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Question 101 : Jésus a-t-il mangé de la viande de porc ? S’il ne l’a pas fait, pourquoi ses disciples l’ont-ils fait ? (TR)
Réponse : Prière de lire Questions-réponses 68. On y explique de quelle manière Jésus a relativisé, dans sa prédication et son comportement, le caractère obligatoire des prescriptions alimentaires de la loi juive.
Dans les communautés chrétiennes les plus anciennes, il y avait des juifs baptisés (des judéo-chrétiens) et des païens baptisés (pagano chrétiens). Le problème s’est alors posé de savoir si les païens devaient se faire circoncire quand ils adoptaient la foi au Christ (à savoir, s’obliger à obéir à l’ensemble de la loi juive, comprenant aussi ses prescriptions alimentaires et ses prescriptions concernant la pureté). Le « Concile apostolique » de l’an 48 (Galates 2 ; Actes 15,1-29) rassembla des représentants des diverses communautés chrétiennes primitives ; il s’accorda sur le point suivant : il fallait proclamer la foi chrétienne aux païens sans exiger l’observation de la loi juive, qui devait cependant continuer à être observée parmi les juifs baptisés. Il faut donc partir du fait que les Apôtres, y compris Paul, qui provenaient tous du judaïsme, ont observé les prescriptions concernant la pureté et l’alimentation. Paul lui-même déclare en Galates 2,6 que lors de l’accord de Jérusalem, on ne lui a pas fait de restrictions supplémentaires pour la mission auprès des païens ; de même, en 1 Corinthiens 8-10 et en Romains 14, où il traite de questions analogues, Paul ne parle pas de telles restrictions. Il ne connaît manifestement pas le décret apostolique d’Actes 15,23-29. La tension diminue lorsque l’on reconnaît que Luc, en Actes 15, met ensemble, de façon abrégée, les réponses à deux problèmes : dans une des questions controversées, dans laquelle Pierre et Paul prennent parti, il s’agit de l’obligation de suivre la loi juive pour les païens convertis, cf. Galates 2,1-10.
En ce qui concerne l’autre question disputée, qui se situe chronologiquement plus tard et à l’occasion de laquelle Jacques joua un rôle déterminant, il s’agit de la convivialité entre judéo-chrétiens et pagano chrétiens dans la même communauté, cf. Galates 2,11-21. Sans doute pouvait-on attendre à bon droit des judéo-chrétiens qu’au nom de leur appartenance commune au Christ ils dépasseraient leur préoccupation de ne pas commettre d’impureté légale dans leurs rencontres avec les pagano chrétiens. Mais manifestement il y avait parmi les judéo-chrétiens pas mal de réticences difficiles à surmonter, cf. Actes 15,20. Il n’est pas étonnant que l’on exige alors que les pagano chrétiens tiennent compte de leurs frères chrétiens venant du judaïsme. C’est ce qui est à la base du décret apostolique (Actes 15,23-29). Luc, dans les Actes, aimait mettre en avant que les deux règles de conduite furent prises ensemble à Jérusalem avec les autorités et avec la communauté primitive ; aussi les met-il ensemble dans la chapitre 15 des Actes des Apôtres.
Question 102 : Pourquoi les Israélites, à savoir les juifs, maudits par Allah ? Est-ce que les juifs d’aujourd’hui subissent-ils aussi cette malédiction ? (TR)
Réponse : Il faut lire, dans la réponse à la question 15, le texte cité de l’explication solennelle du concile Vatican II Nostra Aetate (n°4). Le Catéchisme des Adultes édité par la Conférence épiscopale allemande (1985) donne l’explication suivante à propos de notre question : « La foi de Jésus relie les juifs et les chrétiens ; la foi en Jésus les sépare. A la différence avec le judaïsme, le chrétiens croient, en effet, que Jésus, notre frère, est en même temps le Fils de Dieu, dans la croix et la résurrection duquel Dieu a accompli les promesses faites à Israël. La croix, à laquelle les dirigeants de l’époque du peuple juif ont livré Jésus, est pour les chrétiens le signe du salut. En tant que telle, il faut l’annoncer comme le signe de l’amour universel de Dieu (cf. Nostra Aetate 4). C’est pourquoi, selon les paroles de l’Apôtre Paul, il est faux de stigmatiser les juifs comme déshérités et maudits (cf. Romains 11,1-2). Dieu continue à aimer son peuple par amour des pères. « Car la grâce et l’appel fait par Dieu est irrévocable » (Romains 11,29). Aussi faut-il condamner toute haine contre les juifs et, à plus forte raison, toute persécution des juifs, comme il y en eut si souvent et avec une extension tellement horrible au cours de l’histoire du christianisme, et il faut continuer et approfondir le dialogue avec le judaïsme repris à nouveaux frais à notre époque » (p. 63).
