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Questions & Réponses 11

Question 96 : Pourquoi nacceptez-vous pas lEvangile de Barnabé ? (TR)

Réponse : 1. La signification de lEvangile de Barnabé

Le soit disant Evangile de Barnabé (dans la suite : EB) est apparu dans la période allant du 14ème au 16ème siècle après le Christ. Il est disponible dans deux manuscrits, en espagnol et en italien (mais non en grec, latin ou hébreux). Il na obtenu aucun succès dans le monde chrétien, car il se situe, selon lopinion des non musulmans, dans la ligne de toute une série dévangiles falsifiés, qui ne peuvent en aucun cas prétendre à lauthenticité.

Pourquoi donc ce texte, qui contient de nombreuses affirmations qui diffère des enseignements bibliques, a-t-il pris une telle importance pour le monde islamique ? Les considérations suivantes se proposent de répondre à cette question et, en même temps, apporter les raisons pour lesquelles aucun lecteur informé et objectif ne peut accepter sa prétention à être un évangile authentique.

Le texte de notre réponse redonne sous forme abrégée et parfois sous forme légèrement différente un texte de Christine Schirrmacher, spécialiste bien connue des sciences religieuses : „Lektion 20: Das Barnabasevangelium als Beispiel für die christlich-muslimische Kontroverse, voir: Christine Schirrmacher, Der Islam 2 (Neuhausen/Stuttgart: Hänssler, 1994), p. 268-289. ISBN 3-7751-2133-1.

Le texte de EB est mentionné sous le nom dEvangile de Barnabé pour la première fois au 18ème siècle par des auteurs européens et il devient au cours des 19ème et 20ème siècles lobjet dune controverse entre chrétiens et musulmans. Tandis que les non musulmans considéraient lEB pratiquement tous comme une falsification remontant à lépoque de transition entre le Moyen Âge tardif et lépoque moderne, les musulmans, eux, sauf quelques exceptions, ont estimé  que lEvangile de Barnabé était le seul évangile existant véritable de Jésus Christ, remontant au premier siècle après J.C. Jusquà aujourdhui, la question de lauthenticité de EB demeure un point de controverse entre chrétiens et musulmans dans bon nombre de pays islamiques.

Jusquà aujourdhui, on ne voit pas encore clairement quel pourrait être lauteur de lévangile de Barnabé, ni dans quelles circonstances et avec quelle intention il a été rédigé. Le problème de la rédaction trouve facilement une réponse. Beaucoup dindices parleraient dune période entre le 14ème et le 16ème siècle. Le problème des circonstances et des intentions sous jacentes à lévangile de Barnabé est plus difficile à résoudre. Les non musulmans émettent lhypothèse quun ancien chrétien, qui se serait converti à lIslam et qui, par le fait même connaissait bien le christianisme et lIslam, pourrait avoir écrit un tel évangile.

Les musulmans, par contre, pensent, depuis le 19ème siècle, la plupart du temps, quil sagit, en ce qui concerne lEB, du « véritable Evangile » de Jésus Christ, qui, à lopposé des quatre autres évangiles falsifiés, contient « la vérité objective » - à savoir la doctrine islamique. Les auteurs musulmans sefforcent de prouver la vérité de lEvangile de Barnabé en cherchant des traces ou des précurseurs de ce texte dans lhistoire des communautés chrétiennes primitives. On présente de nombreux documents de lhistoire des premières communautés chrétiennes afin de prouver que lauteur de EB et ces documents primitifs sont identiques.

Dans le détail, il sagit de la brève lettre de Barnabé (elle ne contient que 21 petits chapitres), les actes de Barnabé (une œuvre faussement attribuée à Barnabé, datant du 5ème siècle, en langue grecque), le Codex Barocci 39 (un bref fragment de texte), le Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis (du 4ème/5ème siècle après J.C.), qui cite un Evangile de Barnabé et la « Liste des 60 livres canoniques » (datant du 7ème/8ème siècle). Cependant tous les documents ainsi que lhistoire de lEglise primitive ne donnent aucune indication sur une éventuelle relation avec lEB, à propos duquel il y a controverse aujourdhui entre les chrétiens et les musulmans.

