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Question 136 : Que pensez-vous de la prêtrise des femmes chez les protestants ? Est-ce qu’à l’avenir, on pourrait envisager une femme pape (papesse) ? (TR)
Réponse : Pour l’Eglise catholique, la question concernant l’ordination de femmes à la prêtrise a reçu une réponse du Pape Jean Paul II dans une Lettre apostolique du 22 mai 1994 à propos de l’ordination sacerdotale réservée exclusivement aux hommes. Le pape y écrit :
« 1. L'ordination sacerdotale, par laquelle est transmise la charge, confiée par le Christ à ses Apôtres, d'enseigner, de sanctifier et de gouverner les fidèles, a toujours été, dans l'Église catholique depuis l'origine, exclusivement réservée à des hommes. Les Églises d'Orient ont, elles aussi, fidèlement conservé cette tradition…
Mais, la question (de l’ordination des femmes) ayant été débattue même parmi les théologiens et dans certains milieux catholiques, le Pape Paul VI demanda à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d'exposer et de clarifier la doctrine de l'Église sur ce point. Ce fut l'objet de la Déclaration Inter insigniores (du 15 octobre 1976), que le Pape lui-même approuva et ordonna de publier.
2. La Déclaration reprend et développe les fondements de cette doctrine, exposés par Paul VI, et conclut que l'Église « ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l'ordination sacerdotale »… Dans la Lettre apostolique Mulieris dignitatem (du 15 août 1988), j'ai moi-même écrit à ce sujet: « En n'appelant que des hommes à être ses Apôtres, le Christ a agi d'une manière totalement libre et souveraine. Il l'a fait dans la liberté même avec laquelle il a mis en valeur la dignité et la vocation de la femme par tout son comportement, sans se conformer aux usages qui prévalaient ni aux traditions que sanctionnait la législation de son époque ».
En effet, les Évangiles et les Actes des Apôtres montrent bien que cet appel s'est fait selon le dessein éternel de Dieu: le Christ a choisi ceux qu'il voulait (cf. Marc 3,13-14; Jean 6,70) et il l'a fait en union avec le Père, « par l'Esprit Saint » (Actes 1,2), après avoir passé la nuit en prière (cf. Luc 6,12). C'est pourquoi, pour l'admission au sacerdoce ministériel, l'Église a toujours reconnu comme norme constante la manière d'agir de son Seigneur dans le choix des douze hommes dont il a fait le fondement de son Église (cf. Apocalypse 21,14). Et ceux-ci n'ont pas seulement reçu une fonction qui aurait pu ensuite être exercée par n'importe quel membre de l'Église, mais ils ont été spécialement et intimement associés à la mission du Verbe incarné lui-même (cf. Matthieu 10,1.7-8; 28,16-20; Marc 3,13-16; 16,14-15). Les Apôtres ont fait de même lorsqu'ils ont choisi leurs collaborateurs, qui devaient leur succéder dans le ministère. Dans ce choix se trouvaient inclus ceux qui, dans le temps de l'Église, continueraient la mission confiée aux Apôtres de représenter le Christ Seigneur et Rédempteur.
3. D'autre part, le fait que la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Église, n'ait reçu ni la mission spécifique des Apôtres ni le sacerdoce ministériel montre clairement que la non-admission des femmes à l'ordination sacerdotale ne peut pas signifier qu'elles auraient une dignité moindre ni qu'elles seraient l'objet d'une discrimination; mais c'est l'observance fidèle d'une disposition qu'il faut attribuer à la sagesse du Seigneur de l'univers.
La présence et le rôle de la femme dans la vie et dans la mission de l'Église, bien que non liés au sacerdoce ministériel, demeurent absolument nécessaires et irremplaçables. Comme l'a observé la Déclaration Inter insigniores, «l'Église souhaite que les femmes chrétiennes prennent pleinement conscience de la grandeur de leur mission: leur rôle sera capital aujourd'hui, aussi bien pour le renouvellement et l'humanisation de la société que pour la redécouverte, parmi les croyants, du vrai visage de l'Église ». Le Nouveau Testament et l'ensemble de l'histoire de l'Église montrent abondamment la présence, dans l'Église, de femmes qui furent de véritables disciples et témoins du Christ, dans leurs familles et dans leurs professions civiles, ainsi que dans la consécration totale au service de Dieu et de l'Évangile…
D'autre part, c'est à la sainteté des fidèles que se trouve totalement ordonnée la structure hiérarchique de l'Église. Voilà pourquoi, rappelle la Déclaration Inter insigniores, « le seul charisme supérieur, qui peut et doit être désiré, c'est la charité (cf. 1 Corinthiens 12-13). Les plus grands dans le Royaume des Cieux, ce ne sont pas les ministres, mais les saints ».
Question 137 : Si Jésus est si puissant (à savoir, capable de faire des miracles) et si il aime tous les hommes, pourquoi n’a-t-il donc pas sauvé tous les hommes par un miracle ? (TR)
Réponse : La formulation de la question révèle que celui qui la pose n’a pas réfléchi suffisamment au fait que Dieu a créé l’homme avant tout comme un être libre. C’est en cela que se situe la distinction incommensurable de l’homme par rapport à toutes les autres créatures. Seul un être libre est capable de donner à Dieu une réponse d’amour. Dieu pourrait, par un miracle tout-puissant, réaliser par la force tout le possible, mais il ne pourrait pas forcer la réponse d’un amour réellement libre de la part de l’homme tel qu’il l’a créé dans sa sagesse – « à son image, il le créa ».
Le drame de l’histoire de Dieu avec l’homme commence, lorsque Dieu, dès le début, respecte la libre décision de l’homme. Marie, la Mère de Jésus, le Messie, fut le premier être humain qui, sanctifiée par Jésus Christ dans la force de l’Esprit Saint, a répondu un oui inconditionnel à Dieu le Père, dans un amour infiniment libre et total. Son oui sans faute a été le fruit de l’unique obéissance de son Fils, Jésus Christ, une obéissance jusqu’à la croix.
Question 138 : Le pape a-t-il créé lui-même les limbes, pour qu’il puisse sans plus les supprimer ? Vous avez cru jusqu’à aujourd’hui aux limbes. Après que le pape ait supprimé les limbes, qu’est-il arrivé à ceux qui s’y trouvaient ? (TR)
Réponse : Dans la première partie de notre réponse, nous présenterons les doctrines islamiques et chrétiennes à propos de la réalité que celui qui pose la question désigne par le terme turc de « araf ». Dans la deuxième partie, nous demanderons jusqu’à quel point il est correct de dire que le pape a « supprimé » les limbes.
