonctionnement des communautés humaines existantes, qui se maintiennent toutes par la violence, il est nécessaire de voiler autant que possible cette violence. Le premier pas que fait l’Ancien Testament dans le sens d’un monde de non-violence, c’est de dénoncer le fait que la réalité présente, également en Israël, est déterminée par l’exercice de la violence. Voilà pourquoi l’Ancien Testament parle bien plus que les autres littératures nationales ou religieuses de violence.

La violence occasionnée de fait par, dans et autour d’Israël est contée sans restrictions dans les écrits vétérotestamentaires. Il faut l’interpréter en positif. Celui qui ne le fait pas est obligé de se demander s’il ne va pas apporter sa contribution à la stabilisation de certaines structures de violence en en voilant la réalité. Un pas supplémentaire en vue de démasquer les déterminismes de violence de la société est franchi quand la violence elle-même est vue comme le péché humain principal.

Tandis que le premier pas a consisté à l’éducation d’Israël à devenir une société de la paix, qui commence par rendre visible la violence présente dans notre réalité de vie, le deuxième pas consiste à dénoncer la violence. La violence est dénoncée, elle est condamnée, il faut s’en détourner. Cela se produit principalement dans les livres des grands prophètes. Dans ce contexte, il est surtout fait mention du lien étroit de la violence avec l’injustice et le manque de solidarité. Dans toute société, il y aura des laissés pour compte et des faibles. D’une façon ou d’une autre on en vient toujours à nouveau à une inégalité de situations existentielles et de chances d’avenir.

Selon la mentalité biblique, la justice, et avec elle la paix dans une société ne sont possibles qu’à partir du moment où les forts viennent en aide aux faibles. Alors seulement une société se transforme en « société juste ». De pair avec la justice et la solidarité, il faut compter la volonté de réconciliation. Qu’il se produise des tensions et de dures oppositions, c’est souvent lié à des fautes commises, mais cela peut se passer aussi sans qu’il y ait de faute propre. La question est de savoir comment on agit dans ce cas, et si, dans une société, c’est bien une volonté toujours nouvelle de rapprochement et de réconciliation qui est prédominante.

Le peuple a dû faire le long et difficile apprentissage de toutes ces relations. Il s’est agi d’un processus d’apprentissage d’Israël vers la paix. Il s’est agi d’expériences qui se sont produites d’abord dans la catastrophe de l’exil babylonien, au moment où le pouvoir propre et la souveraineté étatique d’Israël fut réduite en miettes. C’est la prise de conscience qu’il est préférable d’être la victime que le vainqueur violent. Que, de plus, chaque véritable processus de paix, qui dépasse les paix basées sur la violence et qui sont toujours fragiles, ne peut naître qu’à partir des victimes et jamais des vainqueurs. Une telle paix ne peut absolument pas être attendue de la part des humains que nous sommes. Elle n’est possible que par un miracle de Dieu.

Tout cela devient, dans l’exil, une expérience collective. Israël, par sa propre faute, a abouti à cette catastrophe nationale. Mais, à un moment donné, tout s’est renversé, et les peuples vainqueurs se sont transformés en violents fauteurs d’injustice. Israël tout entier est maintenant la victime et il attend le salut de son Dieu.

C’est alors que l’on prit conscience que le dessein de Dieu dans l’histoire était d’agir dans le concert des peuples du monde par l’intermédiaire d’Israël à partir d’une telle situation. Et c’est précisément dans ce contexte que l’on a l’un des textes les plus étonnants de l’Ancien Testament, le quatrième chant du Serviteur (Isaïe 52 :13 – 53 :12). Il s’agit du sommet de la théologie de la paix dans l’Ancien Testament, mais c’est en même temps resté en quelque sorte un bloc erratique. C’est cependant seulement à l’époque du Nouveau Testament que ce texte a pu être compris dans toute sa profondeur à partir du destin de Jésus.