Question 103 : Pourquoi le christianisme s’est-il étendu en Europe, alors qu’il est né au Proche-Orient ? (TR)
Réponse : L’évangile selon Matthieu se termine avec la mission universelle du Ressuscité aux Onze : « Alors Jésus s’approcha d’eux et leur dit : ‘Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc dans toutes les nations et faites de toutes les nations mes disciples ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai ordonné. Soyez en assurés : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.’ » (Matthieu 28,18-20).
Fidèles à cette mission, les apôtres et les premières générations de chrétiens ont porté leur foi partout dans le monde. Il y eut des communautés chrétiennes et des Eglises très tôt en Asie, en Afrique et en Europe. Jusqu’à l’époque de la fulgurante ascension de la domination islamique, le centre de gravité du monde chrétien se trouvait dans l’espace méditerranéen, y compris l’Afrique du Nord, ainsi que dans le Proche et le Moyen Orient. De nombreuses communautés chrétiennes et Eglises se retrouvèrent sous la domination des musulmans à cause de l’extension du pouvoir des dynasties musulmanes et elle devinrent des dhimmi-s (religions protégées) de l’Islam.
Les majorités chrétiennes se transformèrent peu à peu en minorités chrétiennes. Le nombre de chrétiens dans les pays à majorité musulmane diminua continuellement et souvent de façon dramatique. Après plusieurs siècles, le centre de gravité du christianisme se déplaça vers l’Europe occidentale et orientale, d’où elle s’étendit, depuis le 15ème siècle, dans d’autres parties du monde.
Aujourd’hui, le christianisme est présent dans les six continents, donc dans le monde entier. La majorité des chrétiens vit dans l’hémisphère sud, en Amérique Latine, en Afrique et en Océanie. Tandis que le christianisme européen occidental est en continuelle diminution, le nombre des chrétiens de l’hémisphère sud ne fait qu’augmenter. Ainsi, le visage du christianisme se transforme continuellement et de façon décisive au niveau mondial.
Question 104 : Dieu peut-il faire des erreurs, quels attributs de Dieu permettent-ils de dire que Dieu peut faire des erreurs et qu’il peut avoir des trous de mémoire ? (DE)
Réponse : Dieu est tout puissant et parfait. Aussi est-il impensable et absurde d’admettre qu’il pourrait faire des erreurs ou avoir des oublis.
Question 105 : En réponse à la question 94 vous écrivez : « Les écrivains bibliques ont également introduit dans leurs livres des histoires ou ils en ont même inventées ». Mais dans l’évangile (2 Pierre 1,16) on s’en défend. Comment expliquez-vous cela ? (TR)
Réponse : Dans la deuxième Lettre de Pierre, on lit (1,16-19) : « En effet, pour vous faire connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, nous n'avons pas eu recours aux inventions des récits mythologiques, mais nous l'avons contemplé lui-même dans sa grandeur.
Car il a reçu du Père l'honneur et la gloire quand est venue sur lui, de la gloire rayonnante de Dieu, une voix qui disait :Celui-ci est mon Fils bien-aimé,en lui j'ai mis tout mon amour. Cette voix venant du ciel, nous l'avons entendue nous-mêmes quand nous étions avec lui sur la montagne sainte.
Et ainsi se confirme pour nous la parole des prophètes ; vous avez raison de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans l'obscurité jusqu'à ce que paraisse le jour et que l'étoile du matin se lève dans vos coeurs. »
Ceux que l’on nomme « Gnostiques » - des gens qui propagèrent les spéculations juives à propos des histoires des patriarches et des héros de l’Ancien Testament – tentaient, par de telles spéculations hasardeuses d’appuyer leurs hérésies touchant le retour du Messie, cf. 2 Pierre 3,4-5, cf. 1 Timothée 1,4 ; 6,20 etc. Pierre et (ses) deux compagnons d’apostolat pouvaient, par contre, en tant que témoins oculaires et auriculaires, annoncer l’événement révélateur de la Transfiguration du Christ (cf. Matthieu 17,1-8) comme image annonciatrice et garantie du retour en puissance du Christ, 2 Pierre 1,16-19).