        2. Le contenu de lEvangile de Barnabé
Aujourdhui il nexiste quun manuscrit complet en italien comprenant 222 chapitres, le Codex 2662, qui se trouve à la Bibliothèque nationale dAutriche et qui porte le titre italien de : Vero euangelio di essu chiamato chrissto nouo profeta mandato da DIO modo seconda la descritione di barnaba apostolo suo. Il contient une dédicace de Johannes Friedrich Cramer du 20 juin 1713 à lintention du Prince Eugène de Savoie. Dans la suite, nous nous appuyons toujours sur la sérieuse édition et traduction de ce manuscrit de Lonsdale et Laura Ragg (Hg.) The Gospel of Barnabas. Edited and Translated from the Italian MS in the Imperial Library at Vienna. Oxford: Clarendon Press, 1907. (abrégé dans la suite du texte sous RR)

LEB, qui met ensemble des éléments juifs, chrétiens et musulmans, décrit la vie de Jésus Christ et de ses disciples depuis lannonce de la naissance de Jésus jusquà sa mort, à laquelle lEB donne une tournure que lon trouve souvent dans les descriptions de la crucifixion du côté musulman : ce nest pas Jésus qui meurt sur la croix, mais cest Judas.

LEB raconte la fuite des parents de Jésus en Egypte, les déplacements de Jésus, ses miracles, ses paraboles et ses enseignements, la dernière Cène, la trahison, le procès, la crucifixion de Judas et lascension de Jésus. La partie principale de lEB concerne lactivité denseignement de Jésus et tout particulièrement la formation de ses disciples.

          3. La Bible et le Coran dans lEB
Le lecteur a souvent des réminiscences du Coran. Mais le Coran nest jamais cité littéralement. Par contre, lauteur a repris nombre de citations de la Bible dans la traduction latine de la Vulgate. Parmi les 39 livres de lAncien Testament que lauteur semble bien connaître, lEB en cite ou en mentionne 22, ainsi que quelques écrits apocryphes. Le rédacteur fait directement ou indirectement allusion à 19 des 27 livres du Nouveau Testament. Mahomet est, dans lEB, lenvoyé de Dieu annoncé. Lors de sa venue, il est doté de qualités absolument exceptionnelles, à savoir « de lEsprit dintelligence et de conseil… de science et de force… de crainte et damour… de perspicacité et de prudence… de douceur et de patience » (RR, XLIV/105).

          4. Jésus Christ et la crucifixion
Dès le début, lEB soppose à ce que de beaucoup, sous le prétexte de piété, répandent le doctrine néfaste prétendant que Jésus aurait été le fils de Dieu. Jésus soppose avec violence, chaque fois que lon voudrait le désigner comme fils de Dieu ou comme Dieu. « Je suis un homme mortel comme les autres hommes » (RR LII/122). Quand Pierre lappelle fils de Dieu, Jésus jure « par le Ciel » quil nest quun homme (RR XCII/214+XCIV/216, e.a.).

Par contre, Jésus est désigné comme le « saint de Dieu », le « serviteur de Dieu » ou « un grand prophète de Dieu ». Dans lEB, il répète toujours à nouveau quil nest quun homme, poussière et glaise. Cest Satan qui trompe les incroyants en disant que Jésus est Dieu et le fils de Dieu. Jésus explique à son disciple Barnabé : si les hommes navaient pas appelé Jésus Dieu, Jésus aurait été conduit au paradis après quil aurait quitté le monde. Jésus dit, dans lEB : « Je te le dis, si je navais pas été appelé Dieu, jaurais été emporté au paradis au moment où jaurais quitté le monde » (RR, CXII/256).

Quand on le questionne sur le péché le plus grave, Jésus répond que cest lidolâtrie. Un homme se rend coupable didolâtrie lorsquil appelle Jésus Dieu. A partir de nombreuses affirmations disant que Jésus nest pas le fils de Dieu et à partir de linsistance mise sur ces affirmations, on peut certainement avoir limpression que lenseignement principal de lEB est de rejeter le dogme chrétien de la divinité de Jésus.