Doctrine islamique
Le mot arabe a‘rāf signifie : lieu surélevé, hauteur, murailles. Al-A’rāf est le titre de la Sourate 7. Il signifie ici : la crête de la montagne, les hauteurs, les murailles, et il fait allusion à la péricope de la Sourate 7, dans laquelle est décrit le comportement des personnes qui ne se trouvent ni en enfer ni aux paradis : 7, 46-49 : « Et entre les deux séjours et au-dessus des murailles (al-A`râf) qui les séparent se tiendront des hommes qui, reconnaissant chacun à son signe distinctif, diront aux habitants du Paradis : «Que la paix soit avec vous !», sans pouvoir les y rejoindre eux-mêmes malgré leur vif désir de le faire. Puis, lorsque leur regard tombera sur les habitants de l’Enfer, ils imploreront : «Seigneur, ne nous réunis pas avec ces pervers !» Et, s’adressant à certains damnés qu’ils reconnaîtront à leurs signes distinctifs, les gens d’al-A`râf leur diront : «Alors, à quoi vous ont servi toutes les richesses que vous aviez amassées et tout ce qui faisait l’objet de votre fierté?» Sont-ce ceux-là au sujet desquels vous juriez qu’ils n’obtiendraient aucune grâce du Seigneur?
A. Th. Khoury écrit à ce propos, dans son explication des commentaires coraniques musulmans classiques, un commentaire coranique synthétique : (Gütersloh 1996), Vol 7, p. 74: « Au sujet de l’endroit désigné par les murailles et de l’identité des hommes qui s’y trouvent, les avis divergent parmi les commentateurs musulmans. - L’endroit surélevé appartient aux hauteurs du paradis et les hommes sont les élus bénéficiaires d’une grâce particulière. - Cet endroit est la crête qui se situe sur la ligne de séparation entre le paradis et l’enfer, et les hommes sont les notables parmi ceux qui se sont distingués dans l’obéissance à Dieu et qui reçoivent sa récompense spéciale. Plus précisément, il s’agit d’anges ou de prophètes ou de martyrs. De ce lieu élevé, ils observent l’entrée des sauvés dans le paradis ainsi que la chute des damnés en enfer. Eux-mêmes, cependant, doivent encore attendre pour connaître le bonheur ardemment désiré du paradis, jusqu’à ce que les élus et les damnés aient déterminé leur position définitivement. Alors ils entreront dans le paradis et ils occuperont les places élevées qui leur sont réservées. - D’autres (la majorité, selon Tafsir al-Manar) pensent qu’il s’agit ici plutôt des hommes qui sont dans la strate inférieure parmi les élus, ou à ceux dont les bonnes et les mauvaises actions s’équilibrent, et qui doivent attendre jusqu’à ce que Dieu, dans sa miséricorde et la bonté, les emmène au paradis. Ou il s’agit des pécheurs parmi les croyants, à qui Dieu accorde son pardon après un certain temps et leur rend la possibilité d’accéder au paradis. »
La dernière des trois interprétations possibles a conduit à une représentation d’un « séjour intermédiaire » entre le paradis et l’enfer. C’est à partir de là que l’on a donné au mot al-A’raf le sens de limbes. Cette représentation correspond alors aussi avec certaines explications du concept coranique de barzakh (voir Q 23,100). Barzakh signifie d’abord obstacle, barrière, chez certains commentateurs barrière physique entre le paradis et l’enfer. Dans les représentations eschatologiques, le concept est parfois compris de façon analogue au concept chrétien de limbes. Ibn Hazm (mort en 1064) enseigne que les pécheurs croyants ne demeurent pas pour toujours en enfer, mais, après avoir purgé une peine limitée dans le temps, ils sont admis au paradis. Cette représentation d’un enfer à durée limitée ressemble à la représentation chrétienne du purgatoire (cf. l’art. . Al-A’raf dans : C. Glassé, The Concise Encyclopaedia of Islam (London, 1989).
Doctrine chrétienne catholique
« Par limbes (latin clôture, bord, bordure) on désigne l’endroit ou l’état des défunts qui ne sont ni au ciel ni en enfer ni au purgatoire. Les limbes des ancêtres, c’est l’endroit ou l’état des justes avant le Christ, qui, avant qu’il ne descende aux enfers et remonte au ciel, ne pouvaient pas accéder à la béatitude céleste. Les limbes des enfants, terme qui n’a eu de sens que dans la tradition chrétienne, est l’endroit ou l’état des enfants mineurs ou des personnes qui n’ont jamais eu l’usage de la raison, de ceux qui n’ont jamais pu bénéficier du sacrement de baptême et de l’incorporation dans l’Eglise, après que la prédication de l’Evangile ait pris une extension suffisante. [Suivent d’abord quelques remarques à propos de cette doctrine:]
- (a) L’Ecriture sainte ne donne aucun témoignage à propos des limbes des enfants. - (b) Tandis que la tradition chrétienne la plus ancienne ne s’exprime pas explicitement sur le sort des non baptisés, les limbes des enfants rencontrent beaucoup d’intérêt en opposition du pélagianisme (à savoir, la doctrine condamnée par l’Eglise, selon laquelle l’être humain est capable de réaliser par ses propres moyens, sans la grâce divine, les premiers pas essentiels en vue de son salut). Pour s’opposer à la doctrine selon laquelle le baptême serait, certes, nécessaire à l’obtention de la béatitude surnaturelle (le Royaume céleste), mais pas à l’obtention de la béatitude naturelle (la vie éternelle), Augustin, s’appuyant sur le témoignage de l’Ecriture, accentue la nécessité du baptême pour le salut et pour l’appartenance à l’Eglise qui en dépend, comme le seul chemin qui mène au salut : L’Ecriture et la foi de l’Eglise ne savent rien d’une béatitude naturelle ; les enfants nés non baptisés se retrouvent ainsi en enfer, même si, là, ils ne subissent que les peines les plus douces. Les théologiens scolastiques s’efforcent d’atténuer le rigorisme d’Augustin en postulant pour les défunts non baptisés les limbes comme état définitif dans le sens d’une béatitude naturelle, se distinguant de l’enfer (Pas de vision de Dieu, mais pas de souffrances sensibles). - (c) Le magistère de l’Eglise n’a jamais pris position explicitement à propos de la doctrine des limbes des enfants, même si, selon une décision de Pie VI (1794), cette représentation ne peut pas être taxée de fable pélagienne (DS 2626). – (d) Dans le dialogue œcuménique, les limbes des enfants n’ont aucune place. – (e) Dans la théologie catholique contemporaine, la doctrine des limbes est débattue. Certains théologiens tiennent la doctrine des limbes comme obligatoire, car elle apparaît surtout, dans la tradition ecclésiale, dans différents catéchismes. Mais la plupart des théologiens contemporains refusent les limbes, car, d’une part, elles sont difficilement compatibles avec le dessein de salut universel de Dieu, et d’autre part, la Sainte Ecriture aussi bien que les décisions du magistère ne connaissent que le ciel et l’enfer, après une éventuelle purification au purgatoire, comme mode d’existence définitif de salut ou de damnation. (Josef Finkenzeller , art. Limbus dans: W. Beinert (hg.), Lexikon der katholischen Dogmatik (Freiburg, 1987), p. 349s.)
