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Questions & Réponses 1

Question 1 : « Comment peut-on, sans se perdre en contradictions, accorder la foi chrétienne en la Trinité divine avec la foi au Dieu unique, qui est attestée clairement dans les écritures de l’Ancien Testament ? » (TR)

Réponse :
Il est conseillé de relire attentivement dans le livre le chapitre 5, III, 1. Jésus a lui-même grandi dans la foi en Dieu de son peuple. Cette foi était marquée par le monothéisme, la foi en un Dieu unique, qui marque la totalité de l’Ancien Testament. Les disciples de Jésus, parmi lesquels Jésus en désigna 12 comme apôtres, étaient naturellement aussi monothéistes. Les chrétiens, à partir des écritures du Nouveau Testament, savent que Jésus ne s’est pas annoncé lui-même uniquement comme prophète. Il a prétendu agir au nom de Dieu et rendre Dieu présent dans son activité (par exemple les guérisons, les résurrections de morts, le pardon des péchés). Bien plus : il disait qu’en lui Dieu et son règne étaient arrivés. Les disciples, à savoir les premiers chrétiens, dans la force de l’Esprit Saint de Dieu, ont reconnu que la prétention de Jésus n’était pas un blasphème à l’encontre du Dieu unique, ni une attaque contre la doctrine véritable sur Dieu, mais bien au contraire : qu’en Jésus de Nazareth, c’était Dieu lui-même qui parlait, Dieu lui-même qui était présent, qu’en d’autres termes, Jésus était le Fils de Dieu (Lire : Matthieu 16,13-20).

Progressivement, les disciples, à savoir les premiers chrétiens, comprirent qu’il fallait comprendre à nouveaux frais et plus en profondeur l’unité de Dieu. Nous avons essayé de le montrer dans le chapitre 5 de notre livre.

Brève réponse à la question : oui. La foi au Dieu un et trine ne supprime pas la foi au Dieu unique, mais elle l’approfondit et la nuance. La doctrine de l’Eglise chrétienne représente une interprétation et un développement des doctrines de l’Ancien Testament, à la lumière de l’événement de la vie de Jésus (ses actions et ses paroles, sa passion, sa mort et sa résurrection) et à la lumière de la doctrine de Jésus, telle que les apôtres et les premières communautés chrétiennes l’ont comprise  dans la force de l’Esprit Saint.

Question 2 : « Le Fils n’a pas été créé, mais il est né, et malgré tout le Fils ne vient pas après le Père ? Y a-t-il une interprétation et une explication pour cette croyance ? » (TR)

Réponse :
il est conseillé de lire attentivement le chapitre 5, III, 2. Père-Fils. Ensuite : lire la confession de l’apôtre Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20,25).

Le choc de la mort de Jésus sur la croix n’a pas été facile à assumer. L’évangile de Jean raconte à propos de l’apôtre Thomas combien celui-ci a dû se battre intérieurement – secoué de doutes à propos du message de la résurrection de Jésus : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. » (Jean 20,25). Le choc du Vendredi Saint l’avait touché trop profondément pour qu’il puisse sans problème s’ouvrir à la foi en la résurrection de Jésus. Nous avons vu le Seigneur, c’est ce que lui avaient déjà dit ses compagnons disciples depuis plusieurs jours. Il était resté froid et sur la réserve. Nous avons rencontré le Seigneur, il est vivant, avaient-ils dit. Mais il ne leur faisait pas confiance. Il avait fallu la rencontre avec le Ressuscité lui-même pour que ses yeux de sceptique trouvent le chemin de la foi : «  Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : ‘Paix à vous.’

Puis il dit à Thomas : ‘Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant.’ » (Jean 20,26-27). Subjugué par cette rencontre, subjugué par Jésus Christ, qui est vivant, Thomas peut exprimer sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20,28). C’est une profession de foi ! Et cette profession de foi en Jésus comme Seigneur et Dieu se situe au bout d’un long chemin pavé d’incertitude et de doute, de méprises et de scepticisme, que Thomas a dû parcourir, et pas seulement lui, mais tous ceux qui vont à la suite de Jésus, jusqu’à ce qu’ils arrivent à la pleine intelligence du Seigneur. Après Pâques, après la résurrection de Jésus,  ils l’ont reconnu dans la rencontre, ce n’est qu’alors que leurs yeux s’ouvrirent (cf. Luc 24,31), ce n’est que maintenant qu’ils avaient ce « savoir » au sujet de Jésus, une connaissance qui s’est incarnée dans leur profession de foi.

Dans sa Lettre aux Philippiens, Paul cite une hymne qui a son origine peu de temps après la mort et la résurrection et qui résume ainsi la foi en Jésus Christ : « Il était … » (Philippiens 2, 6-11) C’est la profession de foi fondamentale du christianisme.