Dans notre réponse à la question 94, nous n’avons naturellement pas voulu dire que les livres de la Bible sont remplis de spéculations hasardeuses et qu’ils sont des récits fantaisistes et inventés de toute pièce. Mais ce que nous voulons dire, c’est ceci : les différents auteurs des livres saints ont parfois fait usage, dans certaines circonstances, d’histoires fictives et de personnages inventés pour exprimer les vérités et les valeurs qu’ils voulaient, en tant qu’auteurs inspirés, communiquer et présenter efficacement.
Question 106 : Est-ce qu’une jeune fille musulmane qui épouse un chrétien est automatiquement exclue de l’Islam ? (TR)
Réponse : On pourrait dire que cette question quelque peu maladroitement formulée s’adresse plutôt aux musulmans et à leur explication de droit islamique concernant un tel cas.
La personne qui pose cette question voudrait sans doute sûrement savoir si, du point de vue de l’Eglise catholique et de son droit canonique, il est possible pour une musulmane convaincue de vivre mariée à un chrétien catholique, et si un tel mariage est autorisé par l’Eglise à un chrétien catholique. En d’autres termes : un chrétien catholique peut-il épouser une musulmane et lui permettre, comme épouse, de continuer à pratiquer l’islam, sans que lui, le chrétien catholique, encoure une condamnation ? L’Eglise catholique reconnaît-elle un tel mariage et l’option qui la porte comme une possibilité du catholicisme ?
A cause des difficultés qui apparaissent régulièrement lorsque des catholiques se marient avec des non baptisés, l’Eglise catholique déconseille de telles unions. Cependant, du point de vue catholique, un tel mariage est possible. Dans ce type de mariage, il faut que, du point de vue catholique, les deux partenaires gardent la liberté de pratiquer leur foi.
Pour un mariage entre un catholique et une musulmane, les mêmes déterminations valent, du point de vue catholique, que pour un mariage entre une catholique et un musulman. De ce point de vue, il n’existe pas de différence juridique, car hommes et femmes ont, dans le mariage, du point de vue catholique, les mêmes droits.
Normalement, selon le droit matrimonial catholique, un empêchement au mariage existe entre un catholique et un non baptisé, l’empêchement de ‘disparité de culte’. Mais lorsqu’un couple est fermement décidé de se marier, l’évêque (ou son représentant) peut lever cet empêchement. Cette dispense présuppose un certain nombre de conditions : - La partie catholique doit promettre de rester fidèle à sa foi et à faire effort pour que ses enfants soient baptisés dans l’Eglise catholique et soient éduqués dans la foi catholique. - La partie musulmane doit être informée de cette promesse, ainsi que des contenus de la manière catholique de comprendre le mariage.
D’autre part, la partie catholique doit être consciente du fait que la partie musulmane est, elle aussi, obligée de transmettre sa foi. Aussi, en fin de compte, l’Eglise catholique n’exige pas que l’on favorise la foi catholique dans l’éducation des enfants. On laisse, en fin de compte, selon le point de vue catholique, aux parties le soin de décider elles-mêmes leur accord concernant l’éducation des enfants.
Question 107 : Pourquoi le Vatican interdit-il encore toujours l’utilisation des préservatifs, alors qu’en Afrique, le Sida fait d’innombrables victimes ? (TR)
Réponse : La question de l’utilisation des préservatifs se situe, dans la doctrine morale de l’Eglise, dans le contexte de la question de l’utilisation licite des méthodes de contrôle artificiel des naissances. Il est connu que le magistère de l’Eglise refuse généralement l’utilisation de moyens artificiels à cette fin, parce que cela irait à l’encontre du lien entre « l’union amoureuse et la procréation ». Le refus de l’utilisation des préservatifs dans la prévention d’une infection par le Sida représente simplement, pour le magistère, un cas particulier d’utilisation.
Dans l’Eglise, on est généralement convaincu que la fidélité conjugale et la retenue sexuelle reste le chemin le plus sûr pour éviter une infection. Mais il faut bien prendre en compte que, pour beaucoup, un tel comportement n’est pas crédible, ou qu’ils le ressentent comme insupportable. Sur de telles considérations, des théologiens et des évêques cherchent régulièrement à ce que l’usage des préservatifs en prévention d’une infection par le Sida soit toléré moralement, comme une responsabilité minimale à l’égard du partenaire comme de soi-même. Jusqu’à présent, le magistère de l’Eglise n’avait pas marqué son accord pour de telles tentatives de trouver une interprétation justifiée par la situation.
Question 108 : Il y a trois qualités constitutives de Dieu. 1- La force créatrice 2- L’immortalité 3- La puissance infinie. Laquelle des trois qualités trouve-t-on en Jésus Christ ? Est-il possible, selon vous, d’assassiner quelqu’un comme Dieu ? (TR)
Réponse : J’invite à lire d’abord les textes suivants sur notre page d’accueil, et qui se rapportent tous à la question ici posée : chapitre 3, Partie III et IV et les réponses aux questions 97 ; 12 ; 19 et surtout Question et Réponse 50.
