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Question 21 : « Vous prétendez que chaque être humain est né avec le péché originel. Admettons que cela soit exact. En Jésus, la satisfaction pour les péchés de tous les hommes a été réalisée, à savoir que Jésus a payé le prix de la rédemption des péchés de tous les hommes. Par ailleurs : où se situe dans ce cas la responsabilité individuelle ? Bien sûr : si Jésus, par sa mort et sa résurrection, a payé pour tous les péchés, est-ce que tous les enfants qui naissent maintenant sont, malgré tout, atteints par le péché originel ? Si oui, à quoi sert alors le rédempteur Jésus ? » (TR)
Réponse : Que le demandeur relise d’abord soigneusement le chapitre 3, III et IV du livre.
La question contient trois points principaux, que je vais maintenant passer en revue.
a. A propos de la réalité et du contenu du concept de péché originel
L’affirmation fondamentale de l’interprétation biblique de l’histoire est la suivante : Dieu n’a pas voulu le monde, ni ne l’a fait tel que nous l’expérimentons concrètement. Il a voulu et il veut la vie, et non la mort ; il a en horreur l’injustice, la violence et le mensonge. Il ne veut pas que les hommes souffrent, il veut le bonheur de l’homme dans la communion avec lui. Pour affirmer cette volonté originelle et ce plan originel de Dieu, la Bible raconte l’histoire du paradis (Genèse 2,8.15-17). Le point central de l’histoire du paradis, tout comme la doctrine de l’état originel de l’homme ne consiste pas en une affirmation de paléontologie préhistorique, mais bien en une affirmation théologique : Dieu n’a pas seulement créé l’homme bon, mais même très bon ; il a, de plus, permis à l’homme d’avoir part à sa vie.
Les affirmations concernant le paradis et la situation originelle de l’homme ne sont pas importantes en elles-mêmes. Elles offrent l’arrière-fond à partir duquel nous pouvons comprendre correctement la situation actuelle de l’humanité : une situation d’aliénation, que Dieu n’a pas voulue ni créée. D’où vient alors le mal ? « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » (Romains 5 :12). C’est la constatation lapidaire de l’apôtre Paul. Elle résume ce qui est raconté de manière imagée à la première page de la Bible dans le récit de la chute de l’homme. (cf. Genèse 3 :1-24)
Le Bible ne raconte pas seulement cet unique récit de la chute. Cette histoire unique inaugure, bien plus, la longue avalanche des histoires ultérieures du péché, dans lesquelles la dimension sociale du péché est mise en avant. (Lisez par exemple l’histoire du meurtre d’Abel par Caïn, suivi du cercle infernal de culpabilité et de vengeance entre les humains (Genèse 4). De même, l’histoire de l’entrée en scène du chaos du déluge (Genèse 6) ainsi que l’histoire de la construction de la tour de Babel (Genèse 11).) Dans le Nouveau Testament, Paul reprend l’histoire des péchés du livre de la Genèse. Ce faisant, il relie de premier Adam au nouvel Adam, Jésus Christ. (cf. Romains 5 :12.14.15.17)
Ce texte dépasse les affirmations de l’Ancien Testament. C’est seulement à partir de Jésus Christ que l’universalité et la radicalité du péché nous est apparue clairement ; il nous révèle notre situation véritable, dans le salut comme dans le malheur. Ainsi on constate désormais explicitement l’universalité de la puissance du péché, qui règne sur l’humanité comme puissance de mort. Cependant, le reconnaissance de l’universalité du péché n’est qu’une formulation négative de l’universalité du salut en Jésus Christ. Parce que nous savons qu’en Jésus Christ le salut nous donné pour tous, nous pouvons reconnaître qu’en dehors du Christ règne le malheur. L’affirmation du péché n’a donc pas de signification autonome. Elle met en lumière l’universalité et la surabondance du salut apporté par Jésus Christ. La situation malheureuse et désespérée de l’humanité est entourée de toute part de l’espérance plus grande et de la conviction qu’en Jésus Christ le salut surabondant nous est offert.
La première difficulté qu’éprouve l’homme d’aujourd’hui à comprendre correctement cette doctrine réside dans le fait qu’à l’heure actuelle beaucoup de scientifiques enseignent qu’au début de l’histoire il n’existait pas qu’un seul couple d’êtres humains (monogénisme), mais que la vie humaine, dans le processus de l’évolution, s’est développée en même temps en divers endroits (polygénisme ou même polyphylétisme). Cependant, la signification de la doctrine de l’Eglise est sauve, si l’on maintient que l’humanité, qui forme une unité, a dès ses débuts refusé l’offre de salut de Dieu et que la situation de malheur qui en a résulté est une situation universelle, dont personne ne peut se libérer par ses propres forces. Si l’on maintient cela, la question du monogénisme ou du polygénisme est une question purement scientifique que les hommes de sciences peuvent résoudre avec les méthodes scientifiques les meilleures, mais ce n’est pas une question qui concerne la foi.