Bien quil ne soit pas fils de Dieu, Jésus guérit les malades, mais à chaque fois il fait remarquer quau fond cest Dieu qui guérit la maladie. Il est impossible à Jésus de pardonner aux pécheurs. Mais il peut, en tant que « serviteur de Dieu » occasionnellement, intercéder auprès de Dieu pour les péché dautrui (RR, LXXI/164).

Le but de la mission de Jésus est lenvoi dun prophète de Dieu à Israël, pour rappeler à Judas et à Israël la loi de Dieu :
« Il y a un prophète de Dieu qui est envoyé au peuple dIsraël, afin de convertir le cœur de Judas et pour quIsraël marche avec la loi du Seigneur comme cest écrit dans la loi de Moïse » (RR, II/7).

Dans lEB, Jésus nest pas le Messie, comme dans le Nouveau Testament et dans le Coran. Cest bien plutôt Mahomet qui est désigné comme Messie. Jésus aimerait le servir : « Je suis le serviteur de Dieu, qui aimerait servir lenvoyé de Dieu » (RR, CCVI/454).

Jésus nest cependant pas seulement lenvoyé et le serviteur de Dieu et un homme qui rappelle à Israël et à Juda la loi de Dieu. En outre, il endosse le rôle de Jean Baptiste, qui nest pas mentionné dans lEB : Jésus prépare la voie à Mahomet, lenvoyé de Dieu, qui apportera le salut au monde.

Lors de la dernière Cène avec ses disciples, Jésus pertinemment que Judas va le trahir. Jésus annonce à ses disciples que lon va essayer de la tuer. Mais il est certain que Dieu va le sauver de la crucifixion. Jésus ne mourra pas, mais il vivra éternellement. La délivrance de la crucifixion est un signe de lamour de Dieu. Au fond, Jésus aurait mérité une punition, parce que les hommes lont appelé Dieu. Mais comme il na jamais cessé de dire la vérité – quil nest pas le messie et quil nest pas Dieu – cest un méchant qui mourra à sa place.

Au cours du récit, on voit clairement que cest Judas qui mourra pour Jésus. Judas avait espéré que Jésus deviendrait roi dIsraël. Il avait projeté de le trahir et de le livrer entre les mains des prêtres, des scribes et des pharisiens.

Dans les huit derniers chapitres de lEB, on décrit la crucifixion, que lon pourrait considérer comme une explication des vagues indications coraniques à propos de cet événement dans la sourate 4,157-158 : Judas trahit Jésus pour trente pièces dor et amène les soldats jusquà lui. Jésus, de peur, se retire dans une maison, tandis que les onze disciples restants se sont endormis. Dieu ordonne alors aux quatre archanges Gabriel, Michel, Raphaël et Uriel de retirer Jésus du monde. Ils emportent avec eux Jésus par une fenêtre orientée vers le Sud et lemmènent dans le troisième ciel, où il loue Dieu en compagnie des anges.

Tandis que Jésus échappe de cette façon, à laide de Dieu, à ses persécuteurs, Judas, de par son accent et de par son apparence, ressemble à sy méprendre à Jésus. On le prend pour Jésus, bien quil essaye de donner des explications sur sa réelle identité. Les soldats se saisissent de Judas et le ligotent. Judas est emmené chez le grand prêtre. Il sest tellement mis à ressembler à Jésus que lon croit lavoir devant soi. Les autres disciples aussi, sa mère et ses amis ne doutent plus du tout que cest bien Jésus qui a été arrêté. Judas donne encore dautres explications sur son identité réelle, mais on ne le croit pas. Les grands prêtres, les anciens, les scribes et les pharisiens sont bien daccord que le prisonnier est bien Jésus lui-même, car Dieu avait décidé que Judas devrait subir la mort atroce qu il avait voulu faire subir à un autre par sa trahison (cf. RR, CCXVII/478). Judas est maltraité et on se moque de lui. Finalement il est crucifié et il crie (tout comme dans le Nouveau Testament à la croix : « Dieu, pourquoi mas-tu abandonné ? » (RR, CCXVII/480) Puis Judas meurt sur la croix.

