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Question 122 : Dieu a-t-il transmis ses pouvoirs (pardon des péchés, résurrection des morts, jugement dernier) à Jésus ? (TR)
Réponse : Cette question ne se pose que pour celui qui part du présupposé que Jésus n’est rien de plus qu’un homme comme un autre. Pourtant, la foi chrétienne est convaincue que Jésus est la figure de la Sagesse de Dieu lui-même. Dieu lui-même, en tant que Sagesse, pardonne les péchés, ressuscite les morts et juge au dernier jour par sa Sagesse, que nous reconnaissons en Jésus Christ sous sa figure incarnée dans l’humanité (Lire à ce propos : Colossiens 1,12-23, spécialement vv. 19-20).
Question 123 : Comment la foi chrétienne se représente-t-elle le paradis et l’enfer ? A quoi ressemble la vie après la mort ? (TR)
Réponse : « Sous le terme ‘ciel’, la Bible et la doctrine de l’Eglise ne comprennent évidemment pas un lieu situé dans les hauteurs près des anges au-dessus des nuages. Les nombreuses images utilisées par la Bible signifient : le ciel est la communion éternelle de l’homme avec Dieu. Nous le contemplerons, nous serons heureux en lui, remplis d’amour, de joie et de paix, en communion aussi les uns avec les autres dans une communauté parfaitement bonne.
Dieu veut d’ailleurs prendre dans sa gloire la création et l’histoire tout entières, purifiées, transformées, renouvelées en profondeur. Dieu veut récompenser nos bonnes actions. Alors même qu’elles ne se sont faites que sous l’effet de sa grâce. C’est ainsi qu’il y aura divers degrés de béatitude, tout comme il y a des récipients de tailles différentes – qui tous sont cependant entièrement remplis : au ciel, chacun trouvera sa pleine mesure de bonheur.
Quant à la doctrine de l’enfer, ne contredit-elle pas la miséricorde de Dieu ? Il ne fait aucun doute que Jésus confirme la doctrine de l’Ancien Testament : il y a des péchés qui baignent à ce point dans le mal qu’ils ont pour effet une séparation définitive de Dieu. L’homme doit choisir entre la vie et la mort. Dieu respecte sa liberté jusqu’aux conséquences ultimes. L’Eglise proclame la doctrine de l’enfer comme une possibilité réelle. Par là, elle veut montrer clairement à chacun la portée de ses actes et le mener au salut. La Bible ne nous dit rien sur la question de savoir si, effectivement, à la fin, il se trouvent des hommes qui sont damnés pour l’éternité. Mais être séparé éternellement de Dieu, de Celui qui est notre vie – c’est effectivement l’enfer.
Heureusement que seule une culpabilité indiciblement grave sépare de Dieu. Il faut cependant le reconnaître : nous ne nous retrouverons sans doute pas tout à fait purs ni sans taches devant lui, lorsqu’il nous appellera. Aussi pouvons-nous considérer comme un signe de la miséricorde divine que nous est donnée la possibilité de la purification et de l’amendement. Nous sommes alors de « pauvres âmes », parce que nous ne pouvons dès lors plus rien entreprendre nous-mêmes pour notre salut et parce que le feu de l’amour divin nous fait ressentir de la douleur à cause de nos péchés (d’où le concept de ‘purgatoire’, lieu de purification). Mais en même temps nous sommes riches, car nous appartenons en ce de la purification, à Dieu, à la communauté des saints, nous pouvons nous sentir portés par la prière que l’Eglise offre pour les défunts, nous pouvons même présenter nous-mêmes des prières d’intercession.
En résumé : le ciel – c’est Dieu que nous avons rejoint pour toujours ; l’enfer – c’est Dieu que nous avons perdu pour toujours ; le purgatoire – c’est Dieu que nous attendons douloureusement, tandis qu’il nous purifie et nous sanctifie.
A la fin, Dieu suscitera un ciel nouveau et une terre nouvelle, la Bible parle d’un repas de noce céleste, ou de la sainte ville de Jérusalem, dans laquelle Dieu habitera parmi les hommes. La création tout entière sera renouvelée de fond en comble. Notre avenir est d’une beauté inimaginable. » (Nous citons de Winfried Henze, Glauben ist schön. Ein katholischer Familien-Katechismus. Harsum: Köhler, 2001. pp. 178-80.)
Question 124 : Dieu peut-il avoir du regret ? (TR)
Réponse : Celui qui pose cette question pense sans doute à des textes de l’Ancien Testament, comme par exemple Genèse 6,5-6 : « Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son coeur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. Le Seigneur regretta d'avoir fait l'homme, et de l'avoir mis sur la terre ; il s'en affligea. » Cette expression de regret de la part de Dieu exprime de façon anthropomorphique les exigences de sa sainteté, qui ne peut supporter aucun péché.
1 Samuel 15,29 dit cependant : « La Splendeur d’Israël ne se dément pas et ne se repent pas, car il n’est pas un homme et n’a pas à se repentir. » Nous voilà prévenus : pas de compréhension trop littérale ! Le « regret » de Dieu signifie beaucoup plus souvent l’atténuation de sa colère et le retrait de sa menace, cf. Jérémie 26,3 : « Peut-être écouteront-ils, et se détourneront-ils chacun de sa route mauvaise ? Alors je renoncerai au malheur que je prépare contre eux pour châtier le mal qu'ils font. »
Question 125 : Pourquoi Jésus Christ reviendra-t-il ? (TR)
Réponse : « La Bible nous dit que nous devons faire effort pour notre salut avec « crainte et tremblement » (Philippiens 2,12). Mais lorsque le chrétien pense au jugement dernier c’est l’espérance qui prédomine. La raison en est : les chrétiens voient tout à partir du Christ et en vue du Christ. Déjà dans l’Ancien Testament, il était question du « jour du Seigneur », lorsque Dieu punira toute la méchanceté de son peuple, mais en même temps, il sauvera et rétablira son peuple. Ce que cela signifie s’éclaire tout à fait dans le Nouveau Testament. Les chrétiens attendent le jour de Jésus Christ, son retour dans la gloire. Alors, devant l’univers entier, se manifestera que Jésus Christ est le fondement original et le centre de l’histoire, que tout sera mesuré par rapport à lui et à sa vérité.