Une deuxième difficulté concerne l’accès à l’intelligence de la doctrine du péché originel. Pour beaucoup l’idée que le péché originel se transmet ‘par héritage’ (Erbsünde, péché que l’on hérite) semble comporter une contradiction. Car l’héritage est quelque chose que l’on prend en charge par lien de descendance sans aucun mérite personnel, alors que le péché est un acte personnel dont on porte la responsabilité. Cela semble conduire à un dilemme : ou bien l’état de péché est pris en charge par un héritier, et alors ce n’est pas un péché ; ou bien il s’agit d’un péché, mais alors le mot d’héritier utilisé dans certaines langues ne convient pas.
Les difficultés se résolvent si nous renonçons à une représentation individualiste de l’homme, présente dans l’objection, et que nous réfléchissons à la solidarité qui existe entre les humains : personne ne commence au commencement, personne ne commence au point zéro. Chacun est marqué au plus profond de lui-même par son histoire personnelle, l’histoire de sa famille, de son peuple, de sa culture, et même par l’ensemble de l’humanité. Nous naissons dans une société dans laquelle existent l’égoïsme, les préjugés, l’injustice et l’erreur.
Cela nous marque, non seulement dans le sens du mauvais exemple venant de l’extérieur, cela détermine toute notre réalité. Car personne ne vit pour soi-même ; tout ce que nous sommes, nous le sommes avec autrui. C’est ainsi que l’état généralisé de péché est à l’intérieur de chacun ; il est propre à chacun. Notre péché exerce alors son influence sur les autres. Il existe ainsi un réseau de liens de culpabilité communautaire et une solidarité générale dans le péché dont personne n’est capable de se désolidariser. Cela vaut aussi et particulièrement pour les petits enfants. Ils sont personnellement innocents ; mais ils doivent leur vie uniquement sous la forme de participation à la vie des adultes, particulièrement des parents ; aussi sont-ils encore bien plus que les adultes insérés profondément dans leur histoire familiale.
D’après la doctrine catholique, le péché originel consiste aussi en un état général de malheur des humains et de l’humanité. (Lire : Romain 7 :15.17-19.22-24)
La doctrine du caractère universel du péché a une signification pratique multiple. Elle dit : chaque être humain est pécheur. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous induisons en erreur et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1 :18). Cette doctrine met en pièces les illusions que nous nous faisons sur nous-mêmes et nous amène à cesser de fuir notre culpabilité, de la minimiser et de chercher continuellement d’autres boucs émissaires : autrui, l’environnement, l’hérédité, les prédispositions. La doctrine du péché originel nous dit aussi que nous devons être prudent lorsque nous désignons concrètement des culpabilités personnelles, et nous ne devons pas juger ni condamner trop vite. En fin de compte, seul Dieu voit le cœur de l’être humain. Lui ne veut pas condamner, mais pardonner. Ce n’est qu’en connaissant la réalité du pardon que la reconnaissance du péché est possible. Aussi faisons nous encore une fois remarquer que la réalité de l’universalité du péché est réduite au silence et reléguée dans l’ombre par la lumière de la foi et l’universalité du salut, annoncé tout au long de l’Ancien Testament et réalisé finalement en Jésus Christ. La fonction la plus importante du péché originel est de nous indiquer l’amour miséricordieux et salutaire de Dieu, qui nous a été offert en Jésus Christ.
b. Le plan de salut de Dieu et la mort en propitiation de Jésus
La mort scandaleuse de Jésus sur la croix signifiait pour les juifs un jugement de Dieu, et même une malédiction (cf. Galates 3 :13), pour les romains une infamie et, comme beaucoup de témoignages l’expriment, un motif de mépris et de moquerie. Paul écrit dans la Première aux Corinthiens 1 :22-23 : « les juifs demandent des signes … etc. :
Aussi était-ce une tâche difficile de la prédication des premiers chrétiens de bien comprendre ce scandale de la croix. Mais, dans le souvenir des paroles mêmes de Jésus lors de la dernière cène et à la lumière de la résurrection de Jésus par Dieu, ils prirent pleinement conscience de ce que cette mort si choquante de Jésus fut certes causée, à l’avant-scène de l’histoire, par l’incroyance et l’hostilité des hommes, mais, au fond, il s’agissait de la volonté de Dieu, du plan salvifique de Dieu, mais oui, de l’amour de Dieu.
Les premiers chrétiens reconnaissaient dans le chemin de Jésus passant par la souffrance et la mort une « nécessité » divine (cf. Marc 8 :31 ; Luc 24 :7.26.44), qui était déjà préfigurée dans l’Ancien Testament. Aussi est-il écrit déjà dans les traditions les plus anciennes de l’Ancien Testament, dont Paul disposait dans ses communautés lorsqu’il se convertit, que Jésus Christ est mort pour nous selon les Ecritures (cf. 1 Corinthiens 15 :3). A la lumière du quatrième chant du Serviteur dans le livre d’Isaïe (cf. Isaïe 52 :13-53 :12), Paul peut reconnaître dans la mort de Jésus l’amour insondable de Dieu, qui n’épargne même pas son propre fils, mais qui l’a livré pour nous (cf. Romains 8 :32.39) ; Jean 3 :16), pour réconcilier le monde avec lui (cf. 2 Corinthiens 5 : 18-19 : Dans la croix se trouve l’ultime de l’amour de Dieu qui se donne tout entier).