Et voilà que des disciples dérobent le corps de Judas durant la nuit et le cachent. Ils répandent ensuite la nouvelle que Jésus est ressuscité, ce qui occasionne un grand trouble. Le grand prêtre ordonne de garder le silence sur cette rumeur.

Le chapitre suivant confirme que Jésus est monté au troisième ciel. Il y témoigne expressément quil nest pas mort. Jésus exprime encore une fois son innocence, quil ne sest pas appelé fils de Dieu, afin que les démons ne se moquent pas de lui le jour du jugement. Seuls les hommes lont appelé Dieu et fils de Dieu. Mais Dieu lui-même a décidé que, dans ce monde, on devrait se moquer de lui à travers la mort de Judas, car tous les gens présents étaient convaincus que Jésus a été crucifié et est mort. Ces moqueries dureront jusquà la venue de Mahomet, lenvoyé de Dieu (cf. RR, CCXX/484).

Jésus donne à Barnabé la mission de composer un évangile. Barnabé promet de lécrire. Jésus assure à nouveau à quelques disciples quil nest pas mort ni ressuscité. Mais cest Judas qui a été crucifié à sa place (RR, CCXXI/486).

         5. Lévangile de Barnabé est-il un évangile islamique ?
LEB contient des éléments islamiques, ce qui fait penser fortement au Coran ou à la tradition musulmane, bien que, abstraction faite de la personne de Mahomet, il nest officiellement nulle part question de lIslam. Voici les indications les plus importantes :

LEB émet le reproche de la falsification de lAncien Testament par les traditions humaines des « faux pharisiens » (CJXXXIX/424).

Plusieurs prophètes comme Adam, Abraham, Ismaël, Moïse, David et Jésus, le fils de Marie, sont considérés comme des « envoyés de Dieu ». Adam récite même la confession de foi islamique.

La promesse de la naissance de Jésus a même été faite, selon lEB, à Ismaël et non à Isaac. Ismaël a été sacrifié par Abraham à la place dIsaac.

Jésus ne descend pas de David. Marie et Joseph ont reçu lordre de Dieu déloigner Jésus du vin, des boissons fortes et des viandes impures, à savoir de la viande de porc. Jésus na été envoyé quà Israël. Lorsque Jésus reçoit à lâge de trente ans sa révélation, il est enveloppé, durant la prière de midi, par une lumière éclatante et des anges lentourent, tandis que lange Gabriel transmet à Jésus un livre qui pénètre dans son cœur.

Jésus désigne Mahomet comme plus grand que lui, dont il nest pas digne de défaire la courroie de sa sandale. Jésus reprend ici le rôle néotestamentaire de Jean le Baptiste. Jésus annonce la venue de Mahomet en citant son nom et il prie de Dieu de lenvoyer pour sauver le monde.

La crucifixion de Judas ne sharmonise pas aux récits des évangiles, mais elle pourrait être mise en relation avec le seul passage coranique parlant de la crucifixion (Q 4,157-158).

LEB prend certainement un tour apologétique dans linterprétation du christianisme quand il laisse entendre que lapôtre Paul sest écarté de certains dogmes chrétiens. Cest ainsi que Barnabé accuse Paul de lavoir trompé à propos de lenseignement de la filiation divine de Jésus.

          6. LEB contredit le Coran
Toutefois il faut ici rappeler avec force quil y a également dans lEB des affirmations qui ne peuvent être mises en accord ni avec le Coran, ni avec la Bible.

Parmi les affirmations qui diffèrent du Coran, on trouve des développements à propos de lenfer : un séjour temporaire pour les pécheurs. En contradiction avec le Coran, laffirmation toujours répétée, que Mahomet est le messie. LEB nie souvent que Jésus est le messie. Mais il lappelle cependant « chrissto » (Christ). Aussi pense-t-on que lauteur ne savait pas que « Christus » est la traduction grecque du mot hébreu « Messie » (« lOint »).