Ensuite, remarquons ceci : les « trois qualités constitutives de Dieu » formulées dans la question laissent de côté d’autres « qualités » ou noms de Dieu qui ont une signification éminente pour le Coran (comme celui-ci l’exprime lui-même et donc de façon générale pour l’Islam). Que l’on compare, par exemple, l’invocation « Au nom du Dieu clément et miséricordieux », par laquelle chaque sourate du Coran débute – sauf la neuvième. Ou que l’on lise Q 59, 22-24 et que l’on fasse attention à la succession des qualités de Dieu qui sont citées. Parmi les différentes listes des « 99 plus beaux noms de Dieu », il y a ceux qui se trouvent dans la collection traditionnelle de Hadith de Tirmiddhi, attribuée à la médiation de Abu Hurayras (« selon Abu Hurayra ») et qui nomme en premier lieu les qualités qui sont citées dans Q 59, 22-24, et ensuite beaucoup d’autres.
L’image de Dieu de la foi chrétienne est entièrement marquée par la prédication et par les actions de Jésus de Nazareth. Les chrétiens lisent l’Ancien Testament à la lumière de la doctrine et du témoignage de vie de Jésus de Nazareth. Dans cette perspective, qu’est-ce qui est neuf dans la foi biblique en Dieu ? Le pape Benoît XVI écrit à ce sujet dans sa première encyclique « Deus Caritas est » (= Dieu est amour) du 25 décembre 2005 :
« La nouveauté de la foi biblique
9. Il s’agit avant tout de la nouvelle image de Dieu. Dans les cultures qui entourent le monde de la Bible, l’image de Dieu et des dieux reste en définitive peu claire et en elle-même contradictoire. Dans le parcours de la foi biblique, à l’inverse, on note que devient toujours plus clair et plus univoque ce que la prière fondamentale d’Israël, le shema, reprend par ces paroles : «Écoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est l’Unique» (Dt 6, 4). Il existe un seul Dieu, qui est le Créateur du ciel et de la terre, et qui est donc aussi le Dieu de tous les hommes. Deux éléments sont singuliers dans cette précision : le fait que, en vérité, tous les autres dieux ne sont pas Dieu, et que toute la réalité dans laquelle nous vivons remonte à Dieu, qu’elle est créée par lui. Naturellement, l’idée d’une création existe aussi ailleurs, mais c’est là seulement qu’apparaît de manière absolument claire que ce n’est pas un dieu quelconque, mais l’unique vrai Dieu, lui-même, qui est l’auteur de la réalité tout entière; cette dernière provient de la puissance de sa Parole créatrice. Cela signifie que sa créature lui est chère, puisqu’elle a été voulue précisément par Lui-même, qu’elle a été «faite» par Lui. Ainsi apparaît alors le deuxième élément important: ce Dieu aime l’homme. La puissance divine qu’Aristote, au sommet de la philosophie grecque, chercha à atteindre par la réflexion, est vraiment, pour tout être, objet du désir et de l’amour – en tant que réalité aimée cette divinité met le monde en mouvement –, mais elle-même n’a besoin de rien et n’aime pas; elle est seulement aimée. Au contraire, le Dieu unique auquel Israël croit aime personnellement. De plus, son amour est un amour d’élection : parmi tous les peuples, il choisit Israël et il l’aime, avec cependant le dessein de guérir par là toute l’humanité…
Les prophètes Osée et Ézéchiel surtout ont décrit cette passion de Dieu pour son peuple avec des images érotiques audacieuses. La relation de Dieu avec Israël est illustrée par les métaphores des fiançailles et du mariage; et par conséquent, l’idolâtrie est adultère et prostitution. … L’histoire d’amour de Dieu avec Israël consiste plus profondément dans le fait qu’il lui donne la Torah, qu’il ouvre en réalité les yeux à Israël sur la vraie nature de l’homme et qu’il lui indique la route du véritable humanisme. Cette histoire consiste dans le fait que l’homme, en vivant dans la fidélité au Dieu unique, fait lui-même l’expérience d’être celui qui est aimé de Dieu et qu’il découvre la joie dans la vérité, dans la justice, la joie en Dieu qui devient son bonheur essentiel : «Qui donc est pour moi dans le ciel si je n’ai, même avec toi, aucune joie sur la terre ? ... Pour moi, il est bon d’être proche de Dieu» (Ps72, 25.28)…