« Voici que mon Serviteur réussira, il sera haut placé, élevé, exalté à l'extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet-- à ce point détruite, son apparence n'était plus celle d'un homme, et son aspect n'était plus celui des fils d'Adam -- de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées, des rois vont rester bouche close, car ils voient ce qui ne leur avait pas été raconté, et ils observent ce qu'ils n'avaient pas entendu dire. Qui donc a cru à ce que nous avons entendu dire ? Le bras du SEIGNEUR, en faveur de qui a-t-il été dévoilé ? Devant Lui, celui-là végétait comme un rejeton, comme une racine sortant d'une terre aride ; il n'avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions. Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l'on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l'estimions nullement. En fait, ce sont nos souffrances qu'il a portées, ce sont nos douleurs qu'il a supportées, et nous, nous l'estimions touché, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités : la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui et dans ses plaies se trouvait notre guérison. Nous tous, comme du petit bétail, nous étions errants, nous nous tournions chacun vers son chemin, et le SEIGNEUR a fait retomber sur lui la perversité de nous tous. Brutalisé, il s'humilie ; il n'ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l'abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n'ouvre pas la bouche. Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé, les gens de sa génération, qui se préoccupe d'eux ? Oui, il a été retranché de la terre des vivants, à cause de la révolte de son peuple, le coup est sur lui. On a mis chez les méchants son sépulcre, chez les riches son tombeau, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y eut pas de fraude dans sa bouche.Le SEIGNEUR a voulu le broyer par la souffrance, Si tu fais de sa vie un sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours, et la volonté du SEIGNEUR aboutira. Ayant payé de sa personne, il verra une descendance, il sera comblé de jours ; sitôt connu, juste, il dispensera la justice, lui, mon Serviteur, au profit des foules, du fait que lui-même supporte leurs perversités. Dès lors je lui taillerai sa part dans les foules, et c'est avec des myriades qu'il constituera sa part de butin, puisqu'il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort et qu'avec les pécheurs il s'est laissé recenser, puisqu'il a porté, lui, les fautes des foules et que, pour les pécheurs, il vient s'interposer. » (Isaïe 52 :13-53:12)
Le don que Dieu fait de Jésus correspond à la réponse que Jésus fait dans son propre don obéissant (c’est le sens original du mot islâm comme verbe) à la volonté du Père « en notre faveur ». Cette interprétation de la mort de Jésus comme don de sa vie à notre place nous conduit en noyau le plus central du témoignage néotestamentaire.
La pensée de la représentation, celle de prendre la place d’un autre, est une donnée humaine fondamentale, à savoir la solidarité entre tous les humains. La Bible reprend cette idée et elle en fait d’une façon nouvelle la loi fondamentale de l’ensemble de l’histoire du salut : Adam agit comme représentant de toute l’humanité et il fonde la solidarité de tous dans le péché, Abraham est appelé à être la bénédiction de toutes les générations (cf. Genèse 12 :3), Israël est la lumière des nations (cf. Isaïe 42 :6). La sainte Ecriture concrétise cette idée par la pensée de la souffrance substitutive, que l’on trouve déjà dans le quatrième chant du Serviteur (cf. Isaïe 53 :4-5.12).
Cette pensée centrale dans la Bible de la représentation convient particulièrement pour faire comprendre, dans la foi, comment la mort de Jésus a pour nous un sens salutaire. La conséquence de la solidarité des hommes dans le péché était effectivement la solidarité de tous dans le destin exposé à la mort. On y lit pleinement la situation tragique et désespérée de l’homme. Si maintenant Jésus Christ, la plénitude de la vie, nous devient solidaire dans la mort, il fait de sa mort le fondement d’une nouvelle solidarité. Sa mort est désormais pour tous ceux qui sont destinés à mourir la source d’une nouvelle vie.
L’interprétation de la mort de Jésus en tant que souffrance et mort de substitution remonte pour l’essentiel à Jésus lui-même. C’est ce que montre aussi le mot très ancien : Marc 10 :45.
De plus, beaucoup de personnes aujourd’hui comprennent difficilement l’idée biblique de la mort sacrificielle de Jésus. Si nous voulons comprendre le sens profond de la pensée sacrificielle, nous devons bien nous dire que, dans un sacrifice, il ne s’agit pas en premier lieu des offrandes extérieures. Les dons offerts en sacrifice n’ont de sens qu’en tant que signes de l’attitude oblative personnelle ; cette attitude intérieure doit certes s’exprimer et s’incarner. Dans le cas de Jésus, le don de lui-même tout personnel (islAm) ne fait qu’un avec l’offrande sacrificielle ; il est l’offrande et le prêtre sacrificateur en un. Ainsi son offrande fut le parfait sacrifice, l’accomplissement de toutes les autres offrandes, qui ne sont que les brumeuses préfigurations de cet unique sacrifice offert une fois pour toutes (Hébreux 9 :11-28). C’est pourquoi la Lettre aux Hébreux peut dire que, dans ce sacrifice, il ne s’agit pas d’une offrande matérielle extérieure, mais du don de lui-même de Jésus dans son obéissance à son Père (cf. Hébreux 10 :5-10). Par ce don total de substitution, l’humanité éloignée de Dieu redevient à nouveau entièrement une avec Dieu. Ainsi Jésus, par son sacrifice unique est un médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1 Timothée 2 :5). Sont liées à cette idée les images de « rachat », « libération » et « salut ».