Dans le Coran, Jésus est né à Jérusalem, dans lEB à Bethlehem. Dans le Coran, il est né sous un palmier, dans lEB dans une auberge. Dans le Coran, Marie éprouve beaucoup de douleurs lors de la naissance (cf. Q 19,23), dans lEB, elle met Jésus au monde sans douleurs.

Le Coran connaît sept cieux (Q 2,29), lEB en connaît neuf. Le dixième ciel est le paradis.

LEB défend clairement la monogamie, tandis que la majorité des musulmans trouvent dans Q 4,3, la permission dépouser jusquà quatre femmes.

          7. Erreurs objectives dans lEB
LEB signale lui-même que lévangile a été falsifié. Si Barnabé avait effectivement été un contemporain de Jésus, le Nouveau Testament ne serait pas clôturé. Ainsi, lEB aurait prédit sa propre destinée.

De plus, lauteur de lEB, en faisant des erreurs géographiques et historiques flagrantes, manifeste quil na jamais visité la Palestine, ni quil aurait pu vivre au premier siècle de lère chrétienne.

Dans lEB, Nazareth est situé au bord de la mer de Génésareth. Mais Nazareth se trouve sur une colline. Jésus, selon le récit de lEB, monte de la mer de Génésareth jusquà Capharnaüm. Mais Capharnaüm est situé directement au bord du lac. LEB raconte que Jésus est monté dans une barque et quil a navigué vers Jérusalem. Mais Jérusalem est à lintérieur des terres et ne peut être atteinte par bateau. Ninive se trouve, selon lEB, à proximité de la côte de la Mer Méditerranée. Or elle se situe à lintérieur des terre au bord du Tigre.

La chronologie de la naissance de Jésus, selon lEB, ne correspond pas aux années de règne de Pilate, dAnanie et de Caïphe selon la tradition historique. LEB parle de 5.000.000 de soldats romains en Palestine. Un nombre aussi important de soldat, au premier siècle de notre aire, ne pouvait sans doute se trouver que dans lensemble de lempire romain, en aucun cas en Palestine seulement. LEB parle de 17.000 pharisiens à lépoque de lAncien Testament. Mais le parti des pharisiens na vu le jour quau deuxième siècle avant J.C.

LEB décrit un été européen : « tout porte fruit » (RR, CLXIX/390). Mais en Palestine, il pleut en hiver, et, en été, la terre est sèche.

          8. Eléments en faveur dune rédaction remontant au Moyen Âge ?
Si lon fait abstraction des résonances à des dogmes islamiques dans le texte de lEB, des affirmations qui ne peuvent être harmonisées avec lhistoire et la géographie de la Palestine, et du fait quil ny a aucune source fiable qui parle du contenu dun évangile de Barnabé avant le 18ème siècle, un certain nombre déléments dans le texte même parlent en faveur dune date de rédaction remontant au Moyen Âge finissant ou au début de lépoque moderne, entre le 14ème et le 16ème siècle. A partir des nombreux exemples qui semble rendre assez improbable une datation du texte qui remonterait jusquaux premiers siècles chrétiens, on peut citer les suivants :

Les éditeurs de la première édition de lEB, Lonsdale et Laura Ragg, ont, déjà en 1907, attiré lattention sur des parallèles frappants entre lEB et les œuvres du plus grand poète italien, Dante (Alighieri) (1265-1321), comme La Divina commedia, et plus particulièrement à propos de la représentation de Dante du ciel, de lenfer et du paradis. En ce qui concerne la relation directe des deux textes lun par rapport à lautre, Lonsdale Ragg a exprimé la conjecture  que lEB et la Divine comédie de Dante ont vu le jour indépendamment lun de lautre, mais dans un rapport étroit lun avec lautre en ce qui concerne le contexte de leur apparition. Des recherches ultérieures ont élargi cette période jusquau 16ème siècle.

LEB promeut des comportements qui rappellent fortement lascèse monacale du Moyen Âge. Cest ainsi que dans plusieurs passages le rire est condamné comme un péché. Mais pleurer est un signe de spiritualité (cf. CII/236).

LEB cite les versets bibliques daprès la traduction latine de la Vulgate, qui a vu le jour seulement à la fin du quatrième siècle et est devenue la Bible catholique officielle.