Question 3 : « De quelle façon la formulation de la doctrine chrétienne : ‘Une nature en trois personnes et trois personnes en une nature’ peut-elle être intelligible ? » (TR)

Question 4 : « Quelles sont, d’après la foi chrétienne, les missions spécifiques de chacun des éléments (à savoir chacune des trois ‘personnes’) dans la Sainte Trinité ? » (TR)

Réponse :
Il faut encore une fois relire attentivement le chapitre 5, particulièrement 5,IV.

Si le Dieu unique est Amour ( « Se donner » l’un à l’autre mutuellement, lire 1 Jean 4, 7-21), alors les trois personnes sont au même degré les « points nodaux » entre lesquels le rythme de l’amour se réalise : donner – recevoir – rendre. (Remarquez que le mot « personne » dans ce contexte a un autre sens que le mot personne signifiant une personnalité humaine en tant que « réalité indépendante, centrée sur elle-même »). Ainsi, les trois « personnes » sont l’unique et même amour en trois manière d’être qui sont indispensables pour qu’en Dieu l’amour puisse tout simplement exister, en tant d’ailleurs qu’amour suprêmement désintéressé. Le Dieu unique est communauté, ce qui veut dire qu’Il est l’unique jeu d’amour qui se passe entre les trois « personnes » : amour, être aimé, participer à l’amour.
En 1 Jean 1,3 on lit : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. »

Tout vise à l’unité. Ici non plus il ne s’agit pas d’une « unité universelle », mais de cette unité qui reçoit son sens à partir du Dieu un et trine. C’est une unité qui se réalise dans sa pluralité et une pluralité qui tend à l’unité. Il est communion (communauté).
L’unité à laquelle tend le monde entier, le désir d’entente, d’harmonie et de paix qui vit au cœur de chaque personne, également la « globalisation », la mise en réseau et la communication universelle, que visent tous les efforts de la technique, des médias et de la culture, ont un rapport à la Trinité divine, à la foi chrétienne au Dieu unique en trois « Personnes ». Plus précisément : entre les deux, il faut qu’il y ait une correspondance, une analogie. Ainsi, cette thèse se trouve à nouveau confirmée : ce qu’est Dieu, communion, cela nous pouvons et nous devons le devenir. C’est la genèse et le but de toute réalité. En Lui nous sommes, nous vivons et nous nous mouvons.
Quand Dieu agit en nous, il agit toujours comme le Dieu unique, un en trois.

Question 5 : « D’après votre foi, Satan a bouleversé complètement le plan de Dieu concernant l’humanité. A Dieu ne plaise ! Cela veut-il dire que la volonté de Satan a vaincu la volonté de Dieu ? Une telle conception ne contredirait-elle pas la dignité et la grandeur de Dieu ? » (TR)

Question 6 : « Même si Dieu a créé Satan et l’a fait supérieur aux humains (et lui a permis de tenté les hommes), Dieu a cependant doté les hommes d’un certain nombre de possibilités de se défendre de Satan. Dieu n’a-t-il vraiment pas, pour sauver les hommes, trouvé d’autre solution que de prendre lui-même la stature d’un homme ? » (TR)

Réponse :
Le pouvoir et la faiblesse des mauvais esprits se manifestent dans la Bible surtout en relation avec l’activité de Jésus. Particulièrement, l’évangile de Marc décrit l’ensemble de l’activité de Jésus comme un combat contre Satan (Marc 1,23-28.32-34.39 ; 3, 22-30). Mais avec Jésus arrive le plus fort, qui est vainqueur du fort. En lui, se fait jour le Règne de Dieu, car il chasse les démons avec la puissance de Dieu (cf. Matthieu 12,28 ; Luc 11,18). Parce que Jésus Christ est définitivement vainqueur des puissances mauvaises, toute peur des démons est étrangère à la foi chrétienne. C’est bien plutôt le contraire : «  Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi ». (1 Pierre 5,8-9).

La doctrine de l’Eglise est entièrement dans la continuité de ce témoignage des écrits du Nouveau Testament. En effet, si le mal qui rend l’homme esclave ne peut pas trouver son origine dans un principe mauvais, indépendant de Dieu (comme l’enseigne le dualisme), ce mal ne peut que remonter aux créatures que Dieu a créées bonnes, mais qui sont devenues mauvaises par décision propre. Selon la doctrine de l’Eglise, il n’existe pas seulement le mal, mais aussi le malin, le mauvais. Ainsi, d’une part, la doctrine catholique rend compte aussi bien de l’expérience humaine de l’immensité du monde que du témoignage de la Bible, d’autre part, cette doctrine peut ainsi limiter la signification et l’influence des mauvais esprits : ils ne sont malgré tout que des instances finies, créées par Dieu et à tout le moins toujours dépendantes de lui. Leur domination de malheur est détruite par Jésus Christ et elle est toujours davantage vaincue par l’action du Saint Esprit. L’espérance a le dernier mot.