2. Le pape a-t-il « supprimé » les limbes ?
D’après ce qui a été dit sous 1, il est clair qu’il n’y a aucun pape qui ait créé cette doctrine, ni aucun pape qui l’ait supprimée. Dans ce contexte, il importe de tenir compte de la doctrine de « la hiérarchie des vérités ». Elle dit que les vérités de foi particulières doivent être comprises comme faisant partie de la doctrine chrétienne, et que cette doctrine a une structuration et des accents à partir desquels la foi est une unité objective qui est formulée de multiples façons et, entre autres, justifie également un pluralisme légitime de la théologie.
Tous les articles de la foi éclairent, en fin de compte, la révélation de Dieu, telle qu’elle s’est réalisée par Jésus Christ dans l’Esprit Saint pour le salut des hommes. Au centre de la foi chrétienne, on trouve, dès lors, la doctrine de la Trinité du Dieu unique avec la doctrine de l’Incarnation de Dieu en Jésus Christ et la doctrine qui s’y rapporte de la Rédemption et de la Nouvelle création de l’homme. Le principe de la hiérarchie des vérités implique que l’on distingue les contenus qui sont obligatoires à partir de l’Evangile, de ceux qui proviennent de traditions légitimes mais non généralement obligatoires.
D’autre part, il faut se référer ici à la doctrine chrétienne du dessein salutaire universel de Dieu. Par là, l’Eglise comprend le dessein fondamental d’amour par lequel Dieu veut rendre le salut possible à tous les hommes. A l’opposé, il y a les théories d’une volonté salutaire de Dieu qui est limitée ou particulière, selon lesquelles Dieu ne prédestine qu’une partie de l’humanité au salut. La Constitution sur l’Eglise de Vatican II, Lumen Gentium (n.16) enseigne : tous les hommes qui cherchent Dieu et qui vivent selon leur conscience, peuvent accéder au salut.
Question 139 : Votre page d’accueil m’impressionne ! Galileo Galilei a été réhabilité. Pour quelles raisons Giordano Bruno n’a-t-il pas, jusqu’ ici, été réhabilité ? (DE)
Réponse : Notre réponse se joint fort aux explications pertinentes d’Arnold Angenendt, historien de l’Eglise, de Münster, dans son ouvrage très respecté : Toleranz und Gewalt. Das Christentum zwischen Bibel und Schwert (Münster, 2007).
Les victimes les plus éminentes de l’Inquisition romaine sont en effet Giordano Bruno (mort en 1600) et Galileo Galilei (mort en 1642). Tous deux acquirent « une signification exceptionnelle dans les sciences naturelles et la vision du monde des modernes » et ils devinrent « justement à cause de cela – puisqu’ils furent condamnés par l’inquisition – des figures ostentatoires de l’attitude hostile de l’Eglise à l’égard du progrès ». « Giordano Bruno, père dominicain à Naples, puis infatigablement en voyage en France, en Angleterre et en Allemagne, défendait la théorie d’un univers sans frontières et infini, ainsi que celle de la pluralité des mondes.
L’inquisition romaine lui reprochait : l’identification de l’Esprit Saint avec l’âme du monde, le déni de la Trinité, de la transsubstantiation, de la virginité de Marie, des miracles opérés par Jésus, surtout l’affirmation de l’éternité et de la pluralité des mondes … En réalité, sa conception de l’infinité temporelle et spatiale du cosmos « privait de tout ancrage spatio-temporel » l’événement chrétien du salut. Le 17 mars, il fut brûlé sur le Campo di Fiori à Rome. (cf. ibid., p. 285).
La plupart des auteurs qui, ces dernières années, ont étudié, du point de vue historique, l’Inquisition, sont arrivés à des conclusions qui montrent que les procès de l’Inquisition romaine se sont révélés moins effrayants que les procédures judiciaires et pénales en vigueur dans les Etats de l’époque. William Monter constate, comme différences les plus importantes, celles entre les pécheurs qui se repentent et ceux qui ne le font pas, entre les pécheurs occasionnels et les pécheurs invétérés, entre les malfaiteurs et les fous ; à la différence de la plupart des cours pénales du début de l’époque moderne, les inquisiteurs auraient, dans la recherche de la vérité, eu moins de confiance dans la torture, et bien davantage dans les interrogatoires, souvent conduits avec une finesse psychologique impressionnante. « Ils furent, certes, effectivement prêts à recommander au pouvoir temporel la peine de mort …, mais, le plus souvent, ces inquisiteurs appliquaient seulement des peines de durée et d’intensité variables. Leur intention était, en fin de compte, de cultiver la confusion plutôt que la violence ».
Nous nous joignons à la synthèse critique de Angenendt à propos des cas Galilée et Bruno et de la problématique générale de l’Inquisition en tant que phénomène de l’Eglise catholique : « En fin de compte, cependant, de telles comparaisons ne peuvent ni ne doivent nous distraire d’une critique fondamentale indispensable, ni en aucun cas excuser l’Inquisition. Car c’est précisément ici que l’Eglise catholique s’est honteusement écartée de l’obligation de renoncer à la violence en matière de religion. Cependant la comparaison avec la justice temporelle est incontournable. Devant le mythe de l’Inquisition, la juste vision de l’histoire exige que l’on examine tout le processus et que l’on fasse comprendre aussi aux révisionnistes qui s’étonnent de ces nouvelles conclusions : l’Inquisition n’a pas été ce scénario d’horreur, tel qu’il a si souvent été dépeint et l’est encore. Mais ceci n’est pas encore le dernier mot : comment le christianisme, qui voulait être une religion de l’amour et qui dépeignait l’homme comme l’image de Dieu, a-t-il jamais toléré, permis et même organisé une telle chose ?
La réponse doit être double, d’abord historique et ensuite théologique. Historiquement, l’establishment chrétien a au moins réussi à maintenir une trace de l’exigence du Nouveau Testament « Chez vous, il ne doit pas en être ainsi » (Matthieu 20,26) : l’Inquisition ne fut pas ce que l’on croit généralement – elle procédait en réalité bien davantage avec une conscience du droit et avec moins de cruauté que les autres justices. Ne pas vouloir le reconnaître, ce serait historiquement du parti pris. Mais théologiquement, en la matière, la réponse doit être différente. Comment a-t-il été possible qu’une chose pareille se passe dans une Eglise qui voulait s’obliger à la non violence, qui, de plus, se voyait et se voit toujours sous la guidance de l’Esprit de Dieu, qui, concrètement, se savait et se sait jusqu’aujourd’hui guidée par le ministère (le pape) ?