Le « Serviteur de Dieu », qui apparaît régulièrement dans la deuxième partie du Livre d’Isaïe, est dépeint comme une figure individuelle, mais il est tout aussi clairement une figure symbolique du peuple d’Israël, tout comme la fille de Sion, qui est mentionnée tout aussi régulièrement. Les affirmations faites à propos de la figure du Serviteur de Dieu au sujet du peuple d’Israël et de son rôle parmi les nations sont messianiques en ce sens sur le peuple d’Israël trouve son incarnation la plus éminente dans le Messie à venir.

Ainsi, d’après les chants du Serviteur de Dieu, les peuples de la terre se sont ligués contre ce serviteur de Dieu. Ils le frappent et le torturent, pour finir par le tuer. Mais, tout comme ceux qui se lamentent dans les chants de lamentation, il trouve son refuge auprès de son Dieu. Il ne frappe pas en retour, il accueille la violence qui sévit contre lui et il ne se dérobe pas. Et Dieu l’accueille. Soudain nous entendons alors dans le quatrième Chant du Serviteur une proclamation faite d’autres  peuples et rois de la terre.

Il reconnaissent ce qui est arrivé par leur propre contribution. Cet homme assassiné a été fait bouc émissaire du monde entier. Mais Dieu l’a sauvé et a introduit grâce à lui et à sa destinée la véritable paix dans le monde. Grâce à lui, le plan de salut de Dieu réussira. A partir de ce Serviteur de Dieu, Israël, il est désormais possible aux autres peuples de la terre de s’engager sur une route nouvelle de justice non violente pour arriver à la paix véritable.

Cette histoire atteint son point culminant dans la mort et la résurrection du véritable serviteur de Dieu, le Fils de l’homme : Jésus, le Messie. En lui se réalise ce qui s’était dessiné dans l’histoire d’Israël. Maintenant la volonté pacifique de Dieu se réalise dans la mort et la résurrection de Jésus, à savoir précisément par quelqu’un qui ne neutralise pas la violence par la violence, mais qui, par la non violence, rend possible une paix véritable par l’inauguration d’une nouvelle société, quand bien même cela lui coûte la vie.

Résumons brièvement : Du point de vue de la liberté de l’homme, Dieu a rendu possible une paix pour le monde tel qu’il est, une paix qui maîtrise la violence par la violence. Mais il lui a proposé, à travers son peuple, son messie et son Eglise, une paix bien plus grande. Il s’agit de la paix comme le monde ne peut pas la donner. Elle commence par la participation libre, croyante, confiante et aimante à la non-violence de la souffrance et de la mort et de la résurrection du Messie, Jésus-Christ. On peut s’engager sur cette voie et la vivre dans la liberté de la foi et dans la confiance réciproque. Plus les hommes agiront ainsi et mieux cela vaudra pour la paix dans le monde entier.

Question 29 : « Quand la loi de « faire maigre » (ne pas manger de viande) fut-elle supprimée ? » (TR)

Réponse :
Renoncer à manger de la viande certains jours fait partie des exercices d’abstinence chez les catholiques. Fondamentalement, l’abstinence signifie dans le vocabulaire catholique le renoncement à la satisfaction sensible de certains besoins vitaux, à certaines périodes de l’année ou dans des états de vie permanents. Elle est motivée par une échelle de valeurs subjective, dans laquelle on préfère, à cette satisfaction des besoins, des valeurs différentes, qui accordent moins d’importance à ceux-ci. L’expérience de l’humanité parle en faveur de l’abstinence. Personne n’est comme il devrait être pour que la vie soit bonne ; on ne peut pas expérimenter, ni posséder, ni épuiser toutes les possibilités qui sont offertes. Dans le choix à faire des formes pratiques d’abstinence, il faut de l’intelligence ainsi que « le discernement des esprits ».