11. La première nouveauté de la foi biblique consiste, comme nous l’avons vu, dans l’image de Dieu; la deuxième, qui lui est essentiellement liée, nous la trouvons dans l’image de l’homme. Le récit biblique de la création parle de la solitude du premier homme, Adam, aux côtés duquel Dieu veut placer une aide. Parmi toutes les créatures, aucune ne peut être pour l’homme l’aide dont il a besoin, bien qu’il ait donné leur nom à toutes les bêtes des champs et à tous les oiseaux, les intégrant ainsi dans son milieu de vie. Alors, à partir d’une côte de l’homme, Dieu modèle la femme. Adam trouve désormais l’aide qu’il lui faut: «Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair» (Gn 2, 23)… Deux aspects sont ici importants: l’eros est comme enraciné dans la nature même de l’homme; Adam est en recherche et il «quitte son père et sa mère» pour trouver sa femme; c’est seulement ensemble qu’ils représentent la totalité de l’humanité, qu’ils deviennent «une seule chair». Le deuxième aspect n’est pas moins important: selon une orientation qui a son origine dans la création, l’eros renvoie l’homme au mariage, à un lien caractérisé par l’unicité et le définitif; ainsi, et seulement ainsi, se réalise sa destinée profonde. À l’image du Dieu du monothéisme, correspond le mariage monogamique. Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de la relation de Dieu avec son peuple et réciproquement: la façon dont Dieu aime devient la mesure de l’amour humain. Ce lien étroit entre eros et mariage dans la Bible ne trouve pratiquement pas de parallèle en dehors de la littérature biblique.
Jésus Christ – l’amour incarné de Dieu
12. … La véritable nouveauté du Nouveau Testament ne consiste pas en des idées nouvelles, mais dans la figure même du Christ, qui donne chair et sang aux concepts – un réalisme inouï. Déjà dans l’Ancien Testament, la nouveauté biblique ne résidait pas seulement en des concepts, mais dans l’action imprévisible, et à certains égards inouïe, de Dieu. Cet agir de Dieu acquiert maintenant sa forme dramatique dans le fait que, en Jésus Christ, Dieu lui-même recherche la «brebis perdue», l’humanité souffrante et égarée. Quand Jésus, dans ses paraboles, parle du pasteur qui va à la recherche de la brebis perdue, de la femme qui cherche la drachme, du père qui va au devant du fils prodigue et qui l’embrasse, il ne s’agit pas là seulement de paroles, mais de l’explication de son être même et de son agir. Dans sa mort sur la croix s’accomplit le retournement de Dieu contre lui-même, dans lequel il se donne pour relever l’homme et le sauver – tel est l’amour dans sa forme la plus radicale. Le regard tourné vers le côté ouvert du Christ, dont parle Jean (cf. 19, 37), comprend ce qui a été le point de départ de cette Encyclique : «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8). C’est là que cette vérité peut être contemplée. Et, partant de là, on doit maintenant définir ce qu’est l’amour. À partir de ce regard, le chrétien trouve la route pour vivre et pour aimer. » (Le Pape Benoît XVI, DEUS CARITAS EST, Nr. 9, Nr. 11 et Nr. 12 – extraits- site du Vatican : www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20051225_d )
Question 109 : L’Inquisition peut-elle être appelée un exemple de tolérance chrétienne et d’amour pacifique ? (TR)
Réponse : En réponses, nous donnons des extraits du second volume du Catéchisme pour adultes « Vivre de la foi », édité par la Conférence épiscopale d’Allemagne („Leben aus dem Glauben“ (Freiburg i. Br.: Herder, 1995, p. 202-204).
« Abus de pouvoir au nom de Dieu »
« La pire manière de déshonorer le nom de Dieu et de galvauder son nom, c’est l’usage injuste de la force ‘au nom de Dieu’. En son nom, des choses terribles se sont passées dans l’histoire. L’Eglise aussi a succombé souvent à la tentation du pouvoir au cours de l’histoire. C’est ainsi que, jusqu’à notre époque, où l’Eglise veut garantir avec insistance le respect des droits de l’homme, une lourde hypothèque du passé pèse sur l’Eglise à cause de tout ce qui s’est passé en rapport avec l’Inquisition.
L’Inquisition est l’institution qui a été la moins bien comprise, mais en même temps l’institution dont on a le plus abusé. Sa signification première était la conservation de l’unité de la foi face aux menaces sérieuses provenant de mouvements étrangers à la foi, exaltés et révolutionnaires, qui, au Moyen Âge, comme à propos des Cathares, amenèrent à la fondation d’Eglises parallèles ou adversaires. En 1184, un accord, selon la compréhension que l’on avait à l’époque de l’autorité spirituelle et de l’autorité temporelle, se réalisa entre le pape Lucien III et l’empereur Frédéric I (Barberousse) à propos des poursuites contre les hérétiques.