Il est le juge des vivants et des morts établi par Dieu. La Bible annonce cet événement avec des images grandioses. Elles signifient toutes ceci : à la fin, le Christ triomphera et avec lui, la vérité et la justice. Alors il sera fait droit aussi aux petits, aux humiliés, aux oubliés, aux victimes de la terreur et des catastrophes, tout mal et toute violence injuste disparaîtra. Aussi le message du jugement dernier est-il de part en part une bonne nouvelle.
« … jusqu’à ce que tu reviennes dans la gloire ! » : les chrétiens devraient penser bien plus souvent, et s’exprimer, à propos de cette phrase de la prière eucharistique de l’Eglise. Les chrétiens de l’Eglise primitive étaient enthousiastes à cause de leur espérance du retour du Christ, ils attendaient même son retour dans un avenir tout proche. Ce n’est que peu à peu que l’on a compris que la fin de l’histoire pourrait se situer dans un lointain avenir. Mais pour les chrétiens, il ne s’agissait pas d’une question de date. Il n’y eut pas de crise lorsque l’attente immédiate ne se réalisa pas. La venue de Jésus est encore toujours imminente. Etre chrétien, c’est vivre dans l’attente.
Plus d’une fois, il y a des gens qui veulent savoir très précisément quand cela se passera – alors même que la Bible dit que personne ne connaît le jour ni l’heure (Marc 13,32). Ils se réfèrent aux guerres et aux catastrophes que Jésus a prédites en signes avant-coureurs de la fin. Mais il ne s’agit pas là d’indication de dates. Jésus a bien plutôt changé la signification de toutes les frayeurs de ce monde en faisant ces annonces : pour les chrétiens, ce sont les signes du salut qui vient ! De même, l’ « antichrist », dont l’apparition précédera la fin (2 Thessaloniciens 2,4), n’est pas une personne déterminée de l’histoire. Le monde est rempli de tels ennemis de Dieu, mais leur puissance ne doit pas faire peur aux chrétiens, car, à la fin, Jésus sera vainqueur.
Aussi les chrétiens attendent de Jésus l’accomplissement de l’histoire. C’est une nouvelle réjouissante – et, en même temps, une chose qui a une grande valeur d’actualité : ce n’est pas nous qui réalisons l’accomplissement du monde, mais c’est le Seigneur qui le fera. Celui qui comprend cela ne suivra plus aucun prometteur de paradis terrestre. Les véritables chrétiens croyants ne se laissent pas tromper par les hauts et les bas de l’histoire du monde. Ils ont pour mission de se battre pour la justice, de faire le bien autant qu’ils peuvent, mais ils ne doivent pas attendre d’eux mêmes l’accomplissement. Espérer le vainqueur et juge Jésus Christ empêche les chrétiens de se laisser tromper par de méchantes utopies qui – l’histoire le prouve – ne se terminent que trop facilement dans le sang et les larmes. Ainsi, le message de la venue du Christ en gloire protège à la fois d’un espoir trompeur de paradis terrestre et d’une résignation statique sans espérance. » (Repris avec des changements mineurs de W. Henze, Glauben ist schön. Ein katholischer Familien-Katechismus. Harsum: Köhler, 2001, pp. 176-177).
Question 126 : Que pensez-vous de l’offense d’un prophète par des caricatures ? (TR)
Réponse : Nous pouvons citer ici le communiqué de presse du 3 février 2006, auquel je me joins, par le président de la conférence épiscopale allemande, le cardinal Karl Lehmann, à propos du conflit concernant les caricatures de Mahomet.
« Parmi les fondements de la vie sociale, il y a le respect de la confession religieuse d’autrui. Cela vaut pour toutes les religions. Des satires ou des caricatures, qui font partie de la liberté d’opinion dans la culture démocratique commune, deviennent problématiques, dès le moment où elles touchent aux contenus centraux d’une confession religieuse. Ceux-ci ont été atteints douloureusement, selon l’opinion de nombreux musulmans, dans le cas des caricatures qui furent publiées tout d’abord au Danemark : on ne peut que regretter ce manque de délicatesse. Il ne faut cependant pas moins désapprouver fermement le recours à la violence et aux appels rhétoriques à la guerre et aux menaces de boycot. L’incident montre combien nous avons encore beaucoup à apprendre dans nos relations réciproques. »
Question 127 : Est-ce qu’il est permis, en Europe, d’offenser également Jésus Christ par des caricatures ? (TR)
Réponse : Du point de vue du droit, oui. Autre chose est le jugement moral d’une telle offense. Jésus Christ est offensé régulièrement par des caricatures en Europe. L’expérience générale de l’histoire nous montre qu’une protection pénale particulière visant à protéger la religion a toujours conduit à des abus, et, par ailleurs, qu’elle ne s’accorde pas avec la liberté d’opinion et la liberté de la recherche scientifique.
Je marque mon accord avec les réflexions du professeur Muhammad Kalisch de l’université de Münster : « Une protection en droit pénal de la religion et des sentiments religieux n’a pas de sens et il faut la refuser, par le fait même que l’objet factuel ne se laisse jamais définir avec précision et se situe ainsi automatiquement à la limite de l’arbitraire. Or l’arbitraire est, pour un juriste du droit public le jugement de valeur le plus négatif qui soit.
Cette impossibilité de définir l’objet factuel découle du fait que chaque être humain a une perception différente lorsqu’il se sent offensé dans sa sensibilité religieuse. S’ajoute encore aux conceptions religieuses et philosophiques le problème que, ce qui pour l’un est un non sens total peut être pour l’autre une vérité inébranlable…
Celui qui considère que le pape et un criminel ou que Mahomet est un meurtrier doit également pouvoir l’exprimer. Celui qui veut une société qui reconnaît la liberté d’opinion et de recherche scientifique doit tolérer qu’il y a des gens qui ne partagent pas sa vision de la vie et qui considèrent certaines choses comme dénuées de sens, alors que lui-même les considère comme vraies. Celui qui, en cette matière, est sincère, s’efforcera dans la mesure du possible de ne pas blesser les sentiments d’autrui. On ne le pourra jamais tout à fait, quand on considère des choses comme fausses et insensées que d’autres tiennent pour sacrées.