La demande de pardon de Jean Paul II ne va pas jusque-là [ A propos de cette demande de pardon du pape, voir Question et Réponse 41, ainsi que la Déclaration du Concile Vatican II sur la liberté religieuse « Dignitatis Humanae »]. Certes, le pape caractérise d’insuffisant de chercher une justification en montrant que l’Inquisition, en comparaison des autres tribunaux de l’époque, a été plus modérée et a travaillé de manière plus correcte. Mais le fait des exécutions inquisitoriales ne devrait-il pas, lui aussi, être mis en relation avec la prétention papale à la guidance universelle ? (A. Angenendt, Toleranz und Gewalt, p. 293s.)
Question 140 : Un certain nombre de prêtres estiment que l’on ne peut pas faire entièrement confiance à l’Incil (l’Evangile, ou tout le Nouveau Testament). Qu’en pensez-vous ? (TR)
Réponse : L’apôtre Paul écrit dans la Première Lettre aux Thessaloniciens : « La Parole de Dieu continue à agir en vous qui croyez » (2,13). Et le Concile Vatican II dit pertinemment : « Car dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s'avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux; une si grande force, une si grande puissance se trouve dans la Parole de Dieu, qu'elle se présente comme le soutien et la vigueur de l'Eglise, et, pour les fils de l'Eglise, comme la solidité de la foi, la nourriture de l'âme, la source pure et intarissable de la vie spirituelle. Aussi valent-elles de façon magnifique pour l'Ecriture Sainte, ces paroles: " La parole de Dieu est vivante et efficace " (Hébreux 4, 12); " elle a la puissance de construire l'édifice et de procurer aux fidèles l'héritage avec tous les sanctifiés " (Actes 20, 32; cf. 1 Thessaloniciens 2, 13)
Quand ces Ecritures sont lues comme le cœur de la tradition vivante de la communauté des croyants, elles communiquent une sûre guidance dans de nombreux problèmes contemporains : les droits et les devoirs de la personne humaine, la valeur de la vie humaine depuis la conception jusqu’à la mort, la nécessité de protéger et de conserver la création, la recherche d’une justice et d’une paix durables pour tous les peuples. De façon toute particulière, l’Evangile de Jésus apprend le respect de chaque personne, l’amour qu’il faut témoigner à chacun, et la confiance en Dieu, dont « la miséricorde s’étend d’âge en âge » (Psaume 136)
De nos jours, il arrive que l’on comprenne mal les Saintes Ecritures, comme si elles supprimaient ou étouffaient la liberté et l’épanouissement humains. En réalité, elles sont le chemin vers la vérité qui conduit à la véritable liberté (Jean 8,32). Souvent, on les trouve vieillies et non pertinentes. Mais en réalité, elles sont des paroles de vie toujours pertinentes. Elles sont sans cesse neuves et elles ont le pouvoir de changer et de renouveler la vie de l’homme (Hébreux 4,12). Mais avant tout, ce ne sont pas des lettres mortes que nous trouvons dans les Saintes Ecritures, mais le Christ lui-même, la parole éternelle du Dieu vivant (Catéchisme de l’Eglise Catholique 108). Dans les Saintes Ecritures, Jésus, le Verbe de Dieu devenu homme, vient pour nous rencontrer, car l’Ecriture Sainte, dans son entièreté, nous parle du Christ (ibid. 134).
Question 141 : A quoi ressemblera le Dernier Jour ? (TR)
Réponse : L’essentiel concernant la foi chrétienne au Dernier Jour a été expliqué dans Question Réponse 125 (voir page 14). Nous y ajoutons encore quelques affirmations :
Les morts ressusciteront-ils ?
Notre langage, nos paroles se réfèrent à ce monde-ci et à sa réalité. Nous n’avons pas de mots pour le monde de Dieu et la réalité de Dieu. Les premiers chrétiens en ont déjà fait l’expérience, quand ils demandaient : Comment se passera la résurrection des morts ? Que devient le corps qui se décompose dans la tombe ? Est-ce qu’un infirme reste infirme après sa résurrection ? Un enfant qui meurt devient-il adulte au ciel ? Qu’en est-il de tous ceux qui sont déjà morts dans l’espérance de Dieu et dans la foi en Jésus Christ, et de ceux qui doivent encore mourir ?
Par rapport à toutes ces questions – et à beaucoup d’autres – nous n’avons pas de réponse meilleure que de regarder Jésus ressuscité qui a élevé dans la gloire et qui porte en même temps dans son corps les stigmates de sa passion comme signe de son grand amour, par lequel il a donné sa vie pour nous. Le tombeau vide, les cicatrices des clous, d’une part, et l’apparition toute nouvelle et mystérieuse de Jésus ressuscité, d’autre part, nous permettent d’affirmer que les morts ressuscitent avec leur corps, qui devient en même temps différent, car glorifié, tout comme le grain de blé tombé en terre, est transformé dans la mort afin de porter du fruit (cf. Jean 12,24).
« « Qu’est-ce que " ressusciter " ? Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus. » (Catéchisme de l’Eglise catholique)
Face à ce mystère de vie et d’amour, qui « repose sur la toute puissance de Dieu », saint Paul s’exprime devant sa communauté à Corinthe de ce « …que l’œil n’a pas vu, ce qu l’oreille n’a pas entendu, et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2,9).
Lorsque nous participons à l’eucharistie, nous donnons le corps du Seigneur ressuscité en nourriture à notre propre corps. L’Eucharistie est le garant de la vie éternelle. « Notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique 1000) « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6,54).
En attendant la résurrection, le corps et l’âme des croyants ont déjà part à la dignité « d’appartenir au Christ ». D’où l’exigence d’honorer son propre corps, mais aussi le corps d’autrui, particulièrement de ceux qui souffrent ( cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique 1004). « Le corps est … pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. … Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes. … Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps » ! (1 Corinthiens 6,13-15.19-20)
Les chrétiens et la mort
La mort fait peur aux hommes – même à ceux qui ont confiance en Dieu. Car la mort signifie adieu et séparation. Tout ce qui faisait la vie d’un être humain, les biens et les personnes, doit être abandonné. Chacun meurt sa mort propre et il le fait les mains vides.