Dans toutes ces nombreuses images et expressions, il s’agit au fond d’un seul et même thème. Elles visent à annoncer de manière sans cesse renouvelée l’amour prévenant et salutaire de Dieu, que Jésus a vécu une fois pour toute à notre place dans le don qu’il a fait de lui-même afin de faire ainsi la paix entre Dieu et les hommes et celle des hommes entre eux. Aussi la lettre aux Ephésiens peut dire : « Il est notre paix » (Ephésiens 2 :14). En lui, les aliénations que le péché a occasionnées entre Dieu et les hommes, entre les hommes, et à l’intérieur de l’homme, sont à nouveau guéries et réconciliées. Ainsi la croix est en fin de compte le signe de la victoire sur toutes les puissances hostiles à Dieu et aux hommes, le signe de l’espérance.
c. La responsabilité de l’homme pour son salut
Personne n’est sauvé contre sa volonté. Le salut, que nous offre l’amour infini de Dieu par son Fils dans l’Esprit Saint, se doit d’être accepté par l’homme dans un oui libre. Le don librement accueilli de l’amour salvifique et salutaire de Dieu, finalement le don de Dieu lui-même, de l’Esprit Saint lui-même, met en mouvement un processus de sanctification qui dure toute la vie. Par les bonnes œuvres accomplies dans le force de l’Esprit Saint, à savoir la grâce de Dieu, l’homme est capable de croître intérieurement et spirituellement. Cependant, la grâce peut aussi se perdre à cause du péché, tout comme elle est toujours à nouveau offerte par une sincère conversion. Ainsi, la vie entière du chrétien est une lutte contre la tentation d’oublier à nouveau Dieu, de lui désobéir. La vie du chrétien est, en ce sens, une continuelle allée et venue par rapport à Dieu. Il faut chaque fois à nouveau un renouveau et un approfondissement. Mais même lorsque nous avons fait tout, nous restons tout de même « des serviteurs inutiles » (cf. Luc 17 :10).
d. La bonne nouvelle du salut vaut en principe pour tous les hommes
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2 :4). Il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et reste en vie (cf. Ezéchiel 33 :11 ; 2 Pierre 3 :9). Cette volonté divine universelle du salut a à nouveau été actualisée avec insistance :
« En effet ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise et cependant cherchent Dieu d'un coeur sincère et qui, sous l'influence de la grâce, s'efforcent d'accomplir dans leurs actes sa volonté qu'ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel. Et la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires au salut à ceux qui ne sont pas encore parvenus, sans qu'il y ait de leur faute, à la connaissance claire de Dieu et s'efforcent, avec l'aide de la grâce divine, de mener une vie droite. En effet, tout ce que l'on trouve chez eux de bon et de vrai, l'Eglise le considère comme un terrain propice à l'Evangile (20) et un don de Celui qui éclaire tout homme, pour qu'il obtienne finalement la vie. » (Constitution conciliaire Lumen Gentium = La lumière des peuples, 16).
L’élection et la vocation de l’homme, de tout homme, implique évidemment aussi que Dieu accueille et prend au sérieux l’homme comme homme. Aussi veut-il la réponse et l’acceptation libres de l’homme. Oui, Dieu, dans son amour, rend la réalisation de sa volonté salutaire dépendante de notre liberté. Cela signifie que, par notre faute, nous pouvons passer à côté du salut.
Question 22 : « Si la ‘trinitarité’ est la nature de Dieu, les qualités essentielles (caractéristiques) de l’être humain créé à l’image de Dieu doivent être semblables à la nature trinitaire de Dieu. Quelles sont donc ces qualités essentielles (caractéristiques) ? En d’autres termes : qu’est-ce qu’il y a dans l’homme qui le fasse semblable à Dieu ? » (TR)
Réponse : on peut montrer que la vision chrétienne de l’homme, en particulier sa compréhension de la personne, est marquée essentiellement par la révélation du Dieu trinitaire. On sait depuis longtemps que la compréhension que l’homme a de lui-même est lié étroitement à sa foi et à l’image de Dieu qui y correspond. L’homme découvre qui il est, d’une certaine façon, « par le détour » de son expérience et de sa connaissance du divin. Le théologien Emile Brunner écrit : « Ceci vaut pour chaque culture, et pour chaque époque de l’histoire : ‘Dis-moi quel Dieu tu as, et je te dirai ce qu’il en est de ton humanité.’ »
L’image de Dieu et l’image de l’homme sont le reflet l’une de l’autre. C’est ainsi que la pensée chrétienne a très tôt découvert ceci : l’être personnel de l’homme, lui aussi, n’est pas uniquement et avant tout, en tant qu’image de l’être personnel trinitaire divin, marqué par son être-soi substantiel ou son être-en-soi, mais, comme chez Dieu, par la relation : à partir des autres – en direction des autres. On ne devient personne au sens plénier que grâce à la libre reconnaissance mutuelle, en étant les uns avec les autres et les uns pour les autres. Ainsi, l’autre fait partie essentiellement de notre propre personne. Ce n’est que dans les autres et par les autres, que je me gagne moi-même, que ma vie s’enrichit, se développe et s’accomplit.