Bien sûr, dans le contexte de ces critiques sur des problèmes de contenus, on peut faire comprendre à l’autre que, malgré cette critique, on prend la personne au sérieux dans sa dignité et on s’efforce de choisir une manière de critiquer qui soit le moins blessante possible… Il faut malgré tout maintenir que les conflits qui se produisent alors ne peuvent absolument pas être résolus par le droit pénal. Entre le pôle de la liberté d’opinion et de recherche scientifique d’une part, et celui de la religion d’autre part, il faut qu’existe la liberté absolue de l’opinion et de la recherche scientifique, même si cela peut blesser des sentiments religieux. Toute tentative de mettre en ce domaine des limites est incompatible avec l’essence de ces libertés fondamentales et l’expérience de l’histoire montre qu’il ne peut rien en sortir de bon.
Il y a cependant des limites. Ces limites ne concernent pas la confession religieuse des personnes, mais leur dignité. Si les adhérents de quelque confession religieuse que ce soit, juifs, chrétiens, musulmans, hindous, bahaï ou autres, sont représentés, sous forme de caricatures ou par d’autres médias, de telle façon qu’ils n’apparaissent que comme une pure masse à laquelle on attribue, indistinctement, sans aucune différence individuelle, des attributs qui sont indiscutablement taxés de négatifs, comme le mensonge, la fausseté, la tromperie ou la violence meurtrière, alors il ne fait pas de doute que la dignité de la personne est blessée et que l’on a affaire à une représentation provocatrice…
Il est absolument intolérable qu’un être humain, uniquement parce qu’il appartient à une religion particulière, soit automatiquement soupçonné pour tout et qualifié des attributs des criminels. Dans ce cas, il faut exiger une action énergique de l’état. » (CIBEDO (Frankfurt a.Main), 1/2006 , pp. 22-23)!
Question 128 : Jésus a-t-il su à l’avance que Judas le trahirait ? Si oui, pourquoi ne s’est-il pas défendu ? (TR)
Réponse : D’après le témoignage des quatre Evangiles, Jésus a dit, lors de la dernière Cène, que l’un de ceux qui font partie du cercle des disciples le trahirait et le livrerait. Selon l’évangile de Matthieu, Jésus donne au moins une indication indirecte à propos de Judas. En arrière-fond de cette annonce de trahison, il y a le verset du psaume : « Même le confident sur qui je faisais fond et qui mangeait mon pain se hausse à mes dépens » (Psaume 41,10). La puissance du mal est active, même dans le cercle des disciples de Jésus.
Pourquoi Jésus ne s’est-il pas défendu ? Pourquoi ne s’est-il pas défilé ? Il a certainement vu toujours plus clairement qu’il ne pourrait pas éviter une mort violente, s’il voulait rester fidèle à son message de l’amour inconditionnel de Dieu pour chaque homme. Il subira le sort du Serviteur de Yahvé (voir Isaïe 53). Ce dernier, quoique innocent, sera rejeté et mis à mort. Sans utiliser lui-même la violence et sans s’aigrir, il accepte sa mort en se confiant à Dieu. C’est précisément ainsi qu’il interrompt le cercle vicieux de la violence et qu’il contribue à la réconciliation d’un monde plein de violences. Dans l’obéissance à Dieu, Jésus suit le chemin du Serviteur de Yahvé. Il donne sa vie « pour vous et pour tous ». Il dit cela tout particulièrement à la dernière Cène, et ce don qu’il fait est célébré par la communauté chrétienne lors de chaque célébration eucharistique. Jésus y invite les croyants à se consacrer à servir et il en communique la force dans le don de son Esprit Saint.
Question 129 : Que doit-on penser à propos d’une reconnaissance de l’Eglise des soit disant mariage homosexuels, comme cela existe et se pratique dans quelques Eglises protestantes ? (TR)
Réponse : Pour expliquer la position catholique à propos de la question des relations homosexuelles, nous donnons ici les déclarations principales du catéchisme catholique pour adultes (Second volume : Leben aus dem Glauben [Freiburg: Herder, 1995], pp. 385-87)
« Il ne faut pas confondre la régulation juridique des relations homosexuelles avec l’appréciation morale d’actes homosexuels. L’homosexualité est un phénomène à multiples niveaux. On voit bien à quel point, dans la psychologie et la médecine contemporaine, les recherches et la description de l’homosexualité est un sujet très disputé, comme le montrent les tentatives de distinguer les diverses formes du phénomène de l’homosexualité et de la décrire à partir de ses causes et de son évolution ou de degré de son influence… Les diverses opinions à propos des formes et du développement de l’homosexualité manifestent qu’il faut distinguer entre l’orientation à l’homosexualité et les actes homosexuels. Les personnes homosexuelles elles-mêmes reconnaissent l’orientation homosexuelle comme un processus évoluant en diverses phases distinctes jusqu’à devenir une attirance durable pour des personnes du même sexe. Les personnes à orientation homosexuelle n’ont pas choisi elles-mêmes cette disposition. (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique 2358). Dans la recherche scientifique consacrée au phénomène de l’homosexualité, on pense de plus que la personne à orientation ou à disposition homosexuelle est incapable d’inverser cette orientation. D’autre part, un certain nombre de scientifiques reconnus font remarquer que certaines thérapies, dans des contextes favorables, peuvent induire, à la longue, du changement dans l’orientation homosexuelle.
Quoi que l’on puisse dire, du point de vue scientifique, de l’orientation ou de la disposition homosexuelle, il est cependant clair, du point de vue de l’éthique, que la personne homosexuelle n’est pas moins responsable de ses actions homosexuelles que la personne hétérosexuelle pour ses actions hétérosexuelles. Cela n’est pas seulement significatif dans les réflexions de morale fondamentale, mais également par rapport à la mise en danger de la santé par la transmission d’une anémie du système immunitaire – les virus, une éventualité toujours présente lors d’activités aussi bien homosexuelles qu’hétérosexuelles.