L’autorité ecclésiastique reçut pour mission d’enquêter (inquisitio) et de condamner les délits (hérésie) supposés, tandis que l’autorité civile devait veiller à l’exécution du jugement. L’autorité civile, qui se considérait comme la protectrice de l’Eglise et qui voyait l’opposition à la religion chrétienne comme une menace de la société chrétienne (res publica christiana), était directement intéressée à la poursuite des hérétiques et elle poussa par la suite l’Eglise à développer l’Inquisition. Des théologiens de renom comme Thomas d’Aquin (1225-1274), dans son ouvrage principal, la Somme Théologique, donnèrent la justification théologique de la persécution et de l’exécution des hérétiques endurcis (cf. S.th. II II q.11, art. 3).
Dans la suite, l’Inquisition a été appliquée de façon fort diverse dans les divers pays par les diverses institutions en charge. A côté de persécuteurs fanatiques, on trouvait aussi de puissants opposants aux abus de l’Inquisition, tout particulièrement, ultérieurement, lors de la persécution des sorcières (p. ex. le jésuite Friedrich Spee (1591-1635)) du 15ème au 18ème siècle.
Ce qu’il y a de tragique dans le cas de l’Inquisition, c’est qu’il manquait encore à la pensée de l’époque l’idée fondamentale de tolérance, que l’on trouve toute normale aujourd’hui, et que, de plus, le projet initial de pouvoir disposer d’une instance juridique correcte fut falsifié et malmené dans la mouvance des excès et des folies collectives, et que, finalement, les efforts de forces qui, comme l’Inquisition en Espagne – s’opposèrent à la folie persécutrice contre les sorcières, ne purent pas suffisamment se faire valoir. Avec la suppression de l’Inquisition (au Portugal seulement en 1821 et en Espagne seulement en 1834 (…), se clôture un chapitre qui, jusqu’à aujourd’hui, est reproché à l’Eglise comme un abus de pouvoir au nom de Dieu.
Une appréciation du passé, objective et historiquement différenciée, n’est pas à même de faire oublier l’implication des chrétiens en matière d’abus de pouvoir, même quand cette évaluation est faite par de hauts représentants de l’Eglise – dans les procès de sorcières, catholiques et protestants étaient également impliqués ! D’un point de vue plus profond, le pape Pie XII, en 1955, a, dans un discours devant des historiens, ouvert les yeux sur les relations entre l’Eglise et le monde, entre la foi et la science, et il a proposé des critères adaptés (cf. Acta Apostolicae Sedis XLVII, 1955, 672-682). De plus, le pape Jean Paul II, en réhabilitant Galilée, a fait un grand pas dans le travail de remise à jour du passé » (voir aussi www.inquisition2000.de).
Le pape avait annoncé de longue date un « examen de conscience à la fin du millénaire » : le 12 mars 2000, durant une célébration pontificale festive dans la basilique Saint Pierre, eut lieu une reconnaissance solennelle de culpabilité portant sur les fautes de l’Eglise – le grand « Mea culpa ». Le pape demanda pardon pour l’Inquisition, les bûchers contre les hérétiques, les guerres de religion et l’antisémitisme séculaire de l’Eglise.
www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20000312_
Quelques citations de cette reconnaissance de culpabilité :
« PRIÈRE, RECONNAISSANCE DES FAUTES ET DEMANDE DE PARDON »
Invitation à la prière
Le Saint Père:
Chers frères et sœurs, crions en toute confiance vers Dieu notre Père, qui est miséricordieux et longanime, riche en miséricorde, en amour et en fidélité. Qu’il accepte la contrition de son peuple, qui reconnaît humblement sa culpabilité, et qu’il lui fasse don de sa miséricorde. En prie en silence.
I. RECONNAISSANCE GÉNÉRALE DES FAUTES
Un représentant de la Curie romaine (Le Cardinal Bernardin Gantin, doyen du Collège des Cardinaux)
Que notre confession et notre contrition soit inspirée de l’Esprit Saint. Que notre douleur soit sincère et profonde. Et si nous regardons humblement la faute du passé et que nous purifions sincèrement notre mémoire, prenons alors le chemin de la conversion.