Aucun mourant ne doit avoir honte de son angoisse. Jésus a, lui aussi, sur la croix, laissé monter son cri vers son Père. Avec lui, chaque mourant peut l’appeler quand son heure vient. Tout comme le malfaiteur crucifié avec Jésus, chacun peut mettre toute sa confiance dans le rédempteur, qui lui répond : « Amen, je te le dis : aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23,3). Avec Jésus, tout mourant peut être certain que le Dieu de miséricorde transformera toute peur en joie et qu’il remplira les mains vides. « Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à sa Résurrection » (Catéchisme de l’Eglise Catholique 1006).
Nous, les chrétiens, nous croyons que Dieu vient à notre rencontre lorsque nous mourons. Les yeux qui ont été fermés par la mort s’ouvrent. Nous sommes debout devant Dieu : chacun avec son histoire, son amour, sa faute. Avec tout ce qu’il a fait de bien et de mal : pour l’amour de Dieu et du prochain, mais aussi à son détriment. Nous croyons que cette rencontre est existentiellement déterminante.
Les prophètes d’Israël et Jésus lui-même parlent de cette expérience comme d’un jugement. Le regard de Dieu pénètre jusque dans les profondeurs. Devant lui, on ne peut rien cacher, rien enjoliver. Lui, qui est infiniment juste, sait que nous sommes faibles, et il en tient compte. Lui, qui est infiniment miséricordieux, est attentif à ce que nous concédions humblement notre faiblesse et à ce que nous attendions tout de sa miséricorde. Lors de ce jugement, la sentence est annoncée : récompense ou punition, béatitude ou damnation, le sein d’Abraham ou le feu éternel, les chants de louanges ou les hurlements et les grincement de dents (voir Matthieu 8,12), les danses dans la salle des noces ou les coups inutiles frappés sur les portes fermées (Matthieu 25,1-13).
Voilà des images qui frappent. Elles sont adressées à ceux qui sont en route, afin qu’ils se convertissent, changent leur vie, se fortifient à l’amour du Christ : dans la foi, dans l’espérance et dans l’amour.
« Pour ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux. » (Préface de la messe des funérailles)
La mort : elle marque la fin de la vie terrestre et le début de la vie éternelle : l’âme se sépare du corps périssable. Elle rencontre Dieu dans le jugement particulier. Au dernier jour, lorsque Jésus revient dans sa gloire, tous les morts ressusciteront, leurs âmes seront réunis à nouveau à leur corps, ceux des justes avec un corps radieux et transfiguré, ceux des damnés avec un corps rempli de douleurs et de souffrances.
Jugement : On distingue entre le jugement particulier (le jugement de l’individu) et le jugement dernier. Le jugement particulier suit immédiatement la mort. Il décide quant à l’appartenance éternelle à la communauté des élus ou à l’exclusion définitive de cette communauté. La sentence se prononce selon que chacun, individuellement, s’est efforcé durant sa vie terrestre de faire la volonté de Dieu et de croire en Jésus Christ. Ce jugement est définitif. Le jugement dernier (universel) dépend du dernier jour, le jour de la venue du Christ qui revient pour révéler en plénitude le règne de Dieu, son règne. Ce jour-là, tous les morts ressusciteront. En présence de tous les peuples qui sont appelés à se rassembler devant le Christ, chaque personne individuelle sera jugée avec son âme et son corps (cf. Matthieu 25,32).
Sentence : la sentence sera mesurée à la libre volonté de l’homme durant sa vie terrestre. Celui qui s’est consciemment et librement séparé de Dieu n’a aucune place parmi les élus ; son sort est celui des exclus « dans le feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges » (Matthieu 25,41) ; il s’agit de l’ « enfer ». Pour ceux qui se déclarent pour Dieu et pour son Fils, mais qui ne sont pas encore pleinement prêts et dignes de le rencontrer au moment de la mort, il est prévu un temps de purification, d’attente et de maturation, le « purgatoire » : ils y attendent dans l’espérance leur entrée dans la plénitude de communion avec Dieu.
Ils y sont aidés par la prière des croyants. Pour les élus qui, durant leur vie terrestre, se sont laissés pénétrer et transformer par l’amour du Christ, la parole du Christ s’applique : « Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui a été préparé pour vous depuis le commencement du monde » (Matthieu 25,34). Ils voient Dieu tel qu’il est, et ils lui ressemblent (cf. 1 Jean 3,2) ; ils vivent éternellement en communion avec lui. Ils sont au « ciel ». (Ce texte a été repris, avec de légères modifications, de : Ich glaube. Kleiner Katholischer Katechismus (Königstein im Taunus: Kirche in Not/Ostpriesterhilfe, 2004), p. 107-110.
Question 142 : Quelle est l’importance de la famille dans le christianisme ? (TR)
Réponse : En général, tout enfant naît dans une famille. Ses premiers vis à vis sont les visages du père et de la mère. Entouré de l’amour et de la joie de ses parents, l’enfant se développe dans son existence humaine. Soutenu par leurs mains, il apprend à marcher. Il sait qu’il peut compter sur leur amour. Une personne qui est privée de cette expérience dans sa vie éprouvera souvent plus tard des difficultés à faire confiance à d’autres, à croire à l’amour et à ce qu’on puisse l’aimer.
C’est quand il aime qu’un homme commence à devenir pleinement ce qu’il est. Car Dieu, qui est lui-même l’amour – l’a créé à son image comme homme et femme (Genèse 1,27). Quand un homme et une femme se rencontrent et s’aiment, ils ne veulent plus vivre l’un sans l’autre. Avec les fiançailles, ils vivent une période particulière de préparation au mariage – une école de vie et de chasteté, un temps de grâce, durant lequel les fiancés approfondissent leurs projets de mariage et les responsabilités y attenantes. Dans le sacrement de mariage, les fiancés se promettent fidélité pour toute leur vie dans un libre consentement mutuel : par ce consentement, le mariage est scellé.
L’amour humain des époux est transformé intérieurement par l’amour de Dieu, en sorte qu’ils se donnent l’un à l’autre cet amour de Dieu et qu’ils se sanctifient mutuellement (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique 1639-1642). Mais comme il ne s’agit pas ici seulement de l’amour entre deux être humains, mais aussi de l’amour de Dieu, les époux se font cette promesse devant la communauté de l’Eglise (représentée par les témoins du mariage) et devant le prêtre ou le diacre. Celui-ci représente l’Eglise et conclut le mariage par la prière de bénédiction pour les mariés. Par cette bénédiction nuptiale, les époux reçoivent l’Esprit Saint comme communion d’amour entre le Christ et l’Eglise (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique 1624).