Qui peut prétendre prescrire à Dieu la manière dont il libère et sauve l’humanité pécheresse du péché. On ne peut limiter l’amour divin, ni lui imposer des règles. Nous ne pouvons qu’admirer ce fait, dans la foi et la reconnaissance, que Dieu a choisi le chemin qu’il nous annonce lui-même dans la Parole de la Bible. Relisez 1 Jean 4,7 ss . Et Jean 3,16-21.
Sans doute reconnaissons-nous après coup que Dieu aime de manière divine comme nous aimons, nous qui sommes créés à l’image de Dieu : celui qui aime en vérité voudrait être solidaire avec l’être aimé. Dieu voulait, par amour pour l’homme qu’il a lui-même créé, être entièrement solidaire avec lui, en tout hormis le péché.

Question 7 : « Comment une personne intelligente peut-elle comprendre que Dieu, pour pardonner les péchés, enfonce les humains encore plus profondément dans le péché et même jusqu’au point qu’ils se transforment en déicides ? Les fils d’Adam sont-ils pardonnés parce qu’ils tuent leur Dieu ? Pourquoi Dieu exige-t-il alors la prière et l’obéissance ? Pourquoi établit-il pour les hommes des commandements et des interdits ? » (TR)

Réponse :
Dieu a établi pour les hommes des commandements et des interdits. Lorsque l’homme, dans sa liberté, a toujours à nouveau pris ses distances par rapport à eux, Dieu a décidé de ne pas montrer uniquement sa miséricorde par des critères de justice, mais en faisant don de son Fils (Lire : Jean 3, 16 ss ).

Question 8 : « N’aurait-il pas été plus indiqué que ce ne soit pas Dieu lui-même (dans la figure de Jésus Christ) qui lutte contre Satan, mais que cela fût laissé à la responsabilité des hommes ? » (TR)

Réponse :
Le chrétien est appelé à engager le combat contre la puissance de Satan. Il sait, certes, qu’il ne pourra en fin de compte remporter ce combat qu’avec la puissance de Dieu lui-même. Cette puissance de Dieu est offerte au chrétien en Jésus Christ, que la foi chrétienne confesse comme « vrai Dieu du vrai Dieu », et dont la même foi dit également : « Pour nous, les hommes, et pour notre salut, il est descendu du ciel, il a pris chair par l’Esprit Saint de la Vierge Marie et il s’est fait homme » (La grande profession de foi). La force pour combattre la puissance de Satan est donnée au chrétien par l’écoute croyante de la Parole de Dieu et par la réception des sacrements. C’est ainsi que le Seigneur ressuscité agit puissamment dans les croyants, dans la force de l’Esprit Saint.

Question 9 : « L’ordonnance de la vie dans ce monde est fondée sur la responsabilité des humains pour leurs actions. N’est-il pas étonnant que le salut de tous les hommes doive être assuré par le fait qu’un être humain prenne sur lui la souffrance de tous les hommes ? » (TR)

Réponse :
Dieu offre à tous les hommes le salut en Jésus Christ et par lui. J’écris à dessein : offre. L’homme reste libre de refuser l’offre. S’il l’accepte, il lui faudra rassembler toutes ses forces pour que le cadeau du salut devienne réalité en lui. Il demandera à Jésus Christ d’investir toute sa personne, de transformer ses résistances en obéissance, afin qu’ainsi, peu à peu, il devienne, dans la force de l’Esprit Saint, semblable au Christ et qu’il plaise à Dieu, en d’autres termes : qu’il soit entièrement « sauvé ».

Question 10 : « Si nous supposons que chaque être humain, dès sa naissance, porte en lui un péché, est-ce que Dieu, le Seigneur miséricordieux, ne va-t-il pas, tout simplement, lui pardonner ce péché ? » (TR)

Réponse :
Voyez la deuxième moitié de la réponse aux questions 5 et 6. Je répète : la décision de Dieu n’a pas été de libérer l’humanité simplement par une parole toute-puissante. Bien plus, il a voulu sauver l’humanité en devenant lui-même homme, en tout semblable aux hommes, hormis le péché. En même temps, il a voulu nous rendre capables, dans la force de l’Esprit Saint, de devenir pour l’éternité ses filles et ses fils, comme les sœurs et les frères de son Fils unique, Jésus Christ.

Question 11 : « Que faut-il dire à propos de la foi des premiers chrétiens, qui n’étaient pas familiers de la formulation du dogme de la Trinité divine. Leur foi est-elle considérée comme valide ? » (TR)

Réponse :
Il faut distinguer entre les formulations théologiques, dans lesquelles la foi chrétienne s’est exprimée au cours de l’histoire et le contenu de la foi chrétienne en Dieu.