Prière silencieuse
Le Saint Père :
Seigneur notre Dieu, tu sanctifies ton Eglise sur son chemin dans le temps continuellement dans le sang de ton Fils. A chaque époque, tu connais en son sein des membres qui brillent par leur sainteté, mais aussi d’autres qui te désobéissent et qui contredisent la confession de foi et le saint Evangile. Tu restes fidèle, même lorsque nous devenons infidèles. Pardonne-nous notre faute et fais que nous soyons pour toi parmi les hommes d’authentiques témoins. Nous t’en prions par le Christ, notre Seigneur. R/ Amen
Chantre: Kyrie, eleison (=Seigneur, prends pitié) Kyrie, eleison; Kyrie, eleison.
L’assemblée répond : Kyrie, eleison; Kyrie, eleison; Kyrie, eleison.
On allume un cierge devant le crucifix.
II. AVEU DES FAUTES AU SERVICE DE LA VÉRITÉ
Un représentant de la Curie romaine (Le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi)
Que chacun de nous prenne conscience que des membres de l’Eglise au nom de la foi et de la morale dans leur engagement pour protéger la vérité ont parfois utilisé des méthodes qui ne correspondent pas à l’Evangile. Aide-nous à imiter Jésus Christ qui est doux et humble de cœur.
Prière silencieuse
Le Saint Père :
Seigneur, tu es le Dieu de tous les hommes. En de nombreuses époques de l’histoire les chrétiens ont admis parfois des méthodes d’intolérance. En n’obéissant pas au grand commandement de l’amour, ils ont défiguré le visage de l’Eglise, ton épouse. Aie pitié de tes enfants pécheurs et accepte notre détermination à servir la vérité dans la douceur de l’amour et d’être conscient que la vérité ne triomphe qu’avec la force de la vérité elle-même. Nous t’en prions par le Christ, notre Seigneur. R/ Amen.
Chantre: Kyrie, eleison (=Seigneur, prends pitié) Kyrie, eleison; Kyrie, eleison.
L’assemblée répond : Kyrie, eleison; Kyrie, eleison; Kyrie, eleison.
On allume un cierge devant le crucifix.
Question 110 : Pouvez-vous expliquer ce verset de Matthieu (10,34) : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu pour apporter la paix, mais le glaive » ? (TR)
Réponse : Jésus est, comme l’exprime Luc 2,34, « un signe de contradiction », à savoir, dans sa mission d’être lumière pour les hommes, il rencontre l’hostilité et la persécution, et cela, précisément aussi de la part de son propre peuple.
Sans vouloir les divisions, il suscite irrémédiablement des divisions et de l’hostilité à la suite du choix qu’il demande. Siméon, un homme juste et droit, sur qui reposait l’Esprit Saint (cf. Luc 2,25), avait déjà déclaré à Marie, la mère de Jésus, lors de la présentation de Jésus au Temple : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et toi-même, ton coeur sera transpercé par une épée. » (Luc 2,34-35). En d’autres termes : Marie, authentique fille de Sion, fera dans sa propre vie la destinée de souffrance de son propre peuple. Avec son fils, elle se tiendra au cœur de cette contradiction, là où les cœurs doivent manifester qui ils sont, pour ou contre Jésus. C’est le symbole du glaive.
Question 111 : Pourquoi ne dites-vous rien du judaïsme ? Le christianisme est-il en réalité contrôlé par le judaïsme ? (TR)
Réponse : Il faut lire les réponses aux questions 83 et 102. Il faut y ajouter le paragraphe pertinent du compendium de la doctrine sociale de l’Eglise qui vient de paraître, qui se base sur la Partie 4 du document conciliaire Nostra Aetate (Freiburg i.Br.: Herder, 2006, Nr. 536):
« À partir de la tradition commune de l'Ancien Testament, l'Église catholique sait qu'elle peut dialoguer avec ses frères les Juifs, notamment à travers sa doctrine sociale, pour construire ensemble un avenir de justice et de paix pour tous les hommes, fils de l'unique Dieu. Le patrimoine spirituel commun favorise la connaissance mutuelle et l'estime réciproque, sur la base desquelles peut grandir l'entente pour surmonter toute discrimination et pour la défense de la dignité humaine. »
De manière analogue, l’Eglise exhorte chrétiens et musulmans, dans la Partie 3 de Nostra Aetate, « d’oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. (N° 3).Aucune religion et aucun homme de bonne volonté ne sont exclus de l’invitation de l’Eglise à s’engager pour la réalisation d’une plus grande justice et d’une paix plus intense sur la terre.
« La doctrine sociale se caractérise aussi par un constant appel au dialogue entre tous les croyants des religions du monde, afin qu'ils sachent rechercher ensemble les formes les plus opportunes de collaboration: les religions ont un rôle important à jouer dans la réalisation de la paix, qui dépend de l'engagement commun pour le développement intégral de l'homme. » (Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, n° 537).