Jésus a lui-même grandi dans une famille qui fut marquée de façon éminente par la sainteté de Marie et de Joseph. Au début de sa vie publique, Jésus se manifeste à ses disciples en accomplissant son premier signe lors d’une fête de noces (Jean 2,1-11). « L’Eglise accorde une grande importance à la participation de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation de ce que le mariage est une bonne chose, et qu’il s’agit d’une annonce de ce que, désormais, le mariage deviendra un signe efficace de la présence du Christ » (Catéchisme de l’Eglise Catholique 1613). « Ceci est un grand mystère ; je le rapporte au Christ et à l’Eglise » (Ephésiens 5,32). L’alliance des époux est conclue par leur don mutuel : ils deviennent « un corps et une âme » et ils trouvent ainsi leur accomplissement et leur bonheur.
L’amour conjugal, de par sa nature, présuppose qu’il conduit au-delà de la communion charnelle et s’ouvre à la fécondité. De l’alliance matrimoniale peut naître une nouvelle vie. L’homme et la femme deviennent père et mère. Leur vie s’élargit. Chaque enfant est un cadeau de Dieu, mais aussi une mission. Aussi est-il important que les époux soient au clair, devant Dieu et devant leur conscience, en ce qui concerne le nombre de leurs enfants et les possibilités de les éduquer. De même, chaque enfant a le droit de naître dans une famille fondée sur le mariage. Les moyens artificiels de contrôle des naissances ne sont pas permis ; mais on peut toujours appliquer les méthodes naturelles de contrôle des naissances.
« L’unité, l’indissolubilité et l’ouverture à la fécondité sont essentielles au mariage. La polygamie est incompatible avec l’unité du mariage ; le divorce sépare ce que Dieu a uni ; le refus de la fécondité détourne la vie conjugale de son " don le plus excellent ", l’enfant » (Catéchisme de l’Eglise Catholique 1664)
Le mariage est une alliance pour la vie. Jésus dit : « Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut pas le séparer » (Marc 10,9). Pour beaucoup, c’est une parole dure, car il n’y a pas de garantie pour la réussite d’une relation : les hommes peuvent se tromper ; en cas de maladie ou dans le malheur, l’amour peut disparaître. Il peut arriver que deux personnes qui s’aimaient ne parviennent plus à se comprendre et ne sont plus capable de dialoguer, et qu’elles deviennent étrangères l’une à l’autre. En effet, le sacrement de mariage ne peut pas être le simple souvenir d’une époque de bonheur, car, en vérité, il est la source de grâce qui ne se tarit jamais et qui est accessible toute la vie, à laquelle les époux peuvent puiser le renouvellement de leur amour mutuel, la force de pardonner, le soutien dans les épreuves et la joie de la fidélité.
Il existe cependant des mariages qui échouent, et les chrétiens croient à juste titre que, même dans un tel cas, ils ne doivent jamais renoncer à l’amour de Dieu ni non plus à l’Eglise du Christ ; ils ne leur est cependant pas loisible de conclure un nouveau mariage (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique 1649-1651).
Toutefois, il existe la possibilité de vérifier, par une procédure de déclaration de nullité, si le mariage a effectivement été conclu validement au sens chrétien.
Le consentement du mariage : Je te prends comme épouse (époux) Je te promets fidélité dans les bons comme dans les mauvais jours, en bonne santé et dans la maladie. Je veux t’aimer, te respecter et t’honorer aussi longtemps que je vis. (Dans : Ich glaube. Kleiner katholischer Katechismus. Königstein, 2004, p. 140-142.)
Question 143 : Quelle est la compréhension chrétienne de la justice, des droits de l’homme et de la liberté ? Le christianisme veut-il qu’ils soient offerts à tous les hommes, donc aussi aux non chrétiens ? (TR)
Réponse : Dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, l’Eglise a formulé les principes définitifs qui forment les points fondamentaux de cette doctrine. Il s’agit du principe de la dignité de la personne humaine, qui représente le fondement de tout autre principe et le contenu de la doctrine sociale. Les principes de la doctrine chrétienne sont à la base, dans leur totalité, de toute formulation de la vérité concernant la société, celle qui interpelle et invite la conscience de chacun, d’agir avec chacun et pour chacun en toute liberté et responsabilité collective. Ils ont une signification profondément morale, dans leur façon de se référer en guides aux principes ultimes de la vie sociale : il s’agit du principe du bien commun, du principe de la détermination générale des biens (qui comprend l’option préférentielle pour les pauvres), du principe de subsidiarité, de la participation ainsi que de celui de la solidarité.
Outre les principes qui doivent fonder la création d’une société pleinement humaine, la doctrine sociale de l’Eglise traite aussi de valeurs fondamentales. Toutes les valeurs sociales dépendent de la dignité de la personne humaine et exigent son développement authentique. Il s’agit essentiellement de vérité, de liberté, de justice et d’amour. Le respect de la juste autonomie des réalités terrestres incite l’Eglise à ne pas se réserver des compétences techniques et profanes spécifiques, mais ne l’empêche pas d’intervenir et de montrer clairement comment ces valeurs sont confirmées ou foulées au pied dans les diverses décisions prises par l’homme (cf. n. 198).
La vérité : « Les hommes sont tenus de façon particulière à tendre continuellement vers la vérité, à la respecter et à l'attester de manière responsable. Vivre dans la vérité revêt une signification spéciale dans les rapports sociaux: la vie en commun entre les êtres humains au sein d'une communauté est, en effet, ordonnée, féconde et correspond à leur dignité de personnes lorsqu'elle se fonde sur la vérité. Plus les personnes et les groupes sociaux s'efforcent de résoudre les problèmes sociaux selon la vérité, plus ils s'éloignent de l'arbitraire et se conforment aux exigences objectives de la moralité… » Compendium 198)
La liberté : « La liberté est dans l'homme un signe très élevé de l'image divine et, en conséquence, un signe de la dignité sublime de chaque personne humaine: « La liberté s'exerce dans les rapports entre les êtres humains. Chaque personne humaine, créée à l'image de Dieu, a le droit naturel d'être reconnue comme un être libre et responsable. Tous doivent à chacun ce devoir du respect. Le droit à l'exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de la personne humaine ». Il ne faut pas restreindre le sens de la liberté, en la considérant dans une perspective purement individualiste et en la réduisant à un exercice arbitraire et incontrôlé de l'autonomie personnelle: « Loin de s'accomplir dans une totale autarcie du moi et dans l'absence de relations, la liberté n'existe vraiment que là où des liens réciproques, réglés par la vérité et la justice, unissent les personnes ». La compréhension de la liberté devient profonde et vaste quand elle est protégée, même au niveau social, dans la totalité de ses dimensions. » (ibid. 199)
« La valeur de la liberté, en tant qu'expression de la singularité de chaque personne humaine, est respectée quand il est permis à chaque membre de la société de réaliser sa vocation personnelle; de chercher la vérité et de professer ses idées religieuses, culturelles et politiques; d'exprimer ses opinions; de décider de son état de vie et, dans la mesure du possible, de son travail; de prendre des initiatives à caractère économique, social et politique. Ceci doit advenir au sein d'un «contexte juridique ferme », dans les limites du bien commun et de l'ordre public et, en tous les cas, à l'enseigne de la responsabilité. Par ailleurs, la liberté doit aussi se manifester comme capacité de refus de ce qui est moralement négatif, sous quelque forme que ce soit, comme capacité de détachement effectif de tout ce qui peut entraver la croissance personnelle, familiale et sociale. La plénitude de la liberté consiste dans la capacité de disposer de soi en vue du bien authentique, dans la perspective du bien commun universel » (ibid. 200).