En effet, à partir du Dieu trinitaire, on peut comprendre que l’être-en-soi et l’être-avec-les-autres ne sont pas des contradictions et que les deux ne sont pas non plus en rapport de contrariété, comme on pourrait le formuler spontanément : plus je suis moi-même, moins je suis dépendant d’autrui et ordonné à autrui ; et plus je dépends de mes relations, moins je suis moi-même ! Pas du tout, les deux choses se révèlent directement proportionnelles, quand on prend en compte le Dieu un et trine : car les personnes en Dieu sont justement elles-mêmes grâce à ceci qu’elles existent entièrement à partir l’une de l’autre et sont orientées l’une vers l’autre, et, qu’ainsi, elle forment ensemble une seule Divinité. On peut y « lire », en effet, que la relation, cet être-en-relation-à l’autre, est la plus haute forme de l’unité. Et nous aspirons tous à cette forme d’unité, et non à une espèce « d’unité cosmique », mais à une unité qui s’accomplit dans les relations mutuelles, et selon une différence qui se réalise dans un réseau relationnel, dans une collaboration mutuelle.
Question 23 : « Dans tout l’Ancien Testament on dit que Dieu est unique, qu’aucune personne, vraiment personne, n’est à ses côtés. Le concept de Trinité est employé pour la première fois environ 200 ans après Jésus Christ par Tertullien [un Père de l’Eglise africain (env. 160 – env. 225)]. Pouvez-vous trouver une seule citation dans l’Ancien Testament qui contient ce concept de trinité ou qui s’y réfère ? (TR)
Réponse : Quel est le parcours de la révélation de Dieu en tant que réalité une et trine, en tant que communauté d’amour, dans la foi de l’Ancien Testament ? Veuillez relire le chapitre 5 III de notre livre.
Le juif, le croyant de l’Ancien Testament, qui mettait en Dieu son espérance, connaissait bien Dieu. Jésus, lui aussi, a grandi dans la foi du peuple juif. Dans son élection, Dieu avait fait prendre conscience au peuple juif – et ainsi à tout juif croyant – qu’il était appelé : dans l’Alliance, il avait pris en charge de se préoccuper de sa destinée ; par ses prophètes, il lui avait effectivement adressé sa Parole (Hébreux 1 :1). Dieu était devant lui comme un Vivant qui invitait le peuple au dialogue.
Par contre, l’Ancien Testament ne pouvait pas encore dire jusqu’où ce dialogue devait aller, quel engagement Dieu était disposé à prendre, quelle réponse l’homme devait donner. Il restait une distance entre le Seigneur et ses fidèles serviteurs. Dieu est un « Dieu de miséricorde et de clémence » (Exode 34,6), il a la passion d’un époux et la tendresse d’un père (Lire spécialement ici Osée 11 et Jérémie 2 :1-9) ; quels mystères Dieu gardait-il encore en réserve derrière ces images, qui pouvaient si bien rencontrer et nourrir le désir le plus profond des croyants, tout en cachant encore la réalité elle-même ?
Ce mystère a été révélé en Jésus-Christ. Par rapport à sa venue dans l’histoire, un jugement a lieu, une déchirure des cœurs. Ceux qui refusent de croire en Jésus ont beau dire de son Père : « Il est notre Dieu » ; ils ne le connaissent qu’à peine et ils n’expriment en quelque sorte qu’un mensonge (Jean 8 :54 ss ; cf. 8 :19). Mais ceux qui croient en Jésus ne sont plus retenus par aucun mystère, ou plutôt, ils sont invités à entrer eux-mêmes dans le mystère, le mystère impénétrable de Dieu, ils sont chez eux dans ce mystère, ils y sont introduits par le Fils : « Tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai annoncé » (Jean 15 :15). Il n’y a plus d’images ni de paraboles. Jésus parle ouvertement de son Père (Jean 16 :25). Il n’y a plus de leur part de questions à lui poser (Jean 16 :23), plus de crainte (Jean 14 :1), les disciples « ont vu le Père » (Jean 14 :7).
« Dieu est amour » : voilà le mystère (1 Jean 4 :8.16) auquel on ne parvient que par Jésus Christ, et en ceci qu’en lui « nous reconnaissons l’amour que Dieu a pour nous » (1 Jean 4 :16).