En comparaison de l’hétérosexualité, l’homosexualité implique des préjudices. Déjà l’anatomie de la sexualité humaine fait référence à une double sexualité. Les actions homosexuelles excluent par principe toute polarité sexuelle complète, tout comme aussi la génération d’une descendance. La relation homosexuelle implique ainsi la stérilité. De ce point de vue, la personne homosexuelle éprouve sa disposition comme autre, même si elle assume peu à peu sa réalité.
Du point de vue de l’ordre de la création et de la mission créatrice de Dieu à l’homme et à la femme, on ne peut pas considérer l’homosexualité comme une orientation sexuelle équivalente à l’hétérosexualité. D’après la façon de comprendre de la Bible, l’espace original du rapport sexuel complet est le mariage entre l’homme et la femme, et le noyau vital de la société humaine est le mariage.
A l’époque de la Bible, l’homosexualité fut sévèrement condamnée. On voyait clairement, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, que les rapports homosexuels ne pouvaient pas correspondre au sens original de la sexualité humaine. En Israël, les personnes qui avaient des rapports homosexuels – quels qu’en soient les motifs – étaient même bannies du peuple (cf. Lévitique 18,22 ; 20,13). Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul comprend les rapports homosexuels comme des rapports contre nature (cf. Romains 1,15-27 ; 1 Timothée 1,10), qu’il condamne au même titre que les autres comportements sexuels déviants.
Une connaissance insuffisante des causes de l’homosexualité a conduit, dans le passé, à des persécutions et des condamnations de personnes homosexuelles. Aujourd’hui, sur base des connaissances que nous avons sur l’origine de l’orientation homosexuelle, il faut rejeter toute diffamation de personnes à orientation homosexuelle. D’un point de vue éthique, il est important, pour des personnes à orientation homosexuelle, qu’elles s’efforcent de ne pas se laisser dominer par leur sexualité, mais de la subordonner consciemment à des valeurs et des objectifs humains. Il faut surtout veiller à leur dignité personnelle et elles ne peuvent se servir de cette orientation pour satisfaire leurs instincts. Elles doivent éviter de scandaliser ou de séduire autrui. « Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition. » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 2358).
Dans la vie sociale, c’est de la responsabilité de chacun de faire montre de compréhension vis à vis de personnes à orientation homosexuelle. La diffamation et les humiliations les poussent dans une situation insupportable et augmentent leur difficultés de communication. Les chrétiens sont appelés à offrir une aide pastorale aux personnes homosexuelles. Une reconnaissance ecclésiale institutionnelle n’est pas à la portée de partenaires homosexuels. »
Question 130 : Est-ce que l’abrogation de la loi de Moïse, par ex. l’obligation de la circoncision ou l’interdit de consommer de la viande de porc, ne signifie-t-elle pas un refus de la volonté de Dieu ? (TR)
Réponse : Au centre de la prédication de Jésus se trouvait le message de l’inauguration du Règne de Dieu (Marc 1,15). Il relativisait par là la conception juive ancienne de la loi. Jésus, pourtant, ne déclarait pas que la loi mosaïque perdait sa validité et était dépassée. Mais il se montrait critique et il exprimait avec une extrême autorité la volonté originelle de Dieu formulée dans la loi. (Matthieu 5 ss : « Mais moi je vous dis… »).
Parmi ces affirmations critiques vis à vis de la loi et du culte, on compte par exemple les déclarations de Jésus concernant le divorce, la vengeance et l’amour des ennemis (Matthieu 5,31 ss. 38. 43 ss., et parall. en Luc), la pureté rituelle (Marc 7,15), l’observation du sabbat (Marc 2,27 ss), la concentration de la loi sur le double commandement d’amour de Dieu et du prochain, et le caractère limité du culte du temple de Jérusalem (Marc 14,58). Plusieurs de ces déclarations sont liées à certains comportements de Jésus, par exemple sa préoccupation d’accueil inconditionnel des pécheurs (particulièrement lors des repas : Marc 2,15-17 ; Luc 15) et des malades (guérisons le jour du sabbat : Marc 3,1-6 ; Luc 13, 10-17 ; guérisons de lépreux : Marc 1,40 ; Luc 17,12), ainsi qu’à l’occasion de l’action symbolique prophétique de la purification du Temple (Marc 11,11-17).
L’exécution de Jésus par les couches dirigeantes juives de l’époque montre que la critique que faisait Jésus de la loi et du culte dépassait la limite du permis et du supportable dans la conception de certains cercles du judaïsme ancien.
Parmi les communautés chrétiennes primitives, une partie d’entre elles continuait à se laisser guider sans problème par la loi et participait au culte du temple (Actes 2,46 ; 3,1 ; 21,20). Une autre partie, les « hellénistes », se montrèrent radicalement critiques par rapport à la loi à cause du comportement de Jésus, de son exécution et de la foi en sa résurrection. Leur leader, Etienne, fut lapidé à cause de sa critique de la loi et du temple (Actes 6 ss). Ses disciples furent persécutés et ils s’enfuirent de Jérusalem. Saul/Paul faisait partie des persécuteurs. Le fait qu’il était un pharisien fervent défenseur de la loi et que, pour cette raison, il persécutait les chrétiens juifs (Galates 1,13 s ; Philippiens 3,5 s) illustre également leur attitude critique vis à vis de la loi. C’est d’eux aussi que partit, on le comprend, la première initiative pour accueillir des païens dans la communauté des croyants, sans exiger d’eux la circoncision et l’observation de la loi (Actes 11,20 ; Actes 15 ; Galates 2,22-24).