LEB raconte que Jésus et ses disciples auraient « observé les 40 jours » (RR, XCII/212). Les quarante jours de jeûne avant Pâques ne furent introduit quau quatrième siècle après J.C. et ils devaient rappeler la passion et la mort de Jésus, ce qui était impossible avant sa mort.

LEB parle dune monnaie en or, le dinar à 60 minutes (RR, LIV/128). Cette pièce na été utilisée que durant une courte période au Moyen Âge en Espagne ; un argument qui semblait appuyer lhypothèse dune création de lEB en Espagne.

Dans lEB, on mentionne des tonneaux en bois pour la conservation du vin, mais au Moyen Orient, ce sont les outres de cuir qui sont courantes.

A lopposé du Coran, lEB écrit que Marie met au monde son enfant sans douleur, une doctrine qui nest apparue dans lEglise quau Moyen Âge.

LEB accentue limportance des aumônes, du jeûne, du pèlerinage et de la prière cinq fois par jour, que Jésus pratique aussi (cf. RR, LXXXIX/206), ce qui plaide pour un texte qui remonte au-delà de la naissance de lIslam.

Dans lEB, on appelle « pomme » le fruit défendu dans le paradis, qui nest pas précisé davantage dans lAncien Testament (cf. RR, XXXIX/90) ; il sagit également dun développement de lhistoire de lEglise plus tardive.

La plupart des études provenant de milieux non musulmans sappuient sur ces éléments, et quelques autres, pour refuser à lEB le statut de document de lEglise primitive.

          9. Lintroduction de lEB dans le monde musulman
On ne sait pas encore aujourdhui quel est lauteur musulman qui sest exprimé pour la première fois au sujet de lEB. On peut trouver les premières mentions de lEB chez des apologètes musulmans à partir du milieu du 19ème siècle. A partir de ce moment-là, les auteurs musulmans affirment toujours à nouveau quil existe un évangile de la chrétienté primitive qui prouve la vérité de lIslam. Il faut nommer ici en particulier Muhammad Raschid Rida (1868-1935), un éminent apologète égyptien, théologien de la réforme et disciple de lencore plus célèbre Muhammad Abduh (1849-1905). Cest lui qui a joué un rôle capital pour la diffusion de lEB dans le monde musulman, dans la mesure où, après la parution de lédition anglaise et de la traduction de L. et L.Ragg, dans la même année 1907, il fit traduire le texte en arabe et il laccompagna dun jugement favorable en faveur de lEB. Il contribua ainsi de façon décisive à sa diffusion et à lencouragement non critique de lEB dans le monde islamique. Muhammad Rida sest également montré intéressé par lEB dans la mesure où il fut lui-même un partisan décidé de la supériorité de lIslam sur le christianisme et que, dans de nombreuses publications en réaction à des écrits de théologiens européens qui pratiquaient la méthode historico critique, il sétait efforcé de montrer le manque patent de logique, la fausseté et le manque total de crédibilité historique du christianisme.

Parmi les études les plus détaillées, du côté musulman, pour justifier lEB, il faut certainement compter celle de M.A. Yusseff : Les rouleaux de la Mer Morte, lEvangile de Barnabé et le Nouveau Testament (titre original : The Dead Sea Scrolls, the Gospel of Barnabas and the New Testament (Indianapolis, 1985). Sur presque 130 pages, Yusseff sefforce de rétablir la chaîne de tradition (en arabe isnād) allant de lEB jusquà ce Barnabas nommé dans le Nouveau Testament. Voici sa prétention : « Ce livre est le premier de toute une série dœuvres qui se basent sur une démarche scientifique… Quelles nous laissent pressentir la vérité » (ibid., p.1)

Afin de pouvoir justifier fondamentalement lEB, il entreprend une relecture critique de lhistoire de lEglise primitive. Que Jésus ne fut ni Dieu ni fils de Dieu, cest ce que lauteur sefforce tout dabord de prouver à laide de la méthode historico critique.