La justice : « La justice est une valeur qui s'accompagne de l'exercice de la vertu morale cardinale qui lui correspond. Selon sa formulation la plus classique, elle « consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû ». Du point de vue subjectif, la justice se traduit dans l'attitude déterminée par la volonté de reconnaître l'autre comme personne, tandis que, du point de vue objectif, elle constitue le critère déterminant de la moralité dans le domaine inter-subjectif et social. Le Magistère social rappelle au respect des formes classiques de la justice: la justice commutative, la justice distributive et la justice légale. La justice sociale y a acquis un relief toujours plus important; elle représente un véritable développement de la justice générale, régulatrice des rapports sociaux sur la base du critère de l'observance de la loi. La justice sociale, exigence liée à la question sociale, qui se manifeste aujourd'hui sous une dimension mondiale, concerne les aspects sociaux, politiques et économiques et, surtout, la dimension structurelle des problèmes et des solutions qui s'y rattachent » (ibid. 201)
Le chemin de l’amour : « Les valeurs de la vérité, de la justice et de la liberté naissent et se développent à partir de la source intérieure de la charité » (ibid. 205). « La charité présuppose et transcende la justice: cette dernière « doit trouver son complément dans la charité ». Si la justice est « de soi propre à “arbitrer” entre les hommes pour répartir entre eux de manière juste les biens matériels, l'amour au contraire, et seulement lui (et donc aussi cet amour bienveillant que nous appelons “miséricorde”), est capable de rendre l'homme à lui-même ». Les rapports humains ne peuvent pas être uniquement réglés par la mesure de la justice … » (ibid. 206)
« Aucune législation, aucun système de règles ou de conventions ne parviendront à persuader les hommes et les peuples à vivre dans l'unité, dans la fraternité et dans la paix, aucune argumentation ne pourra surpasser l'appel de la charité. Seule la charité, en sa qualité de « forma virtutum », peut animer et modeler l'action sociale en direction de la paix dans le contexte d'un monde toujours plus complexe. Pour qu'il en soit ainsi, il faut toutefois faire le nécessaire afin que la charité apparaisse non seulement comme inspiratrice de l'action individuelle, mais aussi comme force capable de susciter de nouvelles voies pour affronter les problèmes du monde d'aujourd'hui et pour renouveler profondément de l'intérieur les structures, les organisations sociales, les normes juridiques. Dans cette perspective, la charité devient charité sociale et politique: la charité sociale nous fait aimer le bien commun et conduit à chercher effectivement le bien de toutes les personnes, considérées non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit » (ibid. 207) Ainsi, on peut dire : « La charité sociale et politique ne s'épuise pas dans les rapports entre les personnes, mais elle se déploie dans le réseau au sein duquel s'insèrent ces rapports et qui constitue précisément la communauté sociale et politique, intervenant sur celle-ci en visant le bien possible pour la communauté dans son ensemble. Par bien des aspects, le prochain à aimer se présente « en société », de sorte que l'aimer réellement, subvenir à ses besoins ou à son indigence, peut vouloir dire quelque chose de différent par rapport au bien qu'on peut lui vouloir sur le plan purement inter-individuel: l'aimer sur le plan social signifie, selon les situations, se prévaloir des médiations sociales pour améliorer sa vie ou éliminer les facteurs sociaux qui causent son indigence. L'œuvre de miséricorde grâce à laquelle on répond ici et maintenant à un besoin réel et urgent du prochain est indéniablement un acte de charité, mais l'engagement tendant à organiser et à structurer la société de façon à ce que le prochain n'ait pas à se trouver dans la misère est un acte de charité tout aussi indispensable, surtout quand cette misère devient la situation dans laquelle se débattent un très grand nombre de personnes et même des peuples entiers; cette situation revêt aujourd'hui les proportions d'une véritable question sociale mondiale » (ibid. 208)
Les droits de l’homme : « Le mouvement vers l'identification et la proclamation des droits de l'homme est un des efforts les plus importants pour répondre efficacement aux exigences irréductibles de la dignité humaine. L'Église saisit en ces droits une occasion extraordinaire qu'offre notre époque afin que, par leur affirmation, la dignité humaine soit plus efficacement reconnue et promue universellement comme caractéristique imprimée par le Dieu Créateur sur sa créature. Le Magistère de l'Église n'a pas manqué d'évaluer positivement la Déclaration universelle des droits de l'homme, proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, que Jean-Paul II a qualifiée de véritable « pierre milliaire placée sur la route longue et difficile du genre humain » (ibid. 152)
« La source ultime des droits de l'homme ne se situe pas dans une simple volonté des êtres humains, dans la réalité de l'État, dans les pouvoirs publics, mais dans l'homme lui-même et en Dieu son Créateur. Ces droits sont « universels, inviolables, inaliénables ». Universels, parce qu'ils sont présents dans tous les êtres humains, sans aucune exception de temps, de lieu et de sujets. Inviolables, en tant qu'« inhérents à la personne humaine et à sa dignité » et parce qu' « il serait vain de proclamer des droits, si l'on ne mettait en même temps tout en œuvre pour assurer le devoir de les respecter, par tous, partout, et pour tous ». Inaliénables, dans la mesure où «personne ne peut légitimement priver de ces droits l'un de ses semblables, quel qu'il soit, car cela signifierait faire violence à sa nature » » (ibid 153b).
Question 144 : Que pensez-vous du dialogue interreligieux ? (TR)
Réponse : Le dialogue interreligieux est une rencontre entre croyants de différentes religions dans un climat de liberté et d’ouverture. C’est un effort pour écouter l’autre et pour comprendre sa religion – dans l’espoir de trouver des voies de collaboration. Le dialogue est soutenu par l’espoir que le partenaire partage cet objectif et qu’il réponde. Un vrai dialogue n’est effectivement pas une voie à sens unique, mais un événement à sens alternés, qui exige de tous ouverture, écoute et contribution active. » (Francis Arinze, Begegnung mit Menschen anderen Glaubens (München/Zürich/Wien, 1999), p. 10.