A l’origine de la foi chrétienne, il y a le fait que des hommes ont fait l’expérience tout à fait « renversante » de ce que, en Jésus de Nazareth et dans la force de son Esprit, Dieu lui-même est venu à la rencontre de l’humanité. Ainsi Dieu ne communique pas aux hommes quelque chose de lui-même, mais c’est littéralement lui-même qu’il communique : en Jésus Christ, Dieu fait personnellement son entrée dans le monde ; notre monde est désormais aussi son monde ; il assume notre destinée humaine et il fonde ainsi pour toujours une communion de vie la plus intime entre lui-même et l’humanité. Ce qui veut dire : en Jésus Christ et – d’une autre façon – dans l’Esprit Saint qu’il envoie, il ne s’agit pas de la rencontre de figures médiatrices qui ne font que faire référence à Dieu (comme les prophètes et les saint font référence à Dieu), mais derrière lesquelles la divinité reste pour toujours inaccessible à l’homme dans une transcendance cachée et sans limite, non, dans l’événement Jésus Christ, Dieu se met lui-même en jeu.

Celui qui a affaire avec Jésus, avec sa parole, son comportement, sa patience, celui qui fait en lui-même et autour de lui l’expérience de l’Esprit qui est à l’œuvre, a personnellement affaire avec Dieu. Dans le cas contraire, Jésus serait en contradiction avec lui-même, lui qui se profile comme la Parole ultime de Dieu et la représentation insurpassable de l’amour divin ; alors, il ne serait pas le médiateur définitif entre Dieu et l’homme qu’il prétend pourtant être : « Qui me voit, voit le Père » (Jean 14,9). Et l’Esprit Saint, lui aussi, qui remplit Jésus,  nous a introduit dans le réalité du Christ après son retour chez son Père et il nous a ouvert directement l’accès au Père. Il ne nous laisserait seulement dans le domaine de la pure créature, s’il n’était pas lui-même Dieu. Voir aussi le livre 5, III, 7.

Question 12 : « Admettons que les chrétiens ne croient pas en trois dieux ? Mais d’où vient donc la divinité du Messie ? Est-il possible qu’un être humain puisse devenir ou être Dieu – qui s’est développé dans le sein d’une femme, qui a été nourri comme tout enfant, qui a été éduqué de même… ? Est-ce compatible avec la grandeur et la transcendance de Dieu ? » (TR)

Réponse :
Avons-nous, êtres humains, la capacité de dicter à Dieu ce qui, dans son agir, convient à sa grandeur et à sa transcendance ? Lorsque nous disons : Allâhu Akbar, cela signifie pourtant bien que Dieu est plus grand que toutes nos représentations. Lorsque Dieu, dans sa miséricorde infinie, a décidé de devenir homme afin que nous autres, les humains, nous puissions avoir part à sa vie divinement aimante, nous est-il permis de le lui interdire ? Lisez, s’il vous plaît, dans le livre, chap. 2, IV.

Question 13 : « Hz. Isa (Jésus) n’existait pas il y a deux mille ans. Est-il possible d’ajouter ultérieurement quelque chose à Dieu ? Dieu est-il à ce point faible et vulnérable qu’il puisse être crucifié par les hommes ? De plus, on trouve dans l’évangile, des versets qui montrent que Jésus n’avait pas la volonté de se laisser crucifier (v. Matthieu 27,46) » (TR)

Question 14 : « Le concept ‘Dieu Trinité’ occasionne entre autre le problème qui suit : comment a-t-il été possible que l’une des trois personnes divines soit sortie (de la Trinité divine), soit entrée dans le sein de Marie, se soit mêlée à ce monde mortel et ait pris la forme d’un être humain ? Car, si Dieu était trinitaire, il n’aurait pas été possible qu’une seule des trois personnes soit descendue séparément sur cette terre. » (TR)

Réponse :
Le chapitre 2 (Incarnation) et le chapitre 5 (Dieu, Un et Trine) ont montré qu’en Jésus, le Messie, le Fils incréé de Dieu est devenu homme de toute éternité. Lisez : Hébreux 1 ; Ephésiens 1 ; Colossiens 1,12 :20 ; Philippiens 2, 5 :11.

Question 15 : « Si la crucifixion a été la volonté propre de votre Dieu, ne doit-il pas être reconnaissant vis à vis des juifs et de Ponce Pilate ? Qu’indiquent des termes tels que ‘peuple déicide’ (Peuple qui a mis à mort Dieu), ‘peuple maudit’, ‘peuple réprouvé’ (exclu de la grâce), qui remplissent toute l’histoire chrétienne ? Quel est le fondement principal du fait que ce concept de ‘déicide’ ait trouvé place dans les langues occidentales ? » (TR)

Réponse :
D’abord, nous prions le lecteur de lire à nouveau attentivement les passages suivants du chapitre 3 du livre : Croix, Péché, Salut, III, 2.1 ; 2.2 ; 2.3 et le paragraphe dans IV qui commence avec La mort sur la croix de Jésus.