A partir d’une lecture méditée des écritures du Nouveau Testament on trouve ceci : le Dieu de Jésus Christ, à savoir, le Dieu que Jésus rencontre dans les écritures de l’Ancien Testament est son Père. Quand Jésus s’adresse à lui, il le fait avec la familiarité et l’immédiateté du Fils : « Abba ». Mais il est encore son Dieu, parce que le Père, qui possède la divinité, sans la recevoir d’un autre, la donne totalement en cadeau au Fils qu’il engendre de toute éternité, tout comme l’Esprit Saint, en qui les deux sont unis. De cette façon, Jésus nous révèle l’identité du Père et de Dieu, du mystère divin et du mystère trinitaire. Saint Paul répète par trois fois la formule qui exprime cette révélation : « Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Romains 15 :6 ; 2 Corinthiens 11 :31 ; Ephésiens 1 :3). Le Christ nous révèle la Trinité divine par le seul chemin qui pouvait nous être ouvert – si l’on peut dire ; par le chemin pour lequel Dieu nous a prédestinés, en ce qu’il a créé en nous son image, à savoir par le moyen de la relation filiale.
Mais parce que le Fils est aux yeux de son Père l’exemple parfait de la créature devant Dieu, il nous révèle dans le Père l’image parfaite de ce Dieu qui se donne à reconnaître à la véritable sagesse et qui s’est révélé à Israël. Le Dieu de Jésus possède les traits qu’il a lui-même révélés de lui dans l’Ancien Testament, dans une plénitude et une originalité à laquelle aucun être humain n’aurait jamais pu rêver. Il est pour Jésus, comme pour aucun d’entre nous, « le premier et le dernier », celui de qui sort le Christ et vers qui il retourne, celui qui explique tout et de qui tout commence, celui dont la volonté doit être accomplie en toute circonstance et qui toujours suffit. Il est le Saint, le seul Bon. Le seul Seigneur. Il est le seul, rien ne compte par rapport à lui. Mais Jésus s’offre en sacrifice, pour montrer combien le Père est grand et élevé au-dessus de tout, en d’autres termes « afin que le monde reconnaisse qu’il aime son Père » (Jean 14 :31, dans la gloire de la création, il se bat contre la puissance de Satan et assume l’horreur de la souffrance, de la mort, jusqu’à la mort d’un condamné injustement à la crucifixion. Le Père est le Dieu vivant, sans cesse préoccupé de ses créatures, plein d’amour pour ses enfants. C’est son ardeur qui brûle le cœur de Jésus, jusqu’à ce qu’il remette à son Père le Royaume (Luc 12 :50).
La rencontre du Père et du Fils s’accomplit dans l’Esprit Saint. Dans l’Esprit Saint Jésus entend le Père lui dire : « Tu es mon Fils », et il accueille sa joie (Marc 1 :10). Dans l’Esprit Saint, il laisse sa joie d’être le Fils monter le Père (Luc 10 :21). Comme Jésus Christ ne peut être uni au Père que dans l’Esprit, il ne peut révéler le Père sans révéler en même temps aussi l’Esprit Saint. Lorsque le Père et le Fils sont unis dans l’Esprit, ils le font en donnant. Cela signifie dès lors que leur unité est un don et qu’elle suscite un don. Lorsque l’Esprit, qui est don, scelle ainsi l’unité du Père et du Fils, cela veut dire que, dans leur être-ainsi, ils font le don d’eux-mêmes, que leur essence commune consiste en ceci, de se donner, d’exister dans l’autre et de vivre pour l’autre. Cette force de vie, de communication et de liberté, c’est l’Esprit Saint.
Question 24 : « Pouvez-vous indiquer, dans l’Evangile, un baptême qui est conféré au nom de la Trinité ? Tous les baptêmes ont été fait au nom de Jésus le Messie (Christ). » (TR)
Réponse : Le baptême purifie, sanctifie et justifie devant Dieu, il rend agréable à Dieu celui qui le reçoit au nom du Seigneur Jésus et par le Saint Esprit de Dieu, il le rend droit (en terme théologique : le « justifie » devant Dieu). La personne baptisée est devenue « membre du Christ » et « temple du Saint Esprit » par le baptême (cf. 1 Corinthiens 6 :12-20, particulièrement les versets 15 et 19). La personne baptisée est devenue un enfant adoptif du Père (Gal. 4 :5-7), un frère et un cohéritier du Christ dans une profonde union avec lui (Romains 8 :2.9.17 ; Galates 3 :28).
Baptiser « au nom de Jésus » (Actes 10 :48 ; 19 :5) signifie baptiser dans la mesure où le baptême signifie « être attaché à », mieux : « appartenir au » Christ, et aussi, pour le distinguer du baptême de Jean (le Baptiste). Parler de cette manière du baptême ne signifie pas que l’on redonne ainsi la formulation exacte utilisée primitivement pour le baptême, et dans laquelle il ne serait question que du Christ. Au contraire, la tradition apostolique estimait que la formule trinitaire (à savoir la formule : « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit »), qui était utilisée dès le début dans la liturgie baptismale, correspondait précisément aux recommandations solennelles de Jésus Christ, comme on le lit en Matthieu 28 :19).