Dans tout dialogue, l’écoute a une importance capitale. C’est aussi le plus difficile. On ne peut réussir que lorsque j’apprécie l’autre, quand je respecte ses convictions de croyant, sa prière, son comportement et que je souhaiterais apprendre davantage à connaître – et lorsque je suis persuadé que cela vaut de la peine d’y consacrer du temps. La meilleure « mesure pour susciter la confiance » est souvent d’être tout simplement disposé à écouter, l’effort de se comprendre et de poser des questions quand une chose est restée obscure. L’effort de comprendre dépasse, dans le dialogue, la méthode de l’intelligence de textes, car le vis à vis est vitalement présent et, de cette façon, peut se développer tout un processus vivant et imprévisible des questions et de réponses. Ce processus de questions et de réponses permet à chaque partenaire de formuler des questions critiques, ainsi que de s’efforcer d’arriver à une présentation aussi compréhensible que possible de ses propres convictions et visions croyantes.
Un important document du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux distingue les modes et niveaux de dialogue ainsi : - le dialogue de la vie - le dialogue de l’action - le dialogue de l’échange théologique - le dialogue de l’expérience spirituelle
Le dialogue interreligieux, qui fait partie de la mission de l’Eglise, ne la dispense certes pas de sa responsabilité d’annoncer l’évangile à tous les peuples. Une attitude imprégnée de respect pour les religions non chrétiennes est le présupposé humain pour une communication dans la confiance. Depuis que l’Eglise, au Concile Vatican II, a déclaré formellement qu’elle « ne refuse rien de tout ce qui est vrai et saint dans les religions », elle n’a pas seulement manifesté sa disponibilité à dialoguer, mais elle a, en même temps, indiqué cette ouverture croyante à l’expérience de la transcendance en tant que fondement commun d’un dialogue qui précède toute réflexion et articulation théologiques de la foi. Les deux moments – le dialogue et la mission – sont des éléments indispensables, en relation mutuelle active, de la responsabilité missionnaire de l’Eglise.
Question 145 : Dans l’Evangile, Jésus dit que le Saint Esprit vient du Père, tout comme le disent les orthodoxes. Les catholiques disent autre chose à ce sujet. Qui est le plus au courant : Jésus ou le pape ? (TR)
Réponse : Voir Question et Réponse 26 (particulièrement les trois derniers paragraphes de cette réponse) à la page 2, au-dessus, où on parle de cette question.
Question 146 : Que sont les ordres catholiques ? Parmi ceux-ci, quels sont les plus importants ? (TR)
Réponse : Depuis les débuts du christianisme, il y a des chrétiens qui vivent l’évangile de la façon la plus intensive possible et qui veulent exister entièrement pour Dieu. C’est de là que sont nés les ordres religieux.
Un ordre religieux catholique est un état de vie reconnu par l’Eglise pour les hommes (moines, pères, frères) ou pour les femmes (nonnes, sœurs), qui, devant les supérieurs canoniques, s’obligent à suivre radicalement le Christ par les « conseils évangéliques », concrètement : pauvreté, à savoir renoncer à toute possession personnelle (communauté de biens), célibat, à savoir renoncer au mariage et à une progéniture (chasteté), obéissance aux supérieurs de l’ordre.
En latin, on utilise le terme de ‘religiosi’ pour les religieux ; en anglais ‘religious’ ; en allemand, le terme ‘Religiosen’ n’est pas très utilisé. L’Eglise postconciliaire préfère le terme de « vie consacrée » (vita consacrata). Au lieu du concept d’état, elle parle d’institut(s) ; ainsi, les différentes sortes d’ordres (moines, ordres mendiants, congrégations, instituts séculiers et ermites) peuvent être désignées et traitées par un terme unique. La déclaration fondamentale du 2ème concile du Vatican est « la Constitution dogmatique sur l’Eglise » (Lumen Gentium 43-47) : la vie selon les ordres et une « vie consacrée ». La consécration à Dieu se fait en prononçant les trois conseils évangéliques cités dans des vœux publics et en passant sa vie dans un institut reconnu de vie consacrée.
La consécration de sa vie est la réponse à une vocation particulière, aussi la consécration est une action de Dieu, et, en tant qu’action humaine, elle est réponse à la vocation reçue. L’objectif est l’amour parfait. L’origine et l’élément structurant essentiel de chacune des spiritualités religieuses est la quête de Dieu dans une communauté spirituelle, marquée par l’ascèse, la lecture de la Sainte Ecriture et son interprétation, ainsi que la louange de Dieu communautaire. La guidance est donnée, en plus de l’Evangile et de l’exemple des premières communautés chrétienne, par une production littéraire issue de la vie de l’ordre lui-même, règles, lettres, traités, etc. La spiritualité de chacun des ordres est marqué fortement par la personnalité des fondateurs respectifs et par le « moment » historique (kairos) de leur fondation.
Font partie des ordres ou familles d’ordres les plus importants de l’Eglise catholique : Ordres contemplatifs : Bénédictions, Cisterciens, Augustins, Trappistes, Chartreux, Ordres Hospitaliers. Ordres mendiants : Dominicains, Franciscains, Carmélites, Ermites-Augustins. Congrégations cléricales : Jésuites, Frères des Ecoles Chrétienne de Jean Baptiste de La Salle, Passionnistes, Rédemptoristes. Communautés de prêtres sans vœux publics : Lazaristes, Sulpiciens, Pères Blancs, Pallotins, Société du Verbe Divin. Instituts séculiers A de nombreux ordres religieux masculins correspondent des ordres féminins, des congrégations, par exemple les Bénédictines, les Trappistines, les Dominicaines, les Franciscaines, les Sœurs de Saint Vincent de Paul, les Sœurs de Maria Ward, etc.
En 2000, on comptait 0,12% de membres de l’Eglise catholique, plus d’un million de croyants, parmi les ordres et instituts religieux catholiques sous leurs nombreuses et diverses formes, dont 75% dans les ordres féminins.
Exemple d’un texte de formule de vœu : « Moi, sœur XXX, je promets au Dieu tout puissant, devant les sœurs et les frères ici présents, de vivre pour toujours dans la chasteté consacrée, la pauvreté et l’obéissance selon les règles de la Congrégation des Miséricordieuses Sœurs de Saint Vincent de Paul … Je me mets de tout coeur à la disposition de cette communauté religieuse pour ses missions apostoliques et caritatives au service de Dieu et de l’Eglise. Dieu Trinité, accepte mon vœu et rends-moi capable et disposée à toujours t’aimer plus parfaitement. »
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