Nous y disons entre autres : Jésus a été condamné à mort par des hommes – et la crucifixion a effectivement été une peine prévue dans le droit romain pour la punition du délit prévu, duquel il fut trouvé coupable. En fin de compte, il fut soumis à la mort sur la croix à cause de l’attitude qu’il a prise durant sa vie à l’égard de Dieu et de la loi juive, la Tora. Le monde tel qu’il est ne pouvait pas supporter la critique fondamentale que Jésus faisait à l’encontre de ses structures de péché. Jésus fut victime des puissances du mal : la haine, l’injustice, la jalousie, l’intérêt personnel, la fermeture à la vraie prétention de Dieu à notre égard – toutes des puissances qui marquent encore aujourd’hui le monde.

Voilà pourquoi c’est un méchant malentendu que d’attribuer au peuple juif comme tel et exclusivement la responsabilité de la mort de Jésus. En fin de compte, c’est le péché de tous les hommes et de chacun en particulier qui portent la responsabilité de sa condamnation et de son exécution. Le Concile Vatican II s’exprime ainsi dans sa « Déclaration sur les relations entre l’Eglise et les religions non chrétiennes » (Nostra Aetate, n° 4 :

    « Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ (13), ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S'il est vrai que l'Eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Ecriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n'enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l'Evangile et à l'esprit du Christ.

    En outre, l'Eglise qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu'ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu'elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l'Evangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme, [ et aussi tous les actes d’antisémitisme que les chrétiens ont commis]  qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs.

    D'ailleurs, comme l'Eglise l'a toujours tenu et comme elle le tient, le Christ, en vertu de son immense amour, s'est soumis volontairement à la passion et à la mort, à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l'Eglise, dans sa prédication, est donc d'annoncer la croix du Christ comme signe de l'amour universel de Dieu et comme source de toute grâce. »

Ainsi, il est clair que les slogans et les expressions formulées dans la question ne correspondent pas à la doctrine chrétienne catholique. Au contraire. Il faut les condamner sévèrement.

Question 16 : « Dans le livre il est écrit : ‘De cette façon les croyants des différentes religions devraient s’efforcer, chaque fois que c’est possible, de donner un témoignage commun de la foi, y compris celui d’une recherche réelle d’unité, dans l’humble soumission à la volonté de Dieu.’ (Chapitre : La pluralité des religions, les chrétiens répondent, fin du premier paragraphe)
J’aimerais demander à l’auteur : comment est-il possible que des hommes qui enseignent des choses tout à fait différentes ou même CONTRAIRES par rapport à Dieu, resp. aux dieux, puissent construire une UNITÉ ? Et même sans cela : comment peuvent-ils obéir à une doctrine qui manque d’UNITÉ, à savoir, une doctrine qui est contradictoire avec elle-même ? En quoi consiste la véritable UNITÉ ? » (TR)

Question 17 : « On lit dans le livre : « Pour le croyant, qu’il soit chrétien ou musulman, l’être humain est créé « par les mains de Dieu » et formé à sa ressemblance, il retourne à Lui.’ (Chapitre : Le centre du christianisme, le point de vue chrétien 2. Le christianisme en tant que le chemin vers l’accomplissement de l’homme et de l’humanité, première phrase).
D’après cette phrase, tous les hommes retourneront à Dieu. Cela manque de clarté, car où donc mène ce retour : au ciel ou en enfer ? La phrase suivante dit : ‘Voici la vocation fondamentale de l’individu, de l’humanité, et même de toute la création, qui aspire à la libération de toutes les formes de persécution, pour retourner finalement dans la gloire de Dieu (Romains 8, 19-25) ; Q 81 ; 82 ; 99 ; 101).
Cette vocation commune est aussi la base de l’égalité fondamentale de tous les êtres humains, au-delà des différences de race, de statut social ou de religion.’
Aussi j’aimerais demander à l’auteur pourquoi Jésus s’est-il désigné lui-même comme « l’UNIQUE CHEMIN ». Jésus veut-il dire en Jean 14,6 : Tous les chemins mènent à Dieu ? » (TR)

Réponse :
D’après la doctrine catholique, « tous les peuples forment une seule communauté, ils ont la même origine, puisque Dieu a fait habiter toute l’humanité sur toute la terre ; tous ont Dieu comme fin unique et identique. Sa Providence, les témoignages de sa bonté et ses desseins salutaires s’étendent à toute l’humanité ( lire : Sagesse 8 :1 ; Actes des Apôtres 14 :7 ; Romains 2, 6-7 ; 1 Timothée 2 :4), jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la Cité Sainte, dont la lumière sera la gloire de Dieu ; car tous les peuples marcheront dans sa lumière. » (Lire : Actes 21 :23 ss) » (Déclaration Nostra Aetate sur l’Eglise et les religions non chrétiennes: Vatican II, n°1, paragraphe 2)

A propos de la foi en Dieu, le même Concile dit dans la même déclaration, au n°3 : « L'Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. » Ceci ne signifie absolument pas qu’il n’existe pas de différences essentielles entre l’islam et le christianisme dans la doctrine sur Dieu.