Après que Paul fut lui-même devenu chrétien, il poursuivit, plus que tous les missionnaires de l’Eglise primitive, à se préoccuper de la problématique de la loi et il lui donna une place importante dans ses témoignages écrits… La reconnaissance dans la foi que Dieu a ressuscité des morts Jésus condamné par la loi et l’a fait Seigneur, conduit à la conviction que tous les hommes accèdent à la communion avec Dieu, non par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus Christ, communiquée gracieusement par Dieu (Galates 2,06 ; 3,10-14 ; Romains 1,17 ; 3,20.24 s). La loi ne cesse pas de ce fait d’être une fondation divine, mais en tant que chemin de salut, elle est arrivée à son accomplissement par le Christ (Romains 10,4). Cependant, les indications morales restent valables aussi pour la réalisation de la vie à partir de la foi au Christ, particulièrement le commandement de l’amour (Galates 5,14 ; 6,2 ; Romains 13,8). Elles ne valent cependant que si l’on tient continuellement compte d’une existence sauvée rendue possible par Dieu en Christ et offerte dans l’Esprit Saint.
En bref : Jésus n’a pas annihilé la loi mosaïque. Mais sa proclamation du règne de Dieu en a changé fondamentalement la valeur et celle des commentaires juifs anciens de la loi. Dans la chrétienté, on a tiré diverses conséquences du comportement de Jésus, de son exécution et de sa résurrection. Particulièrement significative et lourde de conséquences est la vision de l’apôtre Paul que le chemin décisif du salut ne se trouve pas dans la loi, mais en Jésus Christ, dont l’Esprit Saint est particulièrement vivant dans son Eglise.
A partir de ce qui vient d’être dit, on trouve une réponse claire à la question posée : la relativisation par Jésus de certaines prescriptions de la loi, sa concentration de toute la loi sur le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, jusqu’à l’amour de l’ennemi, et l’attitude consécutive de l’Eglise par rapport aux prescriptions détaillées de la loi mosaïque, ne signifie pas un refus de la volonté du Dieu des prophètes, mais son accomplissement le plus profond. (Cette réponse reprend – à part quelques coupures, la contribution ‘Getz’ (christlich) de A. Weiser dans Adel Th. Khoury (ed.) Lexikon religiöser Grundbegriffe [Graz Wien, Köln, 1987] Sp. 353-355).
Question 131 : Où se trouve l’évangile original qui fut donné à Jésus ? (TR)
Réponse : Lisez plus haut, dans le livre qui constitue le début de cette page d’accueil, le chapitre 1 : « L’Ecriture Sainte et la Parole de Dieu ». Lire aussi les questions-réponses 60 et 93, respectivement à la page 7 et à la page 10 de cette page d’accueil. Il apparaît donc ceci : Selon la foi et la doctrine chrétiennes, à aucun moment il n’a été donné à Jésus un livre, l’Indschïl, à savoir l’évangile « envoyé d’en haut ». Il s’agit ici d’une idée qui s’inspire de la représentation du Coran en tant que livre qui a été « envoyé d’en haut » à Mahomet par Dieu. Bien plus, selon la foi et la doctrine chrétiennes, Jésus est lui-même – sa vie ainsi que sa doctrine – au sens premier et original la « Bonne Nouvelle » (en grec : euangélion, Fr. évangile). Les quatre évangiles du Nouveau Testament portent le titre d’évangile, parce qu’ils annoncent de façon authentique et transmettent par la parole la Bonne Nouvelle dont le contenu est la vie et la doctrine de Jésus.
Question 132 : Dieu, qui dans l’Ancien Testament demande de tuer, est-il subitement devenu miséricordieux, puisque, par Jésus, il demande d’aimer ses ennemis ? (TR)
Réponse : L’histoire de la Bible fait voir une évolution, également en ce qui concerne la question de la légitimité de tuer le prochain, ainsi que l’évaluation religieuse et morale de la guerre et de la violence militaire ; cette évolution, durant laquelle Dieu fait prendre conscience à son peuple les contours de sa volonté, culmine dans la vie et la doctrine de Jésus Christ. Nous présentons cette évolution en deux parties.
1. L’interdiction d’assassiner et de tuer dans le cinquième commandement et dans le commandement d’amour de Jésus
La doctrine vétérotestamentaire sur la valeur et la dignité de la vie humaine est formulée de façon concise dans le cinquième commandement du Décalogue : « Tu ne commettras pas de meurtre » (Exode 20,13 ; Deutéronome 5,17).
La raison pour laquelle la Bible parle de « commettre le meurtre » au lieu de « tuer » est que le mot correspondant en hébreux ne signifie pas « tuer » au sens au sens absolu de tuer, mais signifie tuer à l’encontre du droit. Il signifie en premier lieu le meurtre, mais n’exclut pas l’homicide par imprudence.
Dans le cinquième commandement, transparaît la conviction, en Israël, que la vie est une chose précieuse et sacrée. Cela vaut particulièrement pour la vie humaine, car l’homme est à l’image de Dieu. C’est en cela que se trouvent sa valeur et sa dignité. Les autres ne peuvent pas disposer à leur gré de cette vie. Celui qui pèche contre la vie humaine sera sévèrement puni. Celui qui verse le sang humain, verra son sang versé par les hommes. Car : « Dieu a créé l’homme à sa ressemblance » (Genèse 9,6).
Mettre fin intentionnellement à la vie d’un autre homme est considéré comme un péché qui « crie vers le ciel » (Genèse 4,10). Ce péché était puni de la peine de mort, et le meurtrier ne pouvait d’aucune façon racheter cette peine (voir Nombres 35,25). C’est précisément dans cette lourde sanction de la communauté que se manifeste le respect pour le Dieu de la vie…
Le sens positif du cinquième commandement est la reconnaissance de l’homme pour son semblable, qui se fonde dans la reconnaissance de l’homme pour Dieu et la reconnaissance de Dieu pour l’homme.
D’après l’Ancien Testament, le « oui pour Yahvé » n’est un oui définitif qu’à partir du moment où il se tourne avec Dieu vers le monde et vers les hommes. Le oui pour Dieu et le oui pour les hommes forment ensemble le fondement de ce que la Bible appelle amour. Voilà pourquoi le Deutéronome formule, immédiatement après l’annonce du décalogue (Deutéronome 5), l’exigence fondamentale du « oui pour Yahvé » par ces mots : « Ecoute Israël ! Yahvé, notre Dieu, Yahvé est l’Unique. Aussi dois-tu aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces » (6,4 s).