Il attaque la Trinité et justifie la mission de Mahomet, mais ils nouvre pas la discussion à propos des objections à lauthenticité de lEB telles que nous les avons présentées ci-dessus. Selon Yusseff, Barnabé a écrit lévangile, après sa rupture avec Paul, en le rapprochant de lévangile de Matthieu, pour sopposer à la  conspiration des Nicolaïtes, qui avaient transformé des textes bibliques. Ce groupe des Nicolaïtes, pour qui, selon Yusseff, Jésus était le Fils de Dieu, - groupe auquel lapôtre Paul aurait également appartenu,- a également composé de « Decretum Gelansium » (sic ! = Gelasianum) des écrits interdits, parmi lesquels se trouvait aussi lEB.

LEglise chrétienne contemporaine se situe, selon Yusseff, dans la tradition de ces Nicolaïtes ; aussi refuse-t-elle lEB et nest-elle pas lhéritière de la foi légitime abrahamitique. Pire, la culture gréco-romaine a influencé les contenus de foi religieuse juive jusquau syncrétisme. La tentative dhonorer un homme comme Dieu (Yusseff pense ici au parallélisme avec la divinisation de César) remonte, tout comme le dogme de la Trinité, à des origines païennes. Les descendants spirituels dAbraham sont en fait, dun point de vue spirituel, les musulmans. (ib., p.123)

          Bilan :
A la lumière de ces différentes appréciations et affirmations, le lecteur, qui cherche à connaître la vérité en la matière, accordera surtout du prix à une lecture personnelle, dans une ouverture critique, du texte original de lEB, afin de parvenir lui-même à un jugement fiable. Il sera important pour cela de sassurer que lon étudie le texte original dans une traduction effectivement fiable. La traduction anglaise de L. et L. Ragg est élaborée avec soin et correspond aux critères scientifiques.

Ajoutons encore une question : Est-il possible de taxer les affirmations doctrinales des quatre évangiles canoniques, de façon aussi simpliste, de points de vue marginaux propres à un certain nombre de chrétiens pauliniens égarés ? En dautres termes, peut-on nier sans plus lautorité des écrits du Nouveau Testament en tant que Sainte Ecriture constitutive du christianisme et exprimant authentiquement la foi chrétienne sans, en même temps, fermer les yeux sur le phénomène de la foi chrétienne et sur les Eglises chrétiennes qui confessent et pratiquent cette foi et se savent toutes débitrices de ce Nouveau Testament ?

Et enfin, comment peut-on accepter un texte comme évangile authentique, quand, aussi bien par rapport à lEcriture Sainte des chrétiens que par rapport également au Coran, il contient autant derreurs et de contradictions et quil porte clairement les traces dune durée délaboration qui se situe des siècles après lapparition du Nouveau Testament, tout comme aussi après lépoque où est apparu le Coran ?

Question 97 : Lêtre divin peut-il être mortel ? Lorsque Jésus mourut sur la croix, est-ce que son être  divin est mort aussi ? (TR)

Réponse :
Dieu – comme lexprime souvent la Bible – est « le Dieu Vivant ». Il est lorigine et la source de toute vie (cf. Psaume 36,10). Il nest pas soumis au pouvoir de la mort. « Lui seul possède limmortalité » (1 Timothée 6,16). Lêtre divin ne peut pas être mortel.

Daprès la foi chrétienne, le Dieu immortel a révélé en Jésus Christ que, dans lamour, il est lié aux hommes mortels que nous sommes. Il nous reste tout proche jusquau dénuement le plus total. Sur la croix, Jésus a donné sa vie pour les hommes et il est mort comme homme. Dieu était présent en Jésus crucifié et, par amour, il a souffert avec lui la mort de Jésus. En cela, Dieu nest pas mort en tant que Dieu ; il na pas cessé dexister en tant que Dieu ; son être divin ne sest pas éteint. Car il est immortel. Mais Dieu était compatissant dans la mort même en étant auprès de Jésus et il la ressuscité à une nouvelle vie immortelle à travers le passage de la mort.