Le Dieu de la foi chrétienne est le Dieu de la Bible et le Dieu que Jésus a révélé. C’est le Dieu un et trine de la doctrine de l’Eglise. Cependant, la relation au Dieu unique réunit chrétiens et musulmans, ainsi que la volonté d’accomplir la volonté de Dieu. Nous, chrétiens, nous n’avons pas reçu la compétence ni la mission de dire avec certitude si un être humain a appris à connaître consciemment le Dieu de la révélation chrétienne, et à quel moment, et s’il l’a refusé malgré tout librement et en toute responsabilité. Seul Dieu connaît le cœur de l’homme.

La doctrine de l’Eglise catholique présuppose que Dieu veut le salut de tout être humain et que la personne humaine ne fait fi de cette offre de salut qu’au moment où, librement et consciemment, elle refuse l’offre de l’amour de Dieu dans le Christ.

Jésus Christ est effectivement la seule voie de salut. Mais ce salut se réalise également en dehors de l’institution de l’Eglise et du baptême. Les hommes justes, les personnes qui cherchent Dieu sincèrement, bénéficient du salut éternel grâce à l’œuvre salutaire du Christ, même si elles ne le savent pas elles-mêmes. (Méditez Matthieu 25 :31 ss. : le jugement dernier. Les justes ont rencontré le Christ dans les pauvres, les prisonniers, etc., sans le reconnaître. Voyez aussi le texte de la constitution conciliaire sur l’Eglise (Lumen Gentium) n° 16.

« En effet ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise et cependant cherchent Dieu d'un coeur sincère et qui, sous l'influence de la grâce, s'efforcent d'accomplir dans leurs actes sa volonté qu'ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel. »
Relisez dans le livre, chapitre 11, III, 4-6.

Question 18 : « Chez vous, les chrétiens, le divorce est-il interdit ? Une fois que l’amour entre deux personnes n’existe plus, n’est-ce pas une torture que de laisser ces personnes cohabiter ? Si votre religion interdit le divorce, comment expliquer que le taux de divorce est aussi élevé en Amérique et en Europe ? Les journaux rapportent que là un mariage sur deux échoue. » (TR)

Réponse :
L’amour conjugal s’accomplit selon la manière chrétienne de le comprendre dans une fidélité de toute la vie. En lui se vit l’orientation immédiate des partenaires l’un vers l’autre et un engagement mutuel l’un vis à vis de l’autre, qui ne va pas dépendre des circonstances changeantes.

L’un s’attache à l’autre, quoi qu’il arrive. Une telle attitude représente une forme élevée de responsabilité des personnes les unes pour les autres et un grand signe de solidarité, dont les humains sont capables vis à vis de leurs semblables lorsqu’ils se laissent réellement aider et porter par Dieu et dans la mesure où ils le font. C’est précisément dans une vie inspirée par cette fidélité que le mariage devient transparent de l’amour de Dieu, qui a exprimé son oui inconditionnel pour les hommes et pour le monde dans le Christ Jésus.

Selon la foi catholique, le mariage sacramentel est une alliance dans laquelle est représentée de façon tout à fait spécifique l’amour de Jésus Christ pour son Eglise (lisez Ephésiens 5 : 21-23). Dans son incarnation, sa mort et sa résurrection, le Christ s’est donné lui-même à son Eglise et il s’est sacrifié pour elle. Ce n’est que dans ce mystère que le mariage peut être compris et vécu comme sacrement. Il est un mode d’imitation du Christ.

Les époux chrétiens savent que, dans leur alliance d’amour et de fidélité du Christ pour son Eglise, ils sont inclus et qu’ils reçoivent, dans le sacrement de mariage, la force de la persévérance dans leur alliance fidèle. Cette alliance est un pacte de confiance mutuelle, un processus dans lequel il peut aussi y avoir de l’échec, de la culpabilité et de la lassitude dans l’amour ; mais ce n’est pas une raison qui pousse le chrétien à renoncer. Même lorsque l’un des partenaires a quitté la communauté maritale, l’autre demeure lié à la fidélité à son époux. Il peut porter sa solitude consciemment et dans la foi, dans l’imitation du Christ, comme une participation à son chemin de croix.