Ce que dit le Droit canon à propos de l’abstinence de nourriture carnée. Selon les dispositions actuellement en vigueur, il faut observer l’abstinence tous les vendredis de l’année, s’il n’y a pas ce jour-là une fête solennelle. L’abstinence de viande accompagnée du commandement de jeûner vaut pour le Mercredi des Cendres et pour le Vendredi Saint, et cela, pour tous les croyants à partir de 14 ans. Il faut aussi apprendre aux enfants le sens de la pénitence. D’autres déterminations plus anciennes valables pour l’Eglise universelle ont été supprimées par la Constitution apostolique Paenitemini du 12 février 1966.

Les conférences épiscopales ont reçu le pouvoir de préciser davantage le devoir d’abstinence ou de prescrire d’autres formes de pénitence, à la place des normes générales, en fonction des différentes situations locales. Les conférences épiscopales d’Allemagne, de Berlin et d’Autriche ont décrit ainsi, en 1986/87 l’accomplissement du devoir d’abstinence : s’abstenir de nourriture carnée (dans le sens d’un signe vécu, particulièrement dans la famille et dans les communautés). En général, limiter le comportement de consommateur, renoncer au tabac et à l’alcool, ou s’adonner à des œuvres de charité et de piété (p.ex. la messe en semaine, la lecture de l’Ecriture).

Question 30 : « Nous est-il permis de changer de religion ? » (TR)

Réponse :
Il faut distinguer ici deux aspects.

1) Du point de vue de la politique des religions : dans les états libres démocratiques règne l’entière liberté religieuse. Chaque citoyen a le droit de choisir librement sa religion, de quitter n’importe quelle religion et de passer d’une communauté religieuse à une autre. Dans de nombreux états majoritairement islamiques la liberté religieuse ainsi comprise n’est pas encore reconnue ni garantie.

L’article 18 de la « Déclaration universelle des droits de l’homme » (de 1948) est formulée ainsi : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. »

2) Du point de vue de la foi catholique : Voir nos explications dans le chapitre 11, IV, 4 Liberté religieuse.

Question 31 : « En réponse à la question 4 vous écrivez : « Il s’agit d’une unité qui se réalise dans la pluralité et d’une pluralité qui est en voie d’unité ». Il est question de pluralité et aussi d’unité, de différence et aussi de similarité. Comment est-ce possible ? » (TR)

Réponse :
Le point essentiel dans mes explications à propos de la Trinité de Dieu était, dans ce contexte, que nous ne pouvons pas nous représenter le Dieu unique, l’unité de Dieu comme une unité mathématique et ponctuelle. Dieu est esprit et amour. Son unité est de la nature de l’unité d’une communauté. Dans le Dieu trinitaire se manifeste la relation, l’être-en-relation-à-l’autre comme la forme suprême d’unité. Ou, formulé autrement : La plus haute forme d’unité est la communication entre beaucoup de personnes qui se réalise en une collaboration commune au sein des relations mutuelles entre beaucoup et dans les différences entre elles au sein du réseau relationnel. Ainsi s’éclaire la phrase-clé du Nouveau Testament : « Dieu est l’Amour » (1 Jean 4 :16). Si le Dieu unique est l’Amour, à savoir « un se donner l’un à l’autre réciproque », les trois Personnes sont au même degré les « points nodaux » entre lesquels l’accomplit le rythme de l’amour : Donner – recevoir – rendre. Ainsi, les trois Personnes sont un seul et identique Amour en trois manières d’être, qui sont indispensables afin que Dieu soit tout simplement Amour, et « puisse être l’amour le plus élevé et le plus désintéressé ». Le Dieu unique est Communauté, ce qui veut dire qu’Il est un Jeu amoureux qui s’effectue entre les trois Personnes : aimer, être aimé, aimer ensemble.

Tout ceci n’est assurément pas le fruit d’une pensée purement naturelle, mais c’est Dieu lui-même qui nous l’a révélé en Jésus par l’Esprit Saint.

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