Une comparaison : une maman est liée à son enfant dans lamour. Lorsque lenfant tombe gravement malade et meurt douloureusement, la maman subit les douleurs et la mort de lenfant dans son cœur, sans quelle meure elle-même physiquement. Cest ainsi que Dieu subit aussi la mort de Jésus, son Fils bien-aimé (cf. p.ex. Luc 3,22), sans que son être divin ne meure. (Erhard Kunz SJ)

Question 98 : Pourquoi le nouveau pape nest-il pas choisi en tirant au sort ? Dans lEvangile, on choisit même un apôtre en tirant au sort ! (TR)

Réponse :
Dans le processus délection par tirage au sort, lors de lélection de Mathias pour remplacer Judas (cf. Actes 1,16-25), il sagit dune ancienne tradition hébraïque (cf. 1 Samuel 14,41 ; Luc 1,9). Déjà dans la communauté chrétienne primitive, cette méthode est remplacée par une procédure moins extérieure (cf. Actes 6,3-6 ; 13,2-3). LEglise en tant que communauté de ceux qui croient en Jésus Christ comme Fils de Dieu se sait animée et conduite par lEsprit Saint.

Dans la force de lEsprit Saint, se développent les formes et les manières de sa réalisation vitale. En cela, elle nest liée à la lettre de prescriptions antérieures ou à des détails de marques institutionnelles anciennes. Elle peut toujours les modifier ou les développer en tenant compte de nouvelles situations historiques et sociales dans la force de lEsprit Saint qui habite en elle.

Question 99 : Si le pape est infaillible, pourquoi ne choisit-il pas lui-même son successeur ? Ne serait-ce pas la meilleure solution ? (TR)

Question 100 : Le cardinal, qui jusque là était un homme normal, deviendrait infaillible suite à cette élection ? (TR)

Réponse aux deux questions :
Celui qui pose ces questions est invité à lire attentivement ce qui a été expliqué plus haut dans le chapitre 6, III. 1.2. au sujet de la doctrine spécifiquement catholique concernant lEglise et sa structure magistérielle. Dans le Compendium du Catéchisme de lEglise Catholique (2005 Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano, bzw. Pattloch Verlag, München), nous trouvons quelques-unes des réponses qui sont pertinentes par rapport aux questions posées.

    182. Quelle est la mission du Pape?
    Le Pape, Évêque de Rome et successeur de saint Pierre, est principe perpétuel et visible, et fondement de lunité de lÉglise. Il est le vicaire du Christ, la Tête du collège des Évêques et le pasteur de toute lÉglise, sur laquelle il a, par institution divine, un pouvoir plénier, suprême, immédiat et universel.

    183. Quelle est la charge du Collège des Évêques?
    Le Collège des Évêques, en communion avec le Pape et jamais sans lui, exerce aussi sur lÉglise un pouvoir suprême et plénier.

    184. Comment les Évêques exercent-ils leur mission denseigner?
    En communion avec le Pape, les Évêques ont le devoir dannoncer lÉvangile à tous, fidèlement et avec autorité. Ils sont les témoins authentiques de la foi apostolique, revêtus de lautorité du Christ. Grâce au sens surnaturel de la foi, le Peuple de Dieu, guidé par le Magistère vivant de lÉglise, adhère indéfectiblement à la foi.

    185. Quand sexerce linfaillibilité du Magistère?
    Linfaillibilité sexerce quand le Souverain Pontife, en vertu de son autorité de suprême Pasteur de lÉglise, ou le Collège des Évêques en communion avec le Pape, surtout lorsquils sont rassemblés en Concile œcuménique, déclarent par un acte définitif une doctrine relative à la foi ou à la morale, ou encore quand le Pape et les Évêques, dans leur magistère ordinaire, sont unanimes à déclarer une doctrine comme définitive. À cet enseignement, tout fidèle doit adhérer dans lobéissance de la foi.(Compendium du Catéchisme de lEglise catholique)

A partir de ces textes, on voit ce que lEglise comprend et ce quelle ne comprend pas par la doctrine de linfaillibilité du magistère papal. La désignation de son successeur par le pape irait contre les prescriptions du droit canon en vigueur et elle ne serait en rien une décision infaillible.

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