A propos du mariage et de la famille vécus chrétiennement, le Synode Commun des Evêchés d’Allemagne écrit :

    « En se liant jusqu’à la mort, les époux s’apportent chacun l’un à l’autre, dans leur intimité quotidienne, l’amour du Christ, dont rien ne peut séparer (Romains 8 :35). Dans une telle fidélité, qui englobe toute la vie, la plénitude de l’existence chrétienne se révèle : la foi dans le ressuscité, qui comprend la foi en la résurrection du partenaire ; l’espérance, qui espère pour l’autre quand elle s’appuie sur le Christ ; l’amour qui s’attache à l’autre, car il est capable de l’accueillir dans l’amour du Christ. »

Dans les temps de crise et dans les échecs, l’aide fraternelle d’un pasteur est nécessaire.

Question 19 : « Vous dites aussi que Dieu est inaccessible pour les hommes, transcendant. Si Jésus était Dieu, comment Dieu demeurerait-il alors inaccessible et transcendant pour l’homme ?  Comment, selon vous, Jésus ainsi que le Saint Esprit peuvent-ils être Dieu, puisque vous parlez d’un Dieu unique et non de trois dieux ? Dieu s’est-il cloné lui-même ? » (TR)

Réponse :
Le  transcendance de Dieu, sa grandeur qui surpasse et dépasse tout, n’exclut pas, dans la compréhension chrétienne, que Dieu décide librement et souverainement d’agir, non pas uniquement en tant que créateur et conservateur du monde, ainsi que celui qui donne guidance et qui envoie  les prophètes et les saintes Ecritures, mais d’aller plus loin encore et de se rendre présent, librement et par amour, parmi nous les hommes en Jésus Christ, de devenir en Jésus Christ notre frère à tous et de nous rendre capables, dans son Esprit Saint, de vivre comme ses enfants bien-aimés. Nous autres, chrétiens, avons reconnu, à travers le message de Jésus, tel qu’il est conservé dans les écritures saintes du Nouveau Testament, que Dieu, dans son incommensurable bonté, a agi de cette façon. Nous constatons avec gratitude l’action du Dieu souverain et nous lui répondons dans la foi et par une vie selon la foi.

Lisez à ce propos les réponses aux questions 1, 2 et 3+4, et dans le livre, le chapitre 2, III, le chapitre 5, III, 7 et IV.

Dans la réponse à la question 1, nous avons montré comment le foi chrétienne comprend l’unicité de Dieu. L’unicité du Dieu un et trine est l’unicité de Dieu, telle qu’elle s’est révélée à nous en tant que l’amour. En d’autres termes : il nous a révélé, avant tout en Jésus Christ, ce que l’amour signifie en profondeur. L’amour veut précisément dire relation et communauté. Relisez, je vous prie, notre réponse à la question 1.

Question 20 : « Comment l’eucharistie peut-elle être Dieu ? Jésus dit dans l’Evangile, que tout ce qui entre (dans l’homme) par la bouche aboutit dans l’estomac et est ensuite expulsé. Comment pouvez-vous appeler Dieu une chose qui est mangée et bue ? Et, ne reste-t-il ensuite plus que deux dieux sur les trois, quand l’eucharistie a été consommée ? » (TR)

Réponse :
La doctrine catholique ne dit pas que « l’eucharistie est Dieu ». La personne qui pose cette question relira à nouveau clairement et de façon critique les paragraphes III et IV du livre.

L’eucharistie est l’un des sept sacrements de la foi catholique.

     1. Que sont les sacrements et que signifie leur réception ?

Les sacrements sont des signes dans lesquels nous autres, chrétiens, nous percevons de façon toute particulière l’intérêt que Dieu nous porte par Jésus Christ. En eux s’exprime symboliquement ce qui nous est offert en réalité : le rencontre avec le Christ. L’Eglise catholique connaît sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’onction des malades, l’ordination et le mariage. Ils accompagnent la personne humaine durant toute sa vie, de la naissance à la mort : dans le baptême, une nouvelle vie nous est offerte par le Christ ; le baptême nous incorpore dans la communauté de l’Eglise. Dans la confirmation, le Christ nous donne la force de l’Esprit Saint afin que nous dépassions l’enfance, que nous vivions en tant que chrétiens responsables dans le monde et que nous puissions témoigner de notre foi.

Dans l’eucharistie, nous devenons un avec le Christ et entre nous. Dans la pénitence, le Christ nous offre toujours à nouveau le pardon de la faute et du péché. Dans l’onction des malades, il nous assiste durant une maladie grave et en danger de mort. Dans le sacrement de l’ordre, il communique à celui qui le reçoit ses pleins pouvoirs  pour annoncer sa parole et distribuer les sacrements. Dans le mariage, au moment où deux personnes se disent oui l’une à l’autre, le Christ les unit dans une alliance indéfectible jusqu’à ce que la mort les sépare.