Question 112 : Vous prétendez que Jésus est le Fils de Dieu, puisqu’il n’a pas de père. Le patriarche Adam n’avait pas de père non plus. Adam est-il dès lors fils de Dieu ? (TR)
Réponse : L’Eglise croit et confesse que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu. Question et Réponse 50, ci-dessus, expliquent comment l’Eglise en est venue à croire cela.
Dans le Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique, on explique ainsi les affirmations de la confession de foi de l’Eglise à propos de Jésus Christ :
94. « Conçu par l’opération du Saint-Esprit… ». Que signifie cette expression? Elle signifie que la Vierge Marie a conçu dans son sein le Fils éternel par l’action de l’Esprit Saint et sans le concours d’un homme : « L’Esprit Saint viendra sur toi » (Lc 1,35), lui a dit l’ange à l’Annonciation.
95. « Né de la Vierge Marie ». Pourquoi Marie est-elle vraiment la Mère de Dieu? Marie est vraiment Mère de Dieu parce qu’elle est la Mère de Jésus (cf. Jn 2,1; 19,25). En effet, celui qui a été conçu par l’opération du Saint-Esprit et qui est devenu vraiment son Fils est le Fils éternel du Père. Il est lui-même Dieu.
98. Que signifie la conception virginale de Jésus? Elle signifie que Jésus a été conçu dans le sein de la Vierge par la seule puissance de l’Esprit Saint, sans intervention de l’homme. Il est Fils du Père céleste selon sa nature divine, Fils de Marie selon sa nature humaine, mais vraiment Fils de Dieu dans ses deux natures, étant en lui-même une seule Personne, qui est divine.
Le Coran et la Bible racontent la création du premier couple humain, Adam et Ève (le Coran lui-même ne cite pas le nom de l’épouse d’Adam). Les textes correspondants montrent clairement que pour Adam et son épouse il s’agit de simples humains, et même, des humains qui ont péché et qui avaient besoin du pardon de Dieu. Jésus, par contre, était sans péché.
Question 113 : Dans l’Evangile, on raconte que Jésus maudit un figuier, parce qu’il n’y trouva pas de figues. Est-ce là une attitude aimante ? Et comment est-il possible que Jésus ait faim, lui que vous considérez comme Dieu ? (TR)
Réponse : Cette question se rapporte à Matthieu 21,18-22 et par.
Selon la foi de l’Eglise, Jésus était entièrement Dieu et entièrement homme. Dans sa vie humaine ici sur terre, il était en tout semblable aux hommes, excepté le péché. Nous en trouvons la confirmation à la lecture des quatre évangiles du Nouveau Testament. Le figuier se développe s’il a suffisamment d’eau et un peu de fumier, même dans un sol pauvre et pierreux ; c’est pourquoi un figuier stérile suscite justement de l’irritation (Luc 13,6-9).
Dans le texte dont il est question ici, il ne s’agit pas d’un « miracle punitif » - comment une plante de la nature pourrait-elle être punie ? – c’est plutôt une « action signe » de la Bible. Le comportement de Jésus dans le Temple, qui est décrit dans la passage qui précède immédiatement (Matthieu 21,12-17), doit être interprété comme un jugement sur Israël.
Jésus passe devant le figuier au bord du chemin dans l’espoir de pouvoir manger des figues. On fait mention de la faim de Jésus pour faire comprendre pourquoi il est intéressé par ce figuier. Mais il ne trouve pas de fruits sur l’arbre, alors même qu’il porte des feuilles. Normalement il aurait dû trouver sur l’arbre au moins les boutons (arabe : taqsch) des figues qui servent de nourriture. La dureté de la malédiction et le dessèchement immédiat de l’arbre montrent qu’il s’agit d’un signe prophétique qui en réfère au-delà de lui-même à un « desséchement » beaucoup plus triste.
Ainsi le miracle n’a ici rien à voir avec une frustration ou une faim. Il s’agit bien plutôt d’Israël (voir partic. 21,43 ; et 22,3, et 23). Israël, malgré des signes extérieurs, était privé de fruit. Le dessèchement du figuier est une parole et un jugement apocalyptique, qui se réalisera dans la destruction de Jérusalem et de son temple (cf. Luc 13,6-9 : le parallèle du figuier comporte le même message que l’action signe ici). A propos du symbole du figuier stérile pour Israël, voir Jérémie 8,18 ; Michée 7,1, également : Isaïe 5,1-7 ; Osée 9,10.16.
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