Question 25 : « Une personne qui s’est mise à croire en Jésus Christ peut-elle à nouveau perdre son salut ? » (TR)
Réponse : La foi en Jésus Christ, Fils de Dieu, rédempteur et sauveur de l’humanité, est en même temps ces deux réalités : don de la bonté de Dieu et, du côté de l’homme, le fruit de l’acceptation libre de ce don lié à la conversion des péchés pour se tourner vers Dieu. Dieu a la liberté de l’homme en grande estime. Il attend de lui une réponse de personne responsable. Ainsi il ne nous oblige pas à croire, ni ne nous donne la foi automatiquement. C’est dans l’essence de la foi véritable d’être offerte et acceptée librement.
Ainsi, nous avons déjà la réponse à notre question. Il est possible que la foi soit négligée ou même refusée, même après que la personne l’ait acceptée librement. Celui qui, consciemment néglige sa foi en Jésus Christ comme Fils de Dieu et qui l’abandonne volontairement, refuse par là même le don de la rédemption qui lui avait été offert et qu’il avait commencé par accepter librement. Cet homme fait le choix de l’éloignement de Dieu ou il se met même en opposition consciente vis à vis de lui. L’enfer signifie : s’être fermé soi-même pour toujours à l’amour de Dieu et de s’être relégué dans le malheur absolu de l’éloignement de Dieu, voire de l’inimitié vis à vis de Dieu, à savoir l’enfer.
Ni dans l’Ecriture Sainte, ni dans la tradition de la foi chrétienne il est dit précisément d’une personne qu’elle soit effectivement en enfer. Bien plus, l’enfer est toujours présenté comme une possibilité réelle, liée à l’offre de la conversion et de la vie.
Question 26 : « J’ai une question concernant la compréhension de l’Esprit Saint. On le comprendrait différemment chez les orthodoxes et chez les catholiques : les catholiques disent que le Saint Esprit procède du Père et du Fils, les orthodoxes prétendent qu’il ne procède que du Père. Au cours des disputes à propos de la doctrine véritable, en 1054, cette croyance a joué un rôle important. Les orthodoxes disent qu’ils ont le soutien de l’évangile : ‘Mais lorsque viendra le Défenseur, qui vient du Père, il rendra témoignage en ma faveur’ (Jean 15,26). Comment expliquez-vous cette affirmation de l’Evangile ? » (TR)
Réponse : De quoi s’agit-il : esprit ? saint Esprit ? ou même, l’Esprit Saint en tant que personne divine ? Originellement, esprit signifie dans le langage biblique vent, air, tempête, puis souffle de respiration comme signe de la vie. L’Esprit de Dieu est donc la tempête et le souffle de la vie ; c’est lui qui crée, porte et maintient tout dans l’existence. C’est surtout lui qui, dans l’histoire, agit et crée du neuf. Dans l’Ancien Testament il agit surtout par les prophètes. Dans le Credo, nous confessons : « qui a parlé par les prophètes ». Pour la fin des temps, l’Ancien Testament espère de la part de l’Esprit le grand renouveau par l’effusion générale de l’Esprit (cf. Joël 3 :1-2).
Le Nouveau Testament considère que ce renouveau eschatologique est arrivé en Jésus Christ. Son activité et son œuvre a été accompagnée dès le début par l’action de l’Esprit Saint : lors du baptême par Jean (cf. Marc 1 :10), durant sa prédiction (cf. Luc 4 :18), dans son combat contre les démons (cf. Matthieu 4 :1 ; 12 :28), lors du don de lui-même sur la croix (Hébreux 9 :14) et dans sa résurrection (cf. Romains 1 :4 ; 8 :11). Le nom de « Christ » était à l’origine un titre : Jésus est l’Oint de l’Esprit, le Messie. Mais Jésus-Christ n’est pas porteur de l’Esprit à la manière des prophètes. Il possède l’Esprit de Dieu dans une plénitude incommensurable. Aussi, ressuscité, il est source d’Esprit divin ; il le donne aux apôtres comme le don de Dieu, il l’envoie à son Eglise à la Pentecôte (cf. Actes 2 :32-33).
C’est la mission de l’Esprit Saint de faire se ressouvenir de ce que Jésus-Christ a dit et fait, afin de nous conduire ainsi à la vérité tout entière (cf. Jean 14,26 ; 16 :13-14). En lui, le Christ est définitivement présent dans l’Eglise et dans le monde (cf. 2 Cor. 3 :17). C’est pourquoi l’Esprit Saint est désigné comme Esprit de Jésus-Christ (cf. Romains 8 :9 ; Philippiens 1 :19) et comme Esprit du Fils (cf. Galates 4 :6). Il est aussi appelé Esprit de la foi (cf. 2 Corinthiens 4 :13) ; c’est grâce à lui que nous pouvons confesser Jésus-Christ comme Seigneur (cf. 1 Corinthiens 12 :3) et prier en disant « Abba, Père » (Romains 8 :15 ; cf. Galates 4 :6). Le Saint Esprit est le don de la vie nouvelle. Le Père et le Fils nous l’envoient. En nous donnant son Esprit, Dieu se donne lui-même. Par le don de l’Esprit, nous entrons en communion avec Dieu, nous participons à sa vie, nous devenons enfants de Dieu (cf. Romains 8 :14 ; Galates 4 :6). Ce n’est possible que parce que l’Esprit n’est pas un don créé, mais un don divin dans lequel Dieu se communique à nous.