Le baptême et l’eucharistie sont les sacrements fondamentaux. Leur pratique est attestée de nombreuses fois dans le Nouveau Testament. A propos du nombre sept des sacrements, l’Eglise catholique s’appuie sur un long développement, qui trouve son origine effectivement déjà dans la vie de l’Eglise primitive, mais qui ne s’est achevé qu’au douzième siècle. Au seizième siècle, ce chiffre sept deviendra l’objet de disputes entre différentes confessions. Depuis, les Eglise de la réforme s’en tiennent la plupart du temps uniquement aux deux sacrements du baptême et de la cène du Seigneur (Eucharistie). Dans les derniers temps, on peut cependant constater certains rapprochements.

La réception des sacrements fait partie des conditions qu’il faut remplir pour être chrétien : le baptême rend seul possible l’entrée dans la communauté de l’Eglise, il est la condition préalable, et l’eucharistie garantit, dans la vie ultérieure, la relation à lui offerte par le Christ. La réception des sacrements conditionne réellement la possibilité de la vie chrétienne. Seul celui qui reste en relation avec le Christ est capable de faire honneur à sa vocation chrétienne.

   2. L’eucharistie est un repas en communauté avec Jésus Christ et ainsi l’expression de l’unité avec lui et en lui avec Dieu

L’eucharistie rend visible l’unité avec le Christ, car tous les participants ont part dans la sainte cène « au corps du Christ ». « Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ? Car tout comme il n’y a qu’un seul pain, ainsi nous qui sommes nombreux nous ne formons d’un seul corps ; car tous nous avons part au même pain » (1 Corinthiens 10 : 16b-17). La cène de Jésus avec ses disciples, qui a été attestée de nombreuses fois dans le Nouveau Testament (1 Corinthiens 11 :23-25 ; Marc 14 :22-25 ; Matthieu 26 : 26-29 ; Luc 22 : 15-20), est le dernier repas d’une longue série de repas quotidiens avec ses disciples. Le partage du repas était de toujours le signe de reconnaissance d’une appartenance commune et d’une communauté de vie, qui s’exprimait dans les repas. Il est probable que Jésus se soit servi de la forme religieusement significative à son époque du repas rituel juif : au début du repas, le père de famille disait sur le pain une prière de louange à Dieu, le donateur du pain, il rompait un morceau de pain pour chacun (« rompre le pain ») et il le distribuait. Après le repas commun, le rite se répétait sur un calice de vin. Dans ce contexte culturel, ce que Jésus a fait et exprimé lors de la dernière cène était directement compréhensible de la part de ses disciples. Mais en prononçant les paroles : « Prenez, ceci est mon corps, ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui est répandu pour beaucoup » (Marc 14 : 22b-23), Jésus allait plus loin que le repas festif habituel, il lui donnait un sens nouveau, en rapportant à sa personne, à lui-même le pain et le vin. Confronté au destin de sa mort tragique, qu’il ne fuyait pas, il se désignait lui-même comme victime : mon corps sera rompu tout comme ce pain ; mon sang sera répandu tout comme le vin écarlate. C’est ainsi que la passion et la mort de Jésus furent interprété comme une mort sacrificielle et rédemptrice.

En mémoire de ce dernier repas, les chrétiens célébraient et célèbrent encore toujours à nouveau avec un repas : « Car, aussi souvent que vous mangez de ce pain et buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur » (1 Corinthiens 11 :26), écrit Paul. Mais ce repas du souvenir n’est pas un repas funèbre, mais, à cause de la résurrection de Jésus (1 Corinthiens 15), il est toujours un repas joyeux (cf. particulièrement Actes 2 :46) pour rendre grâce : 1° pour le don de Jésus, pour sa vie et sa mort « pour nous », 2° pour sa solidarité avec nous, car « le pain que nous rompons est communion au corps du Christ » (1 Corinthiens 10 :16b) et 3°pour l’espérance offerte de sa venue dans la gloire (cf. Marc 14 :25 ; 26 :29 ; 22 :18).

Rendre grâce se dit en grec eucharistia. Aussi ce repas d’action de grâce est-il appelé « eucharistie ». Il se situe au cœur de chaque communauté chrétienne, il est le cœur de l’Eglise, le « pain » dont vit chaque chrétien.

Ainsi l’Eglise est-elle, en tant que « nouveau peuple de Dieu », une communauté égalitaire comme corps du Christ, unifiée solidairement par le lien de l’amour : « Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien ; que l'amour fraternel vous lie d'affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants, d'un zèle sans nonchalance, dans la ferveur de l'esprit, au service du Seigneur, avec la joie de l'espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière, prenant part aux besoins des saints, avides de donner l'hospitalité. » (Romains 12 :10-13)

Le lien de l’unité des chrétiens, le fondement de leur fraternité mutuelle et de leur solidarité, ne sont plus, désormais, les liens du sang et l’appartenance à la même tribu, mais la foi commune, en fin de compte le Christ ressuscité, qui les relie  dans l’Esprit Saint les uns au autres et les uns par les autres grâce au sacrement de l’eucharistie.

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