Dans le commandement d’amour de Dieu, l’amour du prochain est également impliqué… En voici la formulation précise : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18). Cela vaut aussi vis-à-vis des étrangers (cf. Lévitique 19,33s). Cette révélation de la volonté de Dieu est résumée ainsi chez le prophète Michée : « Homme, le Seigneur t'a fait savoir ce qui est bien, ce qu'il réclame de toi : rien d'autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. » Michée 6,8 …
Ce qui, dans les commandements vétérotestamentaires de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain (Deutéronome 6,4 s ; Lévitique 19,18), est proclamé comme révélation de la volonté de Dieu et que les prophètes appliquent à l’agir social concret, est confirmé et dépassé de manière impressionnante en Jésus et en son message. Lui, qui est la « justice de Dieu » et qui apporte le message de la justice de Dieu comme miséricorde aimante, exige, en reprenant la parole du prophète Osée (6,6) : « C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices » (Matthieu 9,13 ; 12,7) … Jésus élargit le cadre général de l’interdiction de l’homicide. La matière du meurtre ne se réalise pas d’abord dans le meurtre physique, mais déjà dans la colère et la méchante parole : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. » (Matthieu 5,21-22a) … Le commandement de ne pas tuer, de ne pas se mettre en colère, de ne pas haïr, trouve son fondement dernier dans le commandement d’amour comme commandement principal, duquel dépendent toutes les autres lois (cf. Matthieu 22,37-40). Jésus étend ce commandement de l’amour à tous les hommes, également aux ennemis (Matthieu 5,44). Il ne demande pas seulement une attitude intérieure de bienveillance, mais également que l’on fasse très concrètement du bien. L’amour du prochain s’exprime chez Jésus lui-même dans son accueil tout particulier pour les pauvres, les faibles, les défavorisés et les malades. Après le discours du jugement dernier de Jésus (Matthieu 25), la décision finale sur le salut ou la damnation dépendra de ce que nous avons traduit cet amour dans les faits, dans les « œuvres de miséricorde », dont Jésus dit que toute miséricorde exercée à l’égard de l’homme l’a été envers lui-même.
« chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait… Chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. » (Matthieu 25,40.45).
Le commandement « Tu ne tueras pas », reconnu par tous les hommes, se transforme, sous l’influence de l’annonce chrétienne et avec l’intérêt moderne pour l’homme, en la tendance : « Prends soin de la vie ». Cette orientation positive préoccupe l’humanité de notre monde contemporain transformé avec une urgence que l’on avait pas pu percevoir dans les époques précédentes. Les moyens scientifiques, techniques, économiques et politiques ont fait apparaître plus clairement qu’auparavant la grandeur, mais aussi les limites et les risques de la vie humaine et de son environnement.
La responsabilité de l’homme s’étend à sa propre vie dans toutes ses dimensions, à la vie d’autrui du début à la fin, à la convivialité paisible dans la société, dans les nations et les peuples, ainsi qu’à la conservation de la création. Ainsi, le cinquième commandement est à la fois un commandement individuel et social. (abrégé et légèrement modifié de : Leben aus dem Glauben, Kaléidoscope Erwachsenen Katechismus, Vol. 2, pp. 270-75).
2. La guerre dans la Bible et le commandement d’amour de Jésus
Même si, dans les études contemporaines de l’Ancien Testament on n’admet plus que parcimonieusement que l’ancien Israël a été familier des guerres saintes au sens où de telles guerres furent conduites par les alliances urbaines en faveur du temple de Delphes, il est évident que le Dieu de l’Alliance d’Israël a également été présenté comme un Dieu de la guerre : comme le « Seigneur des armées, le Dieu des bataillons d’Israël » (1 Samuel 17,45). L’histoire de l’ancien Israël est largement interprétée comme une histoire remplie de prétentions guerrières avec l’assistance de Yahvé ; les intérêts de Yahvé et d’Israël se recouvrent largement, les guerres d’Israël sont les guerres de Yahvé.
La destruction de l’ennemi a valeur d’action propre de Yahvé (Exode 15,21). Mais à partir de la consolidation de grand royaume davidique, l’ancienne identification de la volonté de Dieu à la prétention guerrière et à la volonté de puissance du peuple est de plus en plus problématique. Israël est toujours davantage entraîné dans les conflits de guerre et de pouvoir de ses voisins et, en fin de compte, il en devient la victime avec l’exil à Babylone. Les prophètes surtout encouragent à se tenir en paix et sans crainte alors que les guerres font rage (Isaïe 7,4.9 ; 30,15) : ils proclament que Yahvé lui-même détruit les armes d’Israël (Osée 1,5) et qu’il va faire advenir un temps de paix définitive, quand les épées seront transformées en socs de charrues (Isaïe 2,4 ; Michée 4,3). Il existe, de plus, des attentes d’une action guerrière finale de Yahvé, qui mettra un terme au pouvoir temporel (Ezéchiel 30). Ensuite, à l’époque des Maccabées, la mentalité militariste fut à nouveau assez prédominante. Par ailleurs, dans le judaïsme rabbinique, on accentue de plus en plus le primat de la paix, car la paix correspond à la volonté et au nom de Dieu. Toutefois, à notre époque, après la fondation de l’Etat d’Israël, cela n’a conduit que fort rarement à un pacifisme conciliant…
Le christianisme primitif connaissait un monde plein de graves conflits et bouleversements politiques. Les conflits avec la puissance d’occupation romaine poussaient aux soulèvements et aux guerres de libération, mais Jésus a, dès le début, pris ses distances par rapport à toute représentation de messianisme politique (Matthieu 4,10 ; 26,52 ; Marc 10,42 s ; Jean 18,36). La prédication de la communauté chrétienne primitive a renoncé au messianisme politique en rapportant le titre de Fils de l’homme à l’image et à la figure du Serviteur de Dieu souffrant. Certes, à côté des invitations de Jésus à l’amour des ennemis et à la non violence, comme c’est rapporté dans le discours sur la montagne (Matthieu 5,38 ss), on trouve aussi l’exigence d’une reconnaissance de principe des pouvoirs politiques (Romain 13,1 ss) ; cette tension marque jusque de nos jours le rapport du christianisme à la guerre et à la paix…
A l’époque la plus récente, les Eglises, confrontées à la production et au stationnement d’armes de destruction massive toujours plus modernes et efficaces, se sont prononcées contre leur légitimation morale. Même si on ne peut pas dire que les traditions de la guerre juste sont désormais remplacées par l’idéal de la paix juste, le processus conciliaire en faveur de « la justice, de la paix et de la protection de la création » va clairement dans ce sens. (Dans: Wolfgang Lienemann, art. Krieg in: Evangelisches Kirchenlexikon [Göttingen, 1989], Tome 2, col. 1477-1481)
Question 133 : Les chrétiens n’ont-ils pas compris Jésus ou se sont-ils même mépris sur lui, si bien qu’en 325 ils se battaient encore toujours à propos de sa nature ? (TR)
Réponse : L’année 325, dont il est question ici, se rapporte au premier concile œcuménique (mondial), le Concile de Nicée, qui condamna la doctrine d’Arius. La profession de foi (le Credo) de ce concile, le Credo de Nicée, proclame solennellement que Jésus Christ est de même nature (gr. homoousios) que le Père.