« L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné. » (Romains 5 :5)
Cependant, l’Esprit de Dieu n’est pas que don, il est aussi donateur. Il n’est pas seulement une force qui permet à quelqu’un d’agir, mais il est lui-même aussi agissant. Il ne s’agit pas d’une chose, mais d’une personne : il est personnel. Il communique ses dons comme il l’entend (cf. 1 Corinthiens 12 :11) ; il apprend et remet en mémoire (cf. Jean 14 :26) ; il parle et « prie » (cf. Romains 8 :26-27) ; on peut l’attrister (cf. Ephésiens 4 :30).
Sur ces questions également on en est venu à des controverses, surtout au quatrième siècle. Beaucoup pensaient que l’Esprit Saint n’était qu’un serviteur soumis au Fils, une sorte d’ange. Les trois grands pères de l’Eglise, Basile, Grégoire de Naziance et Grégoire de Nysse s’opposèrent à cette vue. Voici leur argument : si l’Esprit Saint n’est pas d’essence divine comme le Père et le Fils, il ne peut pas nous mettre en communion avec Dieu ni nous faire avoir part à la vie de Dieu. Grâce à eux, l’Eglise a pu confesser, lors du deuxième Concile général, le Concile de Constantinople (381), que le Saint Esprit est Seigneur, à savoir de nature divine, qu’il n’est pas seulement don mais aussi donateur de vie et qu’il convient de lui réserver l’adoration et la glorification divine qui lui convient avec le Père et le Fils. Cette foi trouve son expression dans « le grand Credo » :
« Nous croyons au Saint Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui reçoit même adoration et même gloire avec le Père et le Fils. »
La formulation « et du Fils », le célèbre ‘filioque’ (= du latin « et du Fils »), n’était pas encore présente dans le credo originel de Constantinople. Elle a vu le jour comme formule dogmatique en Espagne entre les 5ème et 7ème siècles, mais ne fut introduite qu’au onzième siècle dans la profession de foi de l’Eglise romaine. Jusqu’aujourd’hui, cette formule complémentaire marque une différence par rapport à l’Eglise orthodoxe. Les orthodoxes se servent de la formule « du Père par le Fils ». Ils veulent ainsi exprimer plus clairement que, en Dieu, le Père seul est origine et source.
L’Eglise romaine et les autres Eglises de l’Occident veulent mettre l’accent plus fortement sur le fait que le Fils est de même nature que le Père et lui est égal. Sur cette intention fondamentale, l’Orient et l’Occident sont d’accord. Mais ils se servent de concepts théologiques et de modèles de pensée différents. Aussi, selon la conviction des catholiques romains, nous avons ici affaire à une unité légitime dans la diversité, et non à une différence qui sépare de l’Eglise.
Cette profession de foi qui unit l’Orient et l’Occident signifie : l’Esprit Saint n’est pas seulement l’un ou l’autre don de Dieu, il est le don de Dieu en personne. Car la vie de l’homme et son mystère ne trouvent leur accomplissement que dans la participation à la vie et au mystère de Dieu. Cependant, l’Esprit Saint n’est pas uniquement l’être-donateur de Dieu mais aussi le Donateur divin de ce don, le communicateur de la vie. De même que le Père est l’origine et la source du Fils, et, tout ce qu’il est, il le donne au Fils, ainsi le Père et le Fils, ou le Père par le Fils, transmettent la plénitude de la vie et de l’être divin qu’ils sont et ils engendrent ensemble l’Esprit Saint. Tout comme l’Esprit est purement réceptif par rapport au Père et au Fils, ainsi il est, par rapport à nous, source jaillissante et donateur de vie. Il est la force motrice et créatrice de la vie nouvelle et de la transformation eschatologique de l’homme et du monde.
L’hymne célèbre « Veni Creator Spiritus », datant du 9ème siècle, exprime fort bien ce que signifie cette vie offerte par l’Esprit Saint :
« Viens, Esprit Saint, créateur de vie, remplis nous de ta force. Ton œuvre créatrice nous a appelés à l’existence : Communique nous maintenant le souffle divin…
De toi coule la vie, la lumière et la chaleur, tu nous donnes force et courage dans notre faiblesse… »
Aucun Concile, aucun catéchisme, aucun théologien ne plus exprimer de façon plus belle que dans ce chant ce que nous voulons dire quand nous confessons : « nous croyons en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie. »
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