Beaucoup de contemporains se plaisent à dire qu’ils abordent les problèmes « sans dogmatisme » et de manière « pragmatique ». Le mot ‘dogme’ a pour eux une résonance plutôt négative, car elle induit une image d’immobilisme, d’étroitesse, de contrainte et éveille le souvenir de l’inquisition, des guerres de religion, de l’obligation en conscience, etc. La liberté de pensée, d’expression, de recherche, de conscience et de religion est considérée aujourd’hui à bon droit comme des valeurs éminentes, également dans l’Eglise. Certains pensent même que notre époque est celle d’un christianisme non dogmatique et d’orientation pragmatique.
Comment se fait-il qu’il y a eu et qu’il y aura toujours des discussions à l’intérieur de l’Eglise à propos d’une juste compréhension de la foi et de ses affirmations ? Jésus lui-même dit, dans l’évangile de Matthieu : « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. » (Matthieu 10,32-33). Une telle proclamation est confiée à chaque chrétien. A cause de l’univocité de la confession de foi, il faut l’unité de la confession. Comme il y eut dès le début de nombreuses divisions dans l’Eglise (cf. Actes 6,1 ; 1 Corinthiens 1,11-13 p.ex.), on trouve dans de nombreux passages du Nouveau Testament des encouragements à l’unité : « Frères, je vous exhorte … à être tous vraiment d'accord ; qu'il n'y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments. » (1 Corinthiens 1,10).
Que ce soit en matière d’annonce, de formes de célébrations, de théologies et d’organisations ecclésiales, la diversité est légitime et même souhaitable. Il ne s’agit pas de l’application d’une uniformisation banale. Mais il faut distinguer une diversité légitime et une pluralité contradictoire de formulations de la foi et de doctrines morales concernant des domaines cruciaux de la vie. Un pluralisme en croissance anarchique viderait de son sens toute interrogation et recherche d’unité.
Si la vérité chrétienne n’avait pas un sens non équivoque, c’en serait fait de la religion commune et de la crédibilité de la foi dans le monde. L’Eglise est reconnaissante pour le bienfait que Dieu lui accorde en la conduisant toujours plus profondément dans la vérité par l’Esprit Saint au cœur des obscurités déroutantes et destructrices et en le faisant de manière humaine par l’intermédiaire des hommes, à savoir par la réflexion et les échanges et les discussions parfois tendues entre les théologiens et les bergers de l’Eglise, à qui a été confiée la mission du service de l’unité de l’Eglise.
Un dogme, comme par exemple la Profession de foi du Concile de Nicée à propos de Jésus Christ, n’est pas une ajoute à l’évangile original, ni même une nouvelle révélation, mais une explication officielle, obligatoire pour toute l’Eglise, de l’unique révélation donnée une fois pour toutes, le plus souvent pour en marquer les limites à l’encontre d’interprétations erronées, tronquées et trompeuses. Deux choses sont essentielles au dogme : il doit se rapporter à la vérité révélée commune et originale, et il doit être proposé officiellement de façon définitive, obligatoire pour tous. Quand l’Eglise procède ainsi, elle se confie à la présence de Jésus et à l’aide de l’Esprit Saint qui lui a été promis et qui la conduit à la vérité tout entière (cf. Jean 16,3).
La foi est à la fois un projet de vie qui englobe tout et une attitude existentielle de toute la vie. Cette totalité n’est pas une seule phrase ou la somme de plusieurs phrases, mais une mise de fond de confiance et d’édification sur Dieu, tel qu’il s’est révélé à nous en Jésus Christ. Aussi ne croit-on pas à des dogmes de la même façon que l’on croit en Dieu, à Jésus Christ, à l’Esprit Saint. On croit en un dogme en tant qu’il est une forme concrète de médiation de cette foi au contenu unique. Ce ne sont pas les dogmes qui fondent la vérité de la foi, c’est la vérité de la foi qui est le fondement des dogmes. Ils ne sont pas vrais parce qu’ils ont été proclamés, c’est bien plus parce qu’ils correspondent à la vérité qu’ils ont été proclamés. Nous en avons besoin pour être à même de confesser tous ensemble et sans équivoque l’unique vérité de la foi. Ils font référence au-delà d’eux-mêmes à cette vérité que Dieu est le Père tout-puissant et le Père de Jésus Christ. C’est cette vérité-là qui importe avant tout. (Abrégé du catéchisme catholique pour adultes : Katholischer Erwachsenen Katechismus, Tome. 1, pp. 54-58).
Question 134 : La foi en l’assomption au ciel de Marie, qui dit d’elle-même « je suis la servante du Seigneur » et le titre de reine qui lui est donné ne sont-ils pas des manifestation d’un culte idolâtre ? (TR)
Réponse : Au sujet de la doctrine catholique concernant Marie, voir plus haut à la page 8 la réponse aux questions 71 et 72. Et tout particulièrement la déclaration : « Que Marie ait été emportée au ciel en corps et en âme s’explique par son union étroite incomparable avec le Christ. Ce qui nous sera donné un jour à tous à la fin des temps, la « résurrection de la chair », est déjà accompli en elle, qui est sa Mère. Voilà précisément l’enseignement qui est important pour notre temps, car le corps est tellement affreusement dévalué : par les guerres, par la drogue, par la pornographie – alors qu’il est destiné à connaître la gloire de Dieu. En Marie nous sont montrées notre propre dignité et espérance. Nous reconnaissons en elle ce que Dieu veut faire de grand en nous. Quand on a compris cela, on ne peut plus renoncer à la piété mariale. »
Le pape Pie XII a proclamé le dogme de l’assomption corporelle de Marie dans la gloire du ciel en 1950. « Nous affirmons, déclarons et définissons comme un dogme divinement révélé que : l'Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. » (Denzinger 3903, Enchiridion Symbolorum).
Dans le cas de cette vérité de foi, il ne s’agit pas d’une tradition historique concernant les circonstances de temps et de lieu de la dormition de Marie (Jérusalem ou Ephèse ?). A propos de ces détails historiques nous ne connaissons rien de fiable. Il s’agit essentiellement d’une tradition croyante. A la différence avec la résurrection et l’ascension de Jésus Christ, qui s’appuient sur le témoignage des apparitions du ressuscité, il n’y a pas de témoins de l’assomption de Marie dans la gloire du ciel. Il s’agit d’un événement provoqué par Dieu, et non d’un fait historique que l’on peut dater. Il ne s’agit pas, comme le sont la résurrection et la glorification de Jésus Christ, du fondement de notre espérance en la résurrection : l’assomption de Marie n’en est rien autre que le fruit, et, par là, une intensification de notre propre espérance.
Pour fonder cette croyance, on peut tout d’abord prendre deux points de vue. En premier lieu, on peut se référer au lien particulièrement étroit de Marie à Jésus Christ, son fils, et à sa route. La communion au Christ est communion à la croix et à la résurrection. Tous les chrétiens y sont appelés par principe. A cause de la communion unique de Marie avec Jésus Christ, ce à quoi nous sommes appelés est déjà anticipé en elle : la résurrection corporelle. Selon le second point de vue, on voit Marie comme Eve, la nouvelle mère de la vie. Elle a mis au monde l’origine de la vie et, par son oui, elle a contribué de manière toute particulière à la victoire de la vie sur la mort. Pour elle vaut déjà que « la mort est anéantie par la victoire » (1 Cor 15,54). C’est ainsi que Marie éclaire par avance « le peuple de Dieu en chemin par sa glorification comme signe de l’espérance sûre et de la consolation » (Lumen Gentium 68).
Que signifie pour nous ce dogme ? Dans une situation où les uns idolâtrent la chair tandis de d’autres la haïssent, parce qu’ils se sentent enfermés désespérément dans des structures et des systèmes, il ne servirait pas à grand chose que l’Eglise n’annonce rien d’autre que des programmes , des principes et des directives. En Marie, elle nous donne la lumineuse lumière originale de la véritable espérance chrétienne. C’est une espérance pour tout l’homme. La chair aussi est sauvée. Mais ce n’est pas une espérance qui vient d’en dessous et qui va vers le bas, mais d’en haut et vers le haut par transfiguration et glorification. Cette espérance se justifie, car Jésus Christ a été relevé d’entre les morts. Il est le commencement et le fondement durable. En Marie apparaît clairement que cette espérance porte ses fruits pour nous tous et qu’elle comprend l’accomplissement de tout l’homme. Ainsi Marie est l’image originelle de l’espérance de tous les chrétiens. (Abrégé légèrement du catéchisme catholique pour adultes : Katholischer Erwachsenen Katechismus. Das Glaubensbekenntnis der Kirche. 1985. pp. 180-82.)
Question 135 : Comment pouvez-vous désigner une chose qui contient de l’alcool de sang de Dieu ? Dieu enivre-t-il ? (TR)
Réponse : Dans la Bible, le vin est l’image de la joie de vivre et de la bénédiction ; Dieu lui-même donne le vin qui réjouit le cœur de l’homme (cf. Psaume 104,15 ; Genèse 27,28 ; Amos 9,13). Bien sûr, on désigne aussi les dangers que le vin implique (Genèse 9,21 ; Proverbes 20,1 ; 23,20 ; 31,4 ss. ; Isaïe 5,11 ; 28,7 ; Osée 4,11). Il était interdit aux prêtres durant le temps de leur service. Jean Baptiste l’évitait (Luc 1,15), tandis que Jésus buvait du vin (Matthieu 11,29) et, à Cana, il changea l’eau en vin (Jean 2,1 ss.). Le vin et la vigne deviennent des symboles messianiques (Genèse 49,11 ; Marc 14,25). Durant le dernier repas avant sa mort (appelé la dernière cène), Jésus dit, en donnant le calice à ses disciples : « Buvez-en, car ceci est la sang de l’Alliance, qui a été répandu pour beaucoup pour le pardon des péché » (Matthieu 26,27 ss.). Etant donné que le corps et le sang, selon leur signification biblique, sont les termes du sacrifice, le rapprochement du pain et du vin lors de la célébration eucharistique comme geste symbolique représente réellement et efficacement la mort sacrificielle du Christ. Ce symbolisme est encore souligné par l’expression « livré », pour la parole sur le pain, et « versé », pour la parole sur le calice. L’ensemble légitime la célébration eucharistique comme l’action religieuse symbolique sacrificielle dans laquelle le Christ s’offre en retour à son Père et se communique en même temps à ses disciples dans l’Esprit Saint. Ce repas sous les espèces du pain et du vin est en outre le sceau de la Nouvelle Alliance.
Paul conseilla à Timothée de boire un peu de vin pour raison de santé (1 Timothée 5,23), mais il mettait les évêques et les diacres en garde contre la consommation exagérée de vin (1 Timothée 3,3.8 ; Tite 1,17), et, dans d’autres passages du Nouveau Testament, on met en garde contre les dangers de la consommation outrancière de vin (Ephésiens 5,18 ; 1 Pierre 4,3 ; Tite 